Wikistrike

Wikistrike

Rien ni personne n'est supérieur à la vérité

Les maisons d’édition, piégées, recalent les chefs d’oeuvre français

Publié par wikistrike.com sur 2 Mars 2013, 10:28am

Catégories : #Culture - médias - Livres - expos - rencontres

Les maisons d’édition, piégées, recalent les chefs d’oeuvre français

 

Un roman, ça se prépare. On se dit qu'en barbouillant le papier avec vigueur, exigence et constance, notre plume finira par décharger de l'honnête littérature ; et puisque les maisons d'édition sont porteuses d'une haute tradition d'intégrité littéraire, elles ne manqueront pas d'assurer la publication des œuvres les plus méritantes. C'est-à-dire la nôtre. 


litterature-france-maisons-edition-083d6.jpg

Ceux qui paressent à l'ouvrage, qui se répandent en négligences, et bien leur sort ne fait pas de mystère : ils goûteront, à l'évidence, au très fignolé sens de la formule des éditeurs : « en dépit d'indéniables qualités, votre roman ne satisfait pas à la ligne éditoriale de notre maison ».

Hélas, il ne suffit pas d'être bon. Ni même excellent. En témoigne une suite de camouflets éditoriaux que d'aucuns considéreront comme un authentique scandale, d'autres comme une édifiante facétie : Victor Hugo, Duras, Maupassant et Rimbaud, auteurs illustres s'il en est, ont tout récemment essuyé de cinglantes et systématiques fins de non-recevoir. Je m'explique. Au cours du siècle dernier, les grands éditeurs reçurent sous forme de manuscrits des « chefs-d'œuvres » consacrés. Mais là n'est pas la fourberie : en vue de jeter le discrédit sur les grandes maisons, journalistes et libraires rebaptisèrent lesdits ouvrages tout en ayant recours à des pseudonymes.

Que croyez-vous qu'il arriva ? Victor Hugo déchaîna l'indifférence. Sur vingt maisons d'édition qui eurent à juger de son œuvre, on n'en trouva qu'une pour le féliciter. Le prix Goncourt de 1945 ? Récusé sans pitié. De même qu'Arthur Rimbaud, refoulé pour manque d'originalité. En 1992, Le Figaro démontra que Marguerite Duras rebutait jusqu'à son propre éditeur. De nombreux prix Goncourt, il y a peu mis à l'épreuve, connurent le même sort. Mais il y a pire : l'année dernière, Michel Houellebecq et ses « particules élémentaires », célébrés dans le monde entier, furent snobés avec panache. Mais comment s'en étonner ? Céline, Proust et Rimbaud n'avaient-ils déploré, en leurs temps, les aléas d'une édition erratique ? On se prend à rêver d'un monde où Victor Hugo serait la femme de ménage de Marc Lévy, où Maupassant ferait sa teinture à Johnny (désormais écrivain), et où Rimbaud mendierait quelques sous auprès de Grand corps malade. Qui lui donnerait des coups de canne.

On pourrait certes objecter que ce sont là des vieilleries, qu'il incombe aux écrivains de renouveler leur art, d'embrasser l'air du temps, etc... Rien n'est moins vrai. Je ne sache pas, toutefois, que les prix Goncourt du second XXème siècle se déchiffrent comme des glyphes d'un autre âge... Ils n'en furent pas moins balayés. Et quand bien même un ouvrage paraîtrait désuet au regard de sa forme, cela suffirait-il à lui ôter toute espèce d'originalité ? C'est à débattre.

Chaque année, Grasset reçoit près de cinq mille manuscrits pour n'en retenir qu'un seul. Est-ce à dire que le cortège des réprouvés soit frappé de médiocrité ? Certainement pas. Les grandes maisons répugnent à la prise de risque et ne s'y livrent qu'exceptionnellement. Parfois pour le meilleur, c'est indéniable. Mais l'essentiel de leurs décisions se fonde non point sur la qualité intrinsèque d'un écrit, mais bien davantage sur la sécurité commerciale qu'ils infèrent de celui-ci. Ainsi, en surcroît des grands manuscrits que l'Homme publia mais que l'Histoire ne retint pas, on peine à imaginer le nombre de ceux qui passèrent aux oubliettes. Aussi est-on surpris par ce propos récent du ministre de la culture, tenu devant les éditeurs réunis en assemblée, et que l'on voudrait croire dicté par les circonstances : « l'éditeur qui fait la littérature ». C'est cela, oui...

Sans en cautionner les dérives, on ne saurait pourtant vouer les grands éditeurs aux gémonies : le profit n'est-il pas la condition, sinon de la croissance, du moins de la survie de ces institutions qui entretiennent, bon an mal an, la flamme de la littérature ? Mais sans doute serait-il temps de lever le voile de l'hypocrisie : si chaleureux que soit le terme de « maison » - on se croirait presque au coin du feu - il ne reflète pas l'esprit quelque peu affairiste de tels établissements. Les Anglais, eux, ne s'y sont pas trompés : ils évoquent des « sociétés » dont l'activité, si l'on s'en réfère à la célèbre Encyclopaedia Britannica de 1911, ne sont pas autre chose qu'une « purely commercial affair ». Mais bon, ils on écrit la même chose de la Reine d'Angleterre...

Arthur Deming

Source: Agoravox

Commenter cet article

Athos 03/03/2013 19:29


@  Stanislas Bauer


Et, prout alors..!

Grrrrr 03/03/2013 01:43


@Zara: je haïs tous les paresseux qui lisent. 


Je n'ai pas voulu te contrarier, je me suis donc arrêté là afin de ne pas passer pour un paresseux ;)

Stanislas Bauer 02/03/2013 19:06


Ma fille, 15 ans,  tête de classe a un jour reçu une note très médiocre pour un travail.. La prof lui dit: Valérie, tu fais des pharases trop longues. Aussi sec, ma fille lui rétorque: " et
Proust, alors  ? ". la prof lui a finalement acocrdé 16/20 !

zara 02/03/2013 12:27


Lire et écrire


De tout ce qui est écrit, je n’aime que ce que l’on écrit avec son propre sang. Écris avec du sang et tu apprendras que le sang est esprit.


Il n’est pas facile de comprendre du sang étranger : je haïs tous les paresseux qui lisent.


Celui qui connaît le lecteur ne fait plus rien pour le lecteur. Encore un siècle de lecteurs – et l’esprit même sentira mauvais.


Que chacun ait le droit d’apprendre à lire, cela gâte à la longue, non seulement l’écriture, mais encore la pensée.


Jadis l’esprit était Dieu, puis il devint homme, maintenant il s’est fait populace.


Celui qui écrit en maximes avec du sang ne veut pas être lu, mais appris par cœur.


Sur les montagnes le plus court chemin va d’un sommet à l’autre : mas pour suivre ce chemin il faut que tu aies de longues jambes. Les maximes doivent être des sommets, et ceux à qui l’on parle
des hommes grands et robustes.


L’air léger et pur, le danger proche et l’esprit plein d’une joyeuse méchanceté : tout cela s’accorde bien.


Je veux avoir autour de moi des lutins, car je suis courageux. Le courage qui chasse les fantômes se crée ses propres lutins, – le courage veut rire.


Je ne suis plus en communion d’âme avec vous. Cette nuée que je vois au-dessous de moi, cette noirceur et cette lourdeur dont je ris – c’est votre nuée d’orage. Vous regardez en haut quand vous
aspirez à l’élévation. Et moi je regarde en bas puisque je suis élevé.


Qui de vous peut en même temps rire et être élevé ?


Celui qui plane sur les plus hautes montagnes se rit de toutes les tragédies de la scène et de la vie.


Courageux, insoucieux, moqueur, violent – ainsi nous veut la sagesse : elle est femme et ne peut aimer qu’un guerrier.


Vous me dites : « La vie est dure à porter. » Mais pourquoi auriez-vous le matin votre fierté et le soir votre soumission ?


La vie est dure à porter : mais n’ayez donc pas l’air si tendre ! Nous sommes tous des ânes et des ânesses chargés de fardeaux.


Qu’avons-nous de commun avec le bouton de rose qui tremble puisqu’une goutte de rosée l’oppresse.


Il est vrai que nous aimons la vie, mais ce n’est pas parce que nous sommes habitués à la vie, mais à l’amour.


Il y a toujours un peu de folie dans l’amour. Mais il y a toujours un peu de raison dans la folie.


Et pour moi aussi, pour moi qui suis porté vers la vie, les papillons et les bulles de savon, et tout ce qui leur ressemble parmi les hommes, me semble le mieux connaître le
bonheur.


C’est lorsqu’il voit voltiger ces petites âmes légères et folles, charmantes et mouvantes – que Zarathoustra est tenté de pleurer et de chanter.


Je ne pourrais croire qu’à un Dieu qui saurait danser.


Et lorsque je vis mon démon, je le trouvai sérieux, grave, profond et solennel : c’était l’esprit de lourdeur, – c’est par lui que tombent toutes choses.


Ce n’est pas par la colère, mais par le rire que l’on tue. En avant, tuons l’esprit de lourdeur !


J’ai appris à marcher : depuis lors, je me laisse courir. J’ai appris à voler, depuis lors je ne veux pas être poussé pour changer de place.


Maintenant je suis léger, maintenant je vole, maintenant je me vois au-dessous de moi, maintenant un dieu danse en moi.


Ainsi parlait Zarathoustra.

Archives

Articles récents