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Maldives: Les enfants de 7 ans peuvent être condamnés à mort !

Publié par wikistrike.com sur 1 Mai 2014, 13:17pm

Catégories : #Social - Société

Maldives : la peine de mort pour des enfants de 7 ans 

 



C’est la porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, Ravina Shamdasani, qui a donné l’alerte au cours d’une conférence de presse à Genève le 29 avril 2014. Désormais, depuis le 27 avril 2014, il est légalement possible que des enfants de 7 ans soient condamnés à mort aux Maldives.


Un pays de tourisme

Cette information contraste avec l’image qu’on peut se faire habituellement des Maldives. Près de mille deux cents îles paradisiaques, en plein Océan Indien, à quatre cent cinquante kilomètres au sud de l’Inde. Mer transparente, soleil radieux, douceur du sable, palmiers et cocotiers. Une température qui oscille entre 25°C et 40°C… Bref, tout pour se détendre.

Les premiers touristes sont arrivés en 1972. Maintenant, environ huit cent mille touristes viennent chaque année se détendre aux Maldives, avec une centaine d’hôtels construits sur les nombreux atolls que compte l’archipel, en particulier des "îles-hôtels" (près de cent îles sont ainsi aménagées pour une capacité de seize mille lits). En moyenne, les touristes restent aux Maldives pendant huit jours et dépensent près de 800 dollars.

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Vingt-cinq mille personnes travaillent dans le secteur du tourisme pour une population totale d’environ quatre cent mille habitants. En 2000, l’économie du tourisme contribuait à un tiers du produit intérieur brut.

Mais au-delà de la plage, quelques points obscurcissent l’horizon idyllique.


Pollution

Selon le GIEC en 2007, l’élévation du niveau de l’océan pourrait atteindre de dix à quarante centimètres d’ici 2100, ce qui pourrait faire disparaître de nombreuses îles de l’archipel.

Les Maldives connaissent par ailleurs deux autres catastrophes écologiques majeures en perspective.

D’une part, la destruction progressive des récifs coralliens maldiviens à cause des changements en cours : le réchauffement de la température de l’océan, l’augmentation de la teneur en gaz carbonique qui rend l’océan plus acide, l’élévation du niveau de l’océan qui réduit le rayonnement solaire, l’augmentation des pluies, etc.

Le tourisme n’aide pas non plus à la sauvegarde du corail avec beaucoup de plongeurs irrespectueux, des bungalows sur pilotis construits contre un récif, des plages artificielles qui s’alimentent de corail concassé, le transport maritime, le développement de la pêche, etc.

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D’autre part, l’existence d’une île dépotoir, de sept kilomètres de long et deux cents mètres de large, l’île de Thilafushi, à sept kilomètres à l’ouest de la capitale Malé : cette île fait office de poubelle des touristes de l’archipel, accumulant chaque jour trois cent trente tonnes de déchets. Chaque touriste produit près de quatre kilogrammes de déchets par jour qui ne sont pas traités par les autorités et juste entassés dans des décharges géantes en plein air.


Tradition autoritaire

Indépendante depuis le 26 juillet 1965 (sous domination britannique), la République des Maldives est un régime présidentiel fort, où le Président est en même temps Premier Ministre, et cela ne fait que depuis l’élection présidentielle des 8 et 28 octobre 2008 que le multipartisme est reconnu.

L’actuel Président est Abdulla Yameen Abdul Gayoom (54 ans) depuis le 17 novembre 2013, élu la veille au second tour à 51,3% contre Mohamed Nasheed (46 ans).

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Mohamed Nasheed a été un opposant politique de longue date (régulièrement arrêté et enfermé) au demi-frère de l’actuel Président, Maumoon Abdul Gayoom (76 ans), qui dirigea le pays pendant trente ans, du 11 novembre 1978 au 11 novembre 2008, élu six fois avec plus de 90% des suffrages grâce au principe de la candidature unique. L’essor économique dû au développement du tourisme de masse lui a permis de préserver son pouvoir malgré ses méthodes brutales (arrestations des opposants, tortures, presse muselée etc.) mais la pression internationale l’a finalement convaincu à assouplir le régime avec la nouvelle Constitution du 7 août 2008 à la suite du référendum du 17 août 2007 et du vote unanime des parlementaires du 2 juin 2005 qui instaura le multipartisme.

Mohamed Nasheed a battu Maumoon Abdul Gayoom à l’élection présidentielle d’octobre 2008 avec 53,7%, arrivé pourtant en deuxième avec 24,9% face au Président sortant 40,3% et une participation forte de 84% a montré l’attente forte de la population pour des élections réellement démocratiques.

Bien que premier élu légitime et démocratique, Mohamed Nasheed a cependant été conduit à démissionner le 7 février 2012, sous la contrainte des armes et de la police, à la suite de nombreuses manifestations de musulmans conservateurs qui se sont opposés à sa politique de réformes et à ses priorités environnementales (ayant lancé de nombreux projets pour enrayer le changement climatique, où les Maldives sont en première ligne). L’élément déclencheur des troubles a été l’arrestation du président de la Cour pénale qu’il accusait de protéger les membres de l’ancien régime.

Le Vice-Président Mohammed Waheed Hassan (61 ans), qui assura l’intérim jusqu’à l’élection de l’actuel Président (issu de l’ancien régime), libéra immédiatement le président de la Cour pénale. Certains voulaient juger le Président renversé (par ce que certains ont appelé un coup d’État islamiste) parce qu’on avait retrouvé des bouteilles d’alcool vides dans les poubelles de la Présidence et que l’alcool était interdit dans le pays en dehors des zones touristiques.

Le 7 septembre 2013, de retour sur la scène politique, Mohamed Nasheed a réussi à se hisser en tête du premier tour de l’élection présidentielle, avec 45,5%, face à Abdulla Yameen Abdul Gayoom, 25,4%, et Mohammed Waheed Hassan n’est arrivé qu’en quatrième position avec 5,1%. Finalement, ce premier tour fut annulé par la Cour suprême et le nouveau premier tour organisé le 9 novembre 2013 après une autre tentative repoussée le 19 octobre 2013, laissa Mohamed Nasheed toujours en tête avec 46,9% mais ce dernier perdit de justesse au second tour face à Adbulla Yameen Gayoom.

Depuis 2012, le régime s’est re-islamisé malgré les progrès démocratiques (certains peuvent même dire grâce aux progrès démocratiques, en jugeant que l’appel à un jihad violent est un droit démocratique !). Ces deux dernières années, des jeunes filles sont sévèrement condamnées (coups de fouet) pour des relations sexuelles hors mariage, même en cas de viol ! Une pétition (qui a rassemblé plus de deux millions de signataires) a cependant réussi à sauver l’une d’entre elles.


Cet islam d’État rigoureux qui oblige toutes les femmes à se voiler est très déconcertant, et tout a été organisé dans le pays pour interdire aux touristes l’accès aux îles où les Maldiviens vivent et éviter ainsi des relations entre les habitants et les étrangers. Quant à la justice, elle est la traduction de la charia.


La peine de mort et les enfants

Le 27 avril 2014, le gouvernement des Maldives a adopté un nouveau règlement sur l’application de la peine de mort, ce qui a mis fin à un moratoire de soixante ans.

Le nouveau règlement prévoit ainsi que la peine de mort est applicable pour le crime d’homicide volontaire, et qu’elle est applicable aussi pour des personnes âgées de moins de 18 ans.

La responsabilité pénale est applicable aux Maldives dès l’âge de 10 ans, mais pour les infractions à la charia, les enfants sont considérés responsables à partir de 7 ans : « Avec le nouveau règlement, un enfant de 7 ans peut donc être condamné à mort », a expliqué Ravina Shamdasani.

Le nouveau règlement prévoit que les enfants condamnés à mort ne seront pas exécutés immédiatement mais seulement lorsqu’ils atteindront l’âge de 18 ans.

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Les traités internationaux, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Convention relative aux droits de l’enfants, ratifiés par les Maldives, interdisent strictement la peine de mort pour les personnes âgées de moins de 18 ans au moment des faits.

L’évolution judiciaire des Maldives est donc gravissime.

Non seulement le moratoire de soixante ans sur la peine de mort a été abandonné, alors qu’en 2010, sous la Présidence de Mohamed Nasheed, le seul dirigeant qui a cherché à libéraliser le pays, les Maldives s’étaient engagées auprès du Conseil des droits de l’homme à maintenir ce moratoire, mais la peine de mort est désormais élargie et applicable jusqu’aux enfants à partir de 7 ans.

Condamner à mort des enfants est barbare mais condamner à mort tout court est également barbare. Aucune société des hommes n’est habilitée à supprimer la vie car elle lui échappe.

Du reste, les États-Unis, la Chine populairel’Iran et la Corée du Nord, font partie de ce club de plus en plus restreint, heureusement, qui perpétuent cette barbarie de la peine de mort. En 1944, en quelques semaines, la Caroline du Sud, un État particulièrement raciste à l’époque, avait même jugé au cours d’un procès bâclé, condamné à mort et exécuté un garçon de 14 ans, George Stinney, pourtant innocent de l’assassinat de deux enfants dont il était accusé.


Boycottons un pays barbare !

Il est probable que les incantations des responsables de l’ONU resteront lettres mortes auprès du gouvernement maldivien.

En revanche, tous les candidats à un séjour paradisiaque dans l’un des îles des Maldives seraient particulièrement bien inspirés de ne pas aller au bout de leur projet devenu indécent : comment peut-on rester aveugle les doigts de pied en éventail devant la réalité d’un pays prêt à tuer ses plus jeunes habitants pour des crimes dont la réalité serait très aléatoire.

Lorsqu’on se rend dans un pays, même pour des vacances, le moindre du respect humain est d’essayer de savoir comment vivent ceux qui y habitent. Aux Maldives, visiblement, la fin de la libéralisation a été confirmée ce 27 avril 2014.


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Sylvain Rakotoarison (30 avril 2014)
http://www.rakotoarison.eu
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