Wikistrike

Wikistrike

Rien ni personne n'est supérieur à la vérité

Mangerons-nous du saumon transgénique ?

Publié par wikistrike.com sur 20 Février 2013, 16:30pm

Catégories : #Ecologie - conso - biodiversité - énergie

 

 

Mangerons-nous du saumon transgénique ?

 

 

 

C'est un de ces télescopages dont l'actualité a le secret. Au moment où l'Europe de la nourriture est secouée tant par le scandale de la viande de cheval que par la réintroduction des farines animales comme nourriture pour les poissons d'élevage, le secteur de l'agro-alimentaire aux Etats-Unis se pose une question d'un tout autre ordre, qui semblerait pour le moment impensable en France : va-t-on bientôt, et pour la première fois, trouver dans les assiettes un animal génétiquement modifié ? Depuis la fin du mois de décembre 2012, les Américains sont en effet appelés à participer à un débat public au sujet de l'introduction sur le marché d'un saumon transgénique. Censé se terminer à la fin du mois de février, ce débat public vient, le 14 février, d'être prolongé de deux mois supplémentaires par la Food and Drug Administration (FDA), l'administration américaine qui réglemente les denrées alimentaires et les médicaments.

 

De quoi parle-t-on ? Son nom officiel est AquAdvantage mais on le connaît aussi sous son sobriquet de "Frankenfish" (littéralement le "Frankenpoisson"). En évoquant le monstre créé de bric et de broc par le chercheur de fiction Victor Frankenstein, ce surnom peu flatteur souligne que le saumon développé par la société américaine AquaBounty Technologies est un assemblage. Sur une base de saumon atlantique, des chercheurs ont, en 1989, introduit deux éléments génétiques provenant de deux espèces différentes. Le premier est un gène qui code pour une hormone de croissance présente chez le saumon royal, un saumon de l'océan Pacifique. Le second élément, issu de la loquette d'Amérique, est une sorte d'interrupteur issu d'un poisson vivant dans les eaux très froides de l'Atlantique nord, qui permettra au saumon de continuer à grandir lors de la saison froide alors que sa croissance se met d'ordinaire en pause. Une fois intégré dans le saumon, ce cocktail génétique doit provoquer une croissance deux fois plus rapide que la normale : au lieu d'atteindre la taille de commercialisation en trois ans, ces animaux transgéniques y parviendraient en dix-huit mois, ce qui constitue un bénéfice substantiel pour les pisciculteurs.

 

AquaBounty Technologies ferraille depuis 1996 avec les autorités américaines pour que l'AquAdvantage puisse atterrir sur l'étal du poissonnier et la table du consommateur. La première étape a été franchie en 2010 lorsqu'un comité vétérinaire a conclu que ce saumon,en mangeraient. Notons au passage que, comme c'est le cas pour les plantes OGM, ce comité s'est essentiellement appuyé sur des travaux scientifiques qu'AquaBounty Technologies a réalisés ou commandés.

 

Puis, c'est le risque environnemental qui a été évalué, l'idée étant de s'assurer que des saumons OGM ne puissent pas se retrouver dans la nature où ils pourraient disséminer leurs gènes ou bien mettre en péril les populations sauvages. Pour réduire au maximum ces risques, AquaBounty Technologies a mis sur pied deux sécurités. La première est un confinement physique des poissons, élevés dans des bassins à terre (et non dans des enclos en mer) : sur l'île du Prince Edouard, au Canada, non loin de Saint-Pierre et Miquelon, pour les alevins puis au Panama une fois que les saumons ont grandi. La seconde est un confinement biologique puisque tous les poissons produits sont censés être des femelles stérilisées. La technique de stérilisation employée n'est cependant pas sûre à 100 %, concède la FDA. Cela ne l'a pas empêché d'écrire, dans l'avis préliminaire qu'elle a rendu en 2012, que, dans les deux cas, le risque que la sécurité soit prise en défaut est "extrêmement éloigné".


AquaBounty Technologies semble avoir franchi les plus gros obstacles. Au terme du débat public, la FDA devrait, selon le New York Times, prendre quelques semaines ou quelques mois pour étudier les remarques qui auront été faites. Si aucune objection majeure n'est retenue, il ne restera plus qu'à donner l'autorisation d'introduction des saumons transgéniques sur le marché. Peut-être les foyers américains verront-ils ces produits dès la fin de l'année.

 

Au-delà du cas particulier qu'il représente, AquAdvantage est un test. Jusqu'à présent, les Etats-Unis n'ont en effet autorisé aucune mise sur le marché d'animaux génétiquement modifiés – alors que les plantes transgéniques ne posent pas de problème majeur d'acceptabilité au sein de la société américaine (par exemple, l'étiquetage des aliments contenant des OGM n'est obligatoire dans aucun Etat). Si, cette fois-ci, la FDA donne son accord, ce sera un signal très clair envoyé aux firmes spécialisées dans les biotechnologies. De la même manière qu'il existe des plantes génétiquement modifiées pour améliorer leur résistance aux maladies ou aux conditions climatiques ou bien pour augmenter leurs qualités nutritives, on peut imaginer l'apparition future d'animaux de boucherie présentant des améliorations génétiques analogues.

 

L'acceptation des biotechnologies n'est pas du tout la même en France qu'aux Etats-Unis, comme on a encore pu récemment le constater avec l'étude controversée de Gilles-Eric Séralini sur un maïs transgénique. Et si l'on vous demande "Mangerez-vous du saumon, du porc, du bœuf ou de l'agneau transgéniques ?",  il vous serait facile de répondre que la question ne se pose pas de ce côté-ci de l'Atlantique et risque de ne pas se poser avant très longtemps. Ce serait oublier dans quel monde nous vivons, un monde où de la viande de cheval achetée en un point A de l'Europe et traitée en un point B est ensuite revendue sur tout le continent. Un monde de traders, de revendeurs, d'intermédiaires et de distributeurs où l'agro-alimentaire s'apparente à un jeu de Monopoly planétaire. AquaBounty Technologies reconnaît que ses installations panaméennes ne lui offrent pas une grande capacité de production. Mais la société est prête à vendre ses alevins transgéniques aux pisciculteurs capables d'offrir les mêmes conditions de confinement. Mais qui ira vérifier ensuite que les alevins ou les poissons ne seront pas rachetés, élevés et revendus ailleurs ?

Pierre Barthélémy - Passeur de sciences

 

Commenter cet article

Rensk 20/02/2013 22:55


Heuuu, c'est vieux comme truc...


 


Dès 1985, des chercheurs du ministère de l’agriculture des États-Unis (USDA) réussissaient à générer des porcs sur-exprimant l'hormone
de croissance. L'objectif est de créer des animaux plus maigres et plus musclés. L’objectif a été atteint, mais les porcs sont alors plus sensibles à certaines maladies, comme les pneumonies et
l’arthrite. Le projet est alors abandonné. Des travaux similaires sont actuellement en cours chez le poisson. Par exemple, en 2001,
une compagnie a déposé aux autorités américaines une demande de commercialisation pour un saumon transgénique exprimant un surplus d'hormone de croissance. Ainsi il atteint sa taille adulte plus
rapidement, sans toutefois la dépasser...


Chez la vache, plusieurs modifications ont été effectuées afin de changer la composition de son lait ou d’en
augmenter la production. Par exemple, il est possible d’en diminuer la teneur en lactose, qui provoque de l’intolérance chez
certains consommateurs5. Afin de faciliter la fabrication du fromage, la teneur en caséine peut être augmentée. D’autres modifications visent l’augmentation des oméga-3, considérés bénéfique pour la santé (mais). La transgénèse permet aussi la production de protéines anti-bactériennes dans les
glandes mammaires des vaches, diminuant ainsi l’utilisation d’antibiotiques pour prévenir les mammites (infections des
pis).


Pas de limites ; depuis 2004 une compagnie américaine commercialise un poisson rouge fluorescent (GlofishMC). Ce dernier exprime un gène de fluorescence provenant d’un corail. Aussi, dernièrement, un lapin fluorescent a été exposé dans un musée européen en tant qu’objet d’art...

Archives

Articles récents