Manifestations à Mayotte: «On peut dire que les Mahorais ont été arnaqués»

 

000000.jpgLes organisateurs du mouvement appellent au calme et condamnent les violences mais veulent que les manifestations se poursuivent...

De notre envoyé spécial à Mayotte,

«L’intersyndicale condamne avec force les agressions, les pillages, et toute destruction de biens publics ou privés.» Au 32e jour du mouvement contre la vie chère, alors que le médiateur a quitté Mayotte, syndicats et associations ont joué l’apaisement ce vendredi. Sans pour autant baisser la garde, au moins jusqu’à le remise du rapport de Stanislas Martin et l’arrivée dans l’île de celui que tout le monde appelle déjà «le négociateur».

«Nous appelons à la poursuite de la grève dans le calme et invitons la population à venir massivement le mercredi 2 novembre place de la République pour montrer notre mobilisation au négociateur», ont appelé les organisateurs du mouvement au cours d’une conférence de presse. Boinali Saïd, de la CFDT, explique qu’il s’agit d’«accueillir pour Denis Robin», l’envoyé du gouvernement et ancien préfet de Mayotte, auquel tous reconnaissent «une capacité à négocier».

Près de 2.350 salariés au chômage technique

Déjà, l’île a connu quelques signes de déblocages, avec la levée de certains barrages et la reprise d’une liaison maritime très empruntée. Dans les rues de Mamoudzou, la journée a été calme. Pour autant «les manifestations ont continué au Nord, au centre et dans le Sud», note Saïd Boinali. Dans le Sud, justement, la protestation a pris la forme d’une marche pacifiste réclamant en chansons le départ des «patrons voyous». Effet collatéral, près de 2.350 salariés seraient au chômage technique dans l’île.

Jusqu’ici, «on peut dire que les Mahorais ont été arnaqués», ironise le cégétiste Salim Nahouda, en référence à l’accord signé par FO et une association sur une dizaine de prix, qui n’est pas respecté à la lettre par la distribution. Un clin d’œil à la formule du médiateur qui, avant de s’envoler sur Paris, a pris soin d’assurer qu’«il n’y a pas d’arnaque» sur le prix de la viande de bœuf.

«Des jeunes pleins d’espoir et disposés à continuer»

 Sur le terrain, toutefois, «il y a un enlisement du mouvement, les gens sont fatigués», avance Ansoir Abdou, du collectif des citoyens perdus. «Nous avons fait une tournée sur le terrain, j’ai rencontré des jeunes pleins d’espoir et disposés à continuer», lui répond Saïd Boinali. Car au-delà d’une baisse immédiate des prix, dont le médiateur a laissé entendre qu’elle pourrait être minime, les organisateurs ont la sensation de mettre en place les conditions des négociations futures.

«Au cœur de notre combat, il y a l’émergence de la société civile», se félicite le syndicaliste, qui estime qu’en assurant la transition entre la médiation religieuse, qui avait cours auparavant, et la médiation administrative, «nous construisons l’avenir». Avant de conclure, dans un élan lyrique: «Le conflit social crée des droits et fait progresser l’histoire». Ce n’est qu’un début, ils continuent le combat.

 Julien Ménielle, à Mayotte - 20minutes.fr
Tag(s) : #Politique intérieure
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