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Manifestations, violence et populisme: un 1er mai sous tension en Europe

Publié par wikistrike.com sur 1 Mai 2014, 20:09pm

Catégories : #Social - Société

 

Manifestations, violence et populisme: un 1er mai sous tension en Europe

 


 

00000000000000000.jpgDes affrontements entre police et manifestants ont lieu en Italie et en Turquie. En France, rassemblé autour de son leader Marine Le Pen, le Front National célèbre le Premier Mai avec un hommage à Jeanne d’Arc, et poursuit l’offensive pour remporter le vote du 25 mai. En Russie, 100 000 personnes fête la journée des travailleurs sur la Place Rouge, et célèbrent le rattachement de la Crimée.

Des manifestants défient les forces de l’ordre pour accéder à la Place Taksim pour le 1er mai – BULENT KILIC – BELGAIMAGE

Des dizaines de milliers de personnes, scandant « Sans emploi de qualité, pas de reprise », ont manifesté jeudi dans quelque 70 villes d’Espagne, où les syndicats dénoncaient une précarisation de l’emploi en dépit des premiers signes de reprise économique.

« Haut les mains, ceci est un contrat!« , ou « Pour nos droits« , étaient les slogans des banderoles brandies par les manifestants dans le centre de Madrid, au son de sifflets et tambours.

« La dernière réforme du travail et toutes les mesures prises par le gouvernement pour la stabilité budgétaire n’a donné qu’un résultat c’est de supprimer les droits des travailleurs » a dénoncé Jesus Huertas, fonctionnaire de 48 ans, vêtu d’un tee-shirt affichant: « La dignité, c’est le salaire« .

Une austérité sans précédent

Déterminé à réduire un déficit public galopant, le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy a décidé début 2012 d’appliquer un plan d’austérité visant à économiser 150 milliards d’euros sur trois ans.

L’austérité sans précédent appliquée par le gouvernement a donné lieu à deux grèves générales en 2012, avec des centaines de milliers de personnes dans la rue.

Deux ans plus tard, le gouvernement se déclare encouragé par les signes de reprise, le pays a d’ores et déjà connu au premier trimestre sa plus forte croissance en six ans, à 0,4%, accélérant la cadence après 0,2% au quatrième trimestre 2013 et 0,1% au troisième, en rythme trimestriel.

Mais ce léger mieux, en termes de croissance, ne se traduit pas encore sur le front de l’emploi, le taux de chômage a encore augmenté en Espagne au premier trimestre, à 25,93%, proche de son record historique, une situation qui incite nombre de demandeurs d’emploi découragés à abandonner leurs recherches, voire à quitter le pays.

Affrontements entre policiers et manifestants à Turin

Des échauffourées ont éclaté entre la police et des centaines de manifestants à Turin, au cours d’une des manifestations du 1er mai contre le chômage et l’austérité, en Italie.

Les manifestants ont lancé des bombes fumigènes sur la police, qui les a alors chargés, dans la ville industrielle très touchée par deux ans de récession.

Des milliers de personnes ont également participé à une manifestation pacifique à l’appel des principaux syndicats à Pordenone, où la fermeture d’une usine de machines à laver du suédois Electrolux menace 1.300 emplois.

« Nous entendons toujours parler des coupes en Europe plutôt que d’investissement dans l’emploi » a déclaré lors de la manifestation Susanna Camussola, présidente de la Confédération générale italienne du travail, le premier syndicat du pays.

A Rome, le président Giorgio Napolitano a réclamé une « réponse forte en termes de réformes et de politique publique » à une « urgence: l’emploi« .

Sur son compte @pontifex, le pape François a également posté son tweet du 1er mai à l’adresse des gouvernements : « Je demande à tous ceux qui exercent des responsabilités politiques, de ne pas oublier ces deux choses: la dignité humaine et le bien commun« .

Le taux de chômage en Italie s’est établi à 12,7% de la population active en mars, soit une légère baisse par rapport à février (13%), selon une estimation provisoire publiée mercredi par l’Institut national des statistiques (Istat).

Le FN fourbit les armes des élections du 25 mai

Marine Le Pen, la Présidente du Front National, le parti d’extrême-droite français, fête le premier mai avec un défilé en hommage à Jeanne d’Arc. Le discours de la présidente devra également sonner l’offensive pour la dernière ligne droite de la campagne européenne.

En toile de fond se pose la question suivante : le 25 mai sera-t-il le printemps des partis populistes ou d’extrême-droite en Europe ? Certains d’entre eux pourraient en effet arriver en tête ou en deuxième place des scrutins européens. La question se pose particulièrement au Royaume-Uni, au Danemark, en Finlande, aux Pays-Bas, en Autriche, en Hongrie, en Italie ou encore en France.

Selon les estimations de Pollwatch 2014, un site qui agrège les sondages nationaux, les partis d’extrême droite d’au moins sept pays pourraient obtenir 35 sièges. Réunis autour de Marine Le Pen et de Geert Wilders, le leader néerlandais du Partij voor de Vrijheid, la perspective d’un groupe de l’Alliance européenne pour la liberté, dont rêve la fille de Jean-Marie Le Pen, ne semble plus très éloignée.

100 000 personnes réunies sur la Place Rouge

En Russie, plus de 100.000 personnes, selon la police locale, citée par les agences russes, ont participé à un défilé mené par le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, et organisé sur la place Rouge, aux pieds du Kremlin pour la première fois depuis 1991.

« Je suis fier de mon pays« , « Poutine a raison » indiquaient les pancartes brandies au milieu de nombreux drapeaux russes et de ballons blancs, bleus et rouges aux couleurs du drapeau national, a constaté une journaliste de l’AFP.

Le 1er mai est la journée internationale des travailleurs, fériée en Russie et destinée à célébrer le combat pour de meilleures conditions de travail. Chaque année, les syndicats russes défilent à cette occasion dans la plupart des villes du pays.

Cette année, le retour symbolique du mouvement sur la principale place du pays, à deux pas du Kremlin, a été avalisé par les autorités, comme du temps de l’URSS, où le 1er mai était l’occasion de grands défilés militaires et civils devant les dirigeants soviétiques.

Selon le leader de la Fédération des syndicats de Russie, Mikhaïl Chmakov, cité par l’agence Interfax, plus de deux millions de personnes ont participé jeudi aux défilés du 1er mai dans tout le pays.

Célébration du rattachement de la Crimée

Plusieurs pancartes et discours de représentants syndicaux célébraient le rattachement de la Crimée en mars à la Russie, après un référendum dénoncé comme illégal par Kiev et la communauté internationale.

« Un vent de liberté souffle sur la Crimée! » s’est exclamé sur le podium un homme en uniforme militaire. « Moscou-Sébastopol, villes des héros« , indiquait une pancarte.

L’un des organisateurs du défilé, Alexandre Cherchoukov, président du parti « Union du Travail » avait indiqué mardi que la manifestation serait « anti-fasciste, en raison de la situation à nos frontières« , en référence aux événements à l’Est de l’Ukraine. Les insurgés pro-russes se disent menacés par les nationalistes qui ont participé à la contestation pro-européenne et soutiennent les autorités de transition à Kiev.

En Crimée, justement, quelque 60.000 personnes ont défilé jeudi en brandissant des drapeaux russes et des portraits du président Vladimir Poutine à Simféropol, capitale de la péninsule ukrainienne de Crimée, rattachée en mars à la Russie.

Ce sont principalement des salariés du secteur public qui ont participé à la marche à l’occasion de la Fête du Travail. Ils portaient des affiches sur lesquelles on pouvait lire: « Nous sommes la Russie« , « Poutine est notre président« , a constaté une journaliste de l’AFP.

Occupée par les forces russes après la chute du régime pro-Kremlin à Kiev, la Crimée a été rattachée en trois semaines à la Russie en mars à l’issu d’un référendum controversé non reconnu par la communauté internationale.

L’Est russophone de l’Ukraine est actuellement en proie à une insurrection pro-russe fomentée, selon Kiev et les Occidentaux, par la Russie.

« Nous sommes très inquiets de ce qui se passe dans l’Est de l’Ukraine. On ne peut pas laisser l’armée (ukrainienne) tirer sur les civils. Tous les Russes doivent se réunir« , a déclaré à la presse le président du Parlement de la Crimée, Vladimir Konstantinov.

A Sébastopol, port d’attache de la flotte russe de la mer Noire, environ 8.000 personnes ont défilé à l’appel des autorités municipales, selon la police.

A Istanbul, la bataille pour la place Taksim fait rage

Mahmut Tanal n’en revient pas. Avec des centaines d’autres manifestants venus célébrer le 1er mai, le député de l’opposition turque vient de se faire charger sans ménagement par la police, qui a fait de la place Taksim d’Istanbul une forteresse imprenable. Plusieurs centaines de manifestants turcs, rassemblés sur les abords du cœur européen d’Istanbul, étaient venus défier l’interdiction de se rassembler pour le 1er mai sur la Place Taksim, devenue le symbole de la contestation contre le gouvernement turc. Près de 40 000 policiers ont été déployés dans la ville pour en barrer l’accès. La police anti-émeutes a donné l’assaut à l’aide de véhicules équipés de canon à eau contre les manifestants qui tentaient de forcer les barrages.

Le Premier Ministre Recep Tayyip Erdogan avait mis en garde les manifestants la semaine dernière, en les avertissant d’ »abandonner l’espoir » de pourvoir aller sur Taksim. Mais les militants de gauche et les syndicats étaient déterminés à braver cette interdiction. Seule exception, la Confédération du travail Türk-Is a été autorisée à déposer sur la place Taksim des gerbes de fleur en hommage aux 34 personnes qui avaient été tuées le 1er mai 1977 lorsque des manifestants non identifiés ont tiré en l’air, provoquant la panique.

« Ce gouvernement se comporte comme dans la pire dictature« , fulmine Mahmut Tanal, un élu du Parti républicain du peuple (CHP). « Le peuple, le droit, la justice, les tribunaux, il s’en moque éperdument« , poursuit-il devant ses troupes, « mais je vais porter plainte pour qu’il soit puni pour l’agression dont je viens d’être victime« .

A quelques mètres de lui, le grand boulevard qui mène vers les bureaux stambouliotes du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, dans le quartier de Besiktas, est encore noyé sous les fumées des premiers tirs de gaz lacrymogène de la journée.

Dès le début de la matinée, les forces de l’ordre ont appliqué à la lettre les ordres tombés d’Ankara. La place Taksim, le cœur de la fronde qui a fait vaciller le chef du gouvernement il y a un an, est interdite aux manifestants, et le moindre rassemblement dans ses alentours sera dispersé.

« Manifester le 1er mai est un droit constitutionnel partout dans le monde« , rouspète Mahmut Tanal, « le gouvernement n’a pas le droit de faire ça« .

 

 RTBF

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