Mardi 21 février 2012
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Mécanisme Européen de Stabilité (MES)
Le 11 juillet 2011, les ministres des Finances de la zone euro ont
signé le traité établissant le Mécanisme européen de stabilité (MES, ESM en Anglais),
attendu depuis mai 2010. Une nouvelle version a
été signée le 2 février 2012.
1. HISTORIQUE
Comment en est-on arrivé là ?
Les 9 et 10 mai 2010, les ministres des finances des 27 états vont approuver la création du MESF et du Fonds Européen de Stabilité Financière
(FESF). Le premier est un organisme
communautaire adossé au budget de l'Union Européenne et n'est garanti "que" à hauteur de 60
milliards d'euros (auxquels s'ajoutent
30 milliards d'euros de garanties
du FMI). Le second est un organisme
inter-gouvernemental doté de 440 milliards d'euros de capital garanti (le FMI garantissant 220 milliards d'euros de plus, le capital garanti s'élève à 660
milliards d'euros).
2. MANQUE DE TRANSPARENCE ET SUSPICIONS
Des citoyens méfiants s'inquiètent
Pourtant très attendue, sa signature n'a pas été commentée dans les grands médias. Seuls les sites officiels ainsi que certains
médias spécialisés (voir vidéo au bas de l'article*) ont rapporté l'information.
3. LE MES TEL QUE DECRIT PAR LE TRAITE
Structure et But du futur organisme
Le MES sera une institution internationale composée :
-
d'un Conseil d'Administration présidé
par un Directeur
Général et dont le travail sera de gérer les affaires courantes et techniques ;
-
d'un Conseil des Gouverneurs chargé de
prendre les décisions importantes. Ce dernier, regroupant les ministres des finances des États membres, élira son président pour un mandat de 2 ans renouvelable, et nommera aussi
le Directeur
Général du Conseil
d'Administration pour un mandat de 5 ans renouvelable une fois.
Le but de cet organisme sera de prendre la suite du FESF en finançant sous conditions un état membre si sa situation menace la stabilité de la
zone euro. Ce mécanisme pourra lever des fonds via des instruments financiers (par des
émissions d'obligations notamment), mais aussi via des accords de coopérations avec des états non-membres ou des institutions tiers telles que le FMI.
4. LA POMME DE LA DISCORDE
Les sommes en jeu, les pouvoirs et les privilèges accordés
Objet du scandale n°1 : Le
capital
Tout comme ses prédécesseurs, le MES ne prêtera pas son propre argent aux États en difficulté. Il se base sur un capital garanti
par les états membres pour pouvoir emprunter sur les marchés. Le capital s'élevant au total à 700 milliardsd'euros dont 11% seulement (80 milliards d'euros) seront réellement versés durant les 5 années suivant la ratification du traité.
Deux types de capital :
D'une part, le MES disposera de fonds mobilisables qu'on appelle capital
libéré (c'est l'argent que les états auront vraiment donné au MES), d'un montant initial de 80 milliards d'euros, d'autre part un capital
non libéré (il est sujet à appel mais n'est pas versé tant qu'on n'en a pas besoin) d'un montant initial de 620 milliards d'euros.
La modification du capital par le Conseil des Gouverneurs :
Ce qui pose problème à certains commentateurs, c'est le fait que le Conseil des Gouverneurs pourra
décider de modifier ces montants. Il pourra donc, d'un commun accord (unanimité des votants, l'abstention n'étant pas comptée), augmenter le montant du capital libéré ou non libéré.
Le Conseil des Gouverneurs aura
par ailleurs la possibilité de faire appel à du capital non libéré des États membres. Dans les cas extrêmes où le MES se verrait dans l'incapacité potentielle d'honorer ses créanciers,
le Directeur
Général pourra faire appel au capital non libéré : les États s'engageront alors inconditionnellement et irrévocablement à procéder au paiement dans les 7 jours suivant l'appel.
Enfin, le Conseil
d'Administration pourra, à la majorité simple, faire appel au capital non libéré pour maintenir le niveau de capital libéré : Si, à cause de pertes, le montant du
capital libéré descend à 75 milliards, il pourra alors demander aux États de libérer 5 milliards d'euros pour revenir au montant prévu de 80 milliards d'euros de capital
libéré.
Objet du scandale n°2 : immunité, privilèges et manque de transparence
Le MES "aura pleine personnalité juridique et aura pleine capacité juridique". Il pourra aller en justice, acquérir et
aliéner des biens immobiliers et mobiliers ou passer des contrats.
Tous ses biens, fonds et avoirs jouiront de l'immunité de toute forme de procédure judiciaire et seront exempts de restrictions,
réglementations, contrôles et moratoires. Sa propriété, son financement et ses actifs seront exempts de perquisition, réquisition, confiscation ou saisie, d'où qu'elles émanent. Ses archives et
documents, ainsi que ses locaux seront inviolables.
Les employés seront à l'abri de toute poursuite à l'égard d'actes accomplis en leur qualité officielle, seront soumis au secret
professionnel, paieront un impôt interne décidé par le Conseil
d'Administration (les salaires et émoluments étant exempts de l'impôt sur le
revenu national).
Notons que le Conseil des Gouverneurs aura le pouvoir de lever certaines immunités quand il le jugera opportun et surtout, que ce
régime juridique est le régime classique pour une institution internationale.
Objet du scandale n°3 : Le TSCG
Le traité établissant le MES fait explicitement mention du Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance, signé par
25 Etats de l'Union Européenne le 30 janvier 2012, et qui a pour but de renforcer la discipline budgétaire des Etats signataires.
En effet, une des conditions d'accès à l'assistance du MES sera d'avoir au préalable ratifié le TSCG et d'avoir créé un mécanisme
de correction budgétaire (la "Règle d'Or").
5. CONCLUSION
Pour résumer !
Le MES aura un immense pouvoir au sein de la zone euro et prendra la place du FESF au courant de l'année 2013. Le capital pourra être modifié à l'unanimité des Gouverneurs, offrant donc
une flexibilité potentielle tout en gardant la possibilité pour un membre d'user de son droit de véto.
La
France y est engagée à hauteur de 142,7 milliards d'euros, dont 16,3
milliards d'euros de capital à libérer dans les 5 ans suivant 2013, soit environ
3,26 milliards d'euros par an. Bien sur, si la décision d'augmenter le capital
était prise, la France et les autres membres devraient augmenter leurs transferts vers le MES.
Dans les cas extrêmes, les pays signataires s'engagent à verser du capital non libéré au MES dans les 7 jours suivant l'appel du
Directeur Général.
Facteur à ne pas négliger non plus : aucun acteur de ce système n'est élu ni responsable devant les peuples européens.
* Voir l'intervention d'Olivier Delamarche sur BFM Business (à partir de 6 minutes 40) :
Source: La théorie du Tout