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Megaupload : le cancer du pirate

Publié par wikistrike.com sur 21 Janvier 2012, 08:47am

Catégories : #Science - technologie - web - recherche

Megaupload : le cancer du pirate

 

viking.jpgRepublication d’un article de RWW écrit en juin 2010

Il fut un temps, avant Hadopi, où piratage rimait avec P2P, un mode de distribution des fichiers très sophistiqué, qui avait entre autre mérite celui de répartir la consommation de la bande passante entre les personnes partageant un fichier.

Pour être clair, si mille personnes partageaient un mp3, tous (ou presque) donnaient un peu de leur bande passante pour permettre aux autres de télécharger un peu du fichier. La distribution était ainsi répartie entre les consommateurs, son cout divisé à l’infini, approchait suffisamment le zéro pour être intégré dans les forfaits ADSL illimités des téléchargeurs.

Technologiquement, c’est fantastique, mais d’un point de vue économique, cela dessine un avenir où, si le marketing et la promotion peuvent encore espérer tenir un rôle, la distribution n’en a, elle, plus aucun.

La forme la plus aboutie, du point de vue de la vision économique sous tendue par le P2P, est proche de systèmes comme eMule, mais au final, c’est bittorent qui remportera le concours de popularité : plus efficace, notamment pour transférer de gros fichiers vidéo, son principal défaut repose sur la présence dans son écosystème de trackers, des sites web, comme ThePirateBay, le plus célèbre d’entre eux, qui génèrent un énorme trafic, et donc potentiellement des revenus illégaux.

Le P2P n’a pas de modèle économique en soit, c’est une simple technologie, et comme elle est ‘Libre’, tout le monde peut l’utiliser comme bon lui semble (ou presque), et construire au besoin un écosystème autour de lui.

C’est le défit que tente de relever ThePirateBay. Système de rémunération des créateurs (Flattr), moteur de recherche performant, gestion de la réputation, et jusqu’au boutisme absolu puisque les concepteurs du site sont allés jusqu’à mettre au point des évolutions ‘trackerless’ de la technologie Bittorent : en clair, ouvrir la voie à un avenir où les gros sites comme ThePirateBay n’aurait même plus de raison d’exister, et revenir aux fondamentaux d’un système P2P où le rôle économique de la distribution serait réparti entre consommateurs, rendant le distributeur inutile (et se sabordant par la même occasion, tout en atteignant une forme d’éternité numérique, un vrai truc de Viking).

Mais Hadopi a sérieusement mis du plomb dans l’aile du P2P, sa principale cible. Son usage a stagné, plus décliné lentement, au profit d’une autre méthode de téléchargement : le direct download.

 

Le jumeau maléfique du P2P : le direct download

Le direct download (DDL, pour les intimes), d’un point de vue économique, renverse totalement le mouvement de dilution à dose homéopathique du rôle de la distribution. Bien au contraire, il en renforce le pouvoir, au point de dessiner un avenir où les distributeurs seront bien plus puissants qu’ils ne l’étaient hier, au temps de la FNAC et du Virgin Megastore.

Plutôt que de partager les coûts entre tous, la distribution est entièrement à la charge d’un petit nombre d’acteurs (ça vous rappelle quelque chose ?) : Rapidshare, Megaupload, et quelques autres.

A eux la charge d’assurer la distribution de tout ce qui est numérique : logiciels, jeux vidéos, musique, cinéma, documentaires, enregistrements d’émissions de télévision, etc, etc.

Mais là où la distribution d’hier se compliquait la vie avec des magasins, du personnel, de la publicité et de la promotion, cette nouvelle race de distributeurs a mis au point ce qu’il se fait de mieux dans l’innovation des startups : un ecosystème.

En établissant des règles qu’ils maitrisent de bout en bout, les sites de DDL laissent la place à une multitude d’acteurs qui vont faire le boulot à leur place : certains pour des revenus misérables, d’autres, plus malins, en échange de sommes rondelettes, suffisantes, pour les meilleurs, pour s’assurer une retraite dorée en quelques années.

Le modèle économique qu’ils proposent à leur écosystème est complexe, et varie d’un site de DDL à un autre, mais on retrouve souvent les mêmes variables dans la façon dont ils proposent de structurer économiquement et technologiquement l’écosystème qui les entourent :

  • un système d’affiliation pour la vente de leurs formules «premium», permettant à quiconque leur apportant un client de toucher une commission, qui peut s’avérer très généreuse.
  • la rémunération de ceux qui hébergent chez eux des fichiers ‘populaires’, entendez par cela que si vous y placez un fichier et que celui-ci est téléchargé des milliers de fois, vous gagnerez beaucoup. Inutile de vous dire que «Avatar» en DivX a plus de chances d’être populaire que vos photos de vacances.
  • cerise sur le gâteau, et c’est là que du point de vue modèle économique, cela touche au génie, cette rémunération est effectuée dans une monnaie virtuelle, propre à chaque site de DDL, dont le cours est variable selon le bon vouloir des dirigeants du site.
  • Enfin, des API permettant d’industrialiser les opérations d’hébergement et de téléchargement sur le site de DDL, ce qui permet à la fois une efficacité «industrielle» pour ceux qui y mettent en place des fichiers et plus de confort pour ceux qui les téléchargent.

Le tout flirte avec la légalité, mais pour l’instant se sort plutôt bien de ses soucis juridiques, quitte à déménager d’une législation à une autre, comme ce fut le cas pour Rapidshare, transféré de l’Allemagne à la Suisse l’année dernière.

Le modèle économique de tout cela touche au génie, tout comme la construction juridique qui consiste à crowdsourcer l’essentiel des risques vers des blogs et des forums «warez», proposant des liens vers les fichiers copyrightés, ainsi que vers un troupeau d’esclaves qui y hébergent des fichiers copyrighté trouvés dans les réseaux P2P ou sur les newsgroups, pour être payés au final en monnaie de singe. Ils se feront un plaisir d’aller publier leurs liens, devenus leurs source de revenus, sur les blogs et les forums «warez», à qui revient la charge d’exploiter les esclaves ou de leur proposer une forme de contrat social alternatif, tout est possible, les sites de DDL s’en lavent les mains. «Anachy in the IP», en quelque sorte, mais certainement pas «no future».

Pour faire bonne mesure, on répondra de façon plus ou moins rapide aux demandes des ayants droits, qui, repérant un fichier copyrithé ça et là, en demanderont le retrait. Charge aux esclaves de l’upload de le remettre à disposition à nouveau, ce qui ne manque pas d’arriver.

Pour le consommateur final, c’est tout bénef : télécharger un fichier avec ce système est bien plus rapide qu’avec le P2P, et pour un coût, dans le cas d’une formule premium, à peine deux fois plus élevé que ce que les partisans de la licence globale avait imaginé pour une solution légale autour du P2P.

Mais le plus beau, c’est que ce système est pour le moment parfaitement à l’abri de Hadopi. Qui plus est, dans la mesure où à aucun moment le consommateur final ne partage quoi que ce soit, il n’est pas clairement dans l’illégalité, tout juste dans un vide juridique (edit: Padawan me souffle à l’oreille que l’on peut voir cela comme étant légal ;-) .

 

Fnac 2.0

Tout cela se fait au prix d’une architecture technique colossale, aux coûts pharaoniques, ce qui nécessite de lourds investissements, contrairement à un board warez, quelque soit son importance, ou à un tracker bittorent, fut-il de la taille de ThePirateBay.

Alors, me direz-vous, pourquoi l’industrie de la distribution de la Culture ne hurle pas et ne se déchaine pas sur ces acteurs comme elle l’a fait avec ThePirateBay ?

Mettez-vous à leur place : leur modèle n’a aucun avenir, ils ne sont pas idiots au point de ne pas en être conscients. Devant eux se profile deux voies : celle du P2P, où ils ont disparu, et celle du DDL, où leur puissance est démultiplié et leurs couts, au final, plus réduits qu’ils ne l’étaient hier. Quelle voie choisir ? La réponse est assez simple.

La seule question, en réalité, consiste à savoir s’il faut détruire les sites de DDL pour en proposer soi même, ou tout simplement les racheter, quitte à faire baisser le prix à la faveur d’un énième procès, faisant office d’OPA hostile.

Toujours est-il que dans l’inévitable marche du progrès qui broie l’industrie de la Culture depuis maintenant plus d’une décennie, le DDL est la seule voie réaliste leur offrant la perspective d’un avenir florissant, où ils régneront à nouveau en maitres absolus, allant, cette fois-ci, jusqu’à battre leur propre monnaie et externaliser l’essentiel de leurs charges de personnel.

Fantastique.

Les donneurs de leçons qui prennent le terme néocommuniste pour une insulte peuvent désormais m’écrire. Own3d.

 

Prolétariat 2.0

Externaliser la quasi totalité de ses charges de personnel est un fantasme que même les plus fervents partisans des délocalisations massives n’osent imaginer. Pourtant, grâce au DDL, ce sera chose faite pour l’une des plus puissante industrie de la planète d’ici une décennie tout au plus.

Il s’agira de se montrer généreux avec le petit personnel, dans un premier temps, pour ensuite faire jouer la concurrence entre diverses main d’œuvres, voir même faire appel à des bénévoles en les embrigadant dans un discours idéologique fumeux (idéologie qui aura d’ailleurs été largement mise en place par la mafia 2.0 - voir plus loin - qu’il suffira d’amadouer ou d’envoyer au bagne par la suite).

Le rôle de la monnaie virtuelle est ici essentiel, on pourra progressivement faire baisser son cours, afin d’ajuster au plus bas la rémunération des esclaves 2.0 pour le plus grand profit de ceux qui étaient hier des majors et qui seront demain… autre chose, mais de plus puissant encore.

Le petit peuple aura besoin d’idoles, il faudra prendre soin de laisser émerger des modèles de réussite, érigés en héros, donnant l’impression à la masse que le succès est à leur portée, que l’on peut, si l’on s’y prend comme il faut, réussir et devenir riche.

Il sera de bon ton, cela renforce la cohésion et l’aveuglement du troupeau, qui s’imagine en Che Guevara 2.0 parcourant une Bolivie numérique, de transformer certains héros en martyrs, afin de construire une mythologie propre à assoir, demain, toute une industrie.

Dans le complexe écosystème mis en place par les sites de DDL, les plus malins pourront gagner des sommes substantielles, se comptant en millions d’euros. Une paille, par rapport à ce que gagnent les sites de DDL, mais suffisamment pour leurrer une jeunesse toute entière dans l’illusion du veau d’Or à portée de main, et tellement moins cher qu’une bonne campagne d’affichage.

 

Mafia 2.0

En attendant la légalisation des sites de DDL, par leur rachat ou leur remplacement (si tant est qu’ils n’en soient pas déjà actionnaires), on n’hésitera pas à plonger le prolétariat 2.0 tout entier dans l’illégalité. Après tout, par rapport aux conditions de travail de leurs ancêtres du XIXe siècle, ce n’est tout de même pas si terrible que cela. Au pire, certains finiront en prison et serviront de martyrs à une génération toute entière, bien trop occupée à regarder «Iron Man 2» en «CAM» que de réfléchir aux conséquences de leurs actes sur l’avenir qu’ils se préparent et aux prisons qu’ils construisent en guise d’habitations.

Selon les cultures, ce prolétariat d’un nouveau genre s’organisera d’une façon ou d’une autre. Aux USA, un certain esprit de corps règne, et la morale n’a pas déserté les rangs (ce n’est pas le royaume des Bisounours pour autant). En France, c’est tout le contraire, des petits mafieux dominent le marché aux esclaves, les endoctrinent avec une bouillie idéologique, trop gentiment servie par des vieux cons, issus de wana-be parti politiques ou de wana-be média (un peu d’auto flagellation, ça fait du bien), et au besoin, font régner l’ordre et la terreur à l’aide de milices privées, bien plus agressives encore que celles envisagées par les autorités d’Etat.

Think global, act local, la recette a toujours marché. La France se complait dans l’anarchie et la violence ? Qu’on leur donne de la brioche.

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