Wikistrike

Wikistrike

Rien ni personne n'est supérieur à la vérité

"MES INVENTIONS" Le Récit Autobiographique de NIKOLA TESLA (II)

Publié par wikistrike.com sur 17 Mars 2012, 22:29pm

Catégories : #Science - technologie - web - recherche

 

 

"MES INVENTIONS"

Le Récit Autobiographique de NIKOLA TESLA (II)

 

Retour 1ère partie

 

 Chapitre IV


La découverte de la Bobine- et du Transformateur-Tesla

J'allai me consacrer entièrement, et avec un immense plaisir, à imaginer des moteurs et à développer de nouveaux types. J'étais mentalement dans une félicité que je n'avais jamais connue auparavant. Les idées affluaient de manière ininterrompue, et mon seul problème était de les retenir. Les pièces des appareils que je concevais étaient pour moi parfaitement réelles et tangibles, jusque dans leurs moindres détails et je pouvais même relever leurs tout premiers signes d'usure. J'aimais imaginer les moteurs en fonctionnement perpétuel, car c'était un spectacle plus fascinant. Lorsqu'un penchant naturel se transforme en désir passionné, on avance vers son but chaussé de bottes de sept lieues. J'ai conçu, en l'espace de deux mois, pratiquement tous les types de moteurs et toutes les modifications des systèmes qui portent aujourd'hui mon nom. Les contingences de la vie ordonnèrent que j'arrête temporairement mes activités mentales stressantes, et je me demande si ce ne fut pas, tout compte fait, une providence. Une nouvelle prématurée, concernant l'administration des téléphones, m'a poussé à venir à Budapest et l'ironie du sort a voulu que j'accepte un poste de designer au Bureau Central des Télégraphes du gouvernement hongrois, pour un salaire dont je tairai le montant, car il serait inconvenant de le dévoiler ! Je sus, par bonheur, gagner la confiance de l'inspecteur en chef, qui me demanda d'effectuer les calculs, les plans et les estimations de nouvelles installations, jusqu'à ce que le réseau téléphonique soit opérationnel ; j'allai alors en prendre la direction. Les connaissances et les expériences pratiques que j'acquis durant cette fonction me furent très précieuses et j'eus beaucoup d'opportunités pour exercer mes talents d'inventeur. J'ai procédé à plusieurs améliorations des dispositifs du système central et j'ai mis au point un amplificateur téléphonique qui n'a jamais été déposé aux brevets et qui ne fut jamais décrit publiquement, mais qui aujourd'hui encore, me reviendrait. En reconnaissance de mes bons services, M. Puskas, l'administrateur de l'entreprise, lorsqu'il céda son affaire à Budapest, m'offrit un poste à Paris que j'acceptai avec joie.

Je n'oublierai jamais la profonde impression que cette ville magique a gravée dans mon esprit. Après mon arrivée, je passai plusieurs jours à errer dans les rues complètement bouleversé par ce nouveau spectacle. Les tentations étaient nombreuses et irrésistibles et, hélas, toute ma paie fut dépensée sitôt que je l'eus empochée. Lorsque M. Puskas vint prendre de mes nouvelles, je lui décrivis la situation très nettement en disant que "ce sont les 29 derniers jours du mois qui sont les plus difficiles !" Je menai alors une vie très active qui ressemblait à ce qu'on appelle aujourd'hui "la mode Roosevelt". Quel que fût le temps, j'allais tous les matins de mon lieu de résidence, boulevard St Marcel à une piscine en bordure de la Seine ; je plongeais dans l'eau, en faisais vingt-sept fois le tour, puis je marchais pendant une heure jusqu'à Ivry, où se trouvait l'usine de la société. C'est là que je prenais un petit-déjeuner frugal à sept heures et demie puis, j'attendais impatiemment l'heure du déjeuner ; entre temps, je devais casser des cailloux pour le directeur de l'usine, M. Charles Batchellor, qui était aussi un ami intime et l'assistant d'Edison. Par ailleurs, c'est ici que je fus mis en contact avec quelques Américains qui ont failli tomber amoureux de moi, à cause de mon adresse au... billard ! J'ai expliqué mes inventions à ces hommes, et l'un d'eux, M. D. Cunningham, chef du département mécanique, m'a proposé de fonder une société anonyme. Cette proposition me parut des plus bizarres. Je n'avais pas la moindre idée de ce que cela voulait dire, sauf que c'était une manière de régler les choses à l'américaine. Je n'eus toutefois pas y donner suite, car durant les mois qui ont suivi, je fus souvent en déplacement en France comme en Allemagne, afin de réparer les pannes dans les centrales électriques. De retour à Paris, je soumis à l'un des administrateurs de la société, M. Rau, un projet pour perfectionner leurs dynamos qui fut accepté. Mon succès fut total et les directeurs réjouis m'accordèrent le privilège de développer des régulateurs automatiques qui étaient très attendus. Peu de temps après, il y eut quelques problèmes avec l'installation électrique de la nouvelle gare à Strasbourg, en Alsace. Les câbles étaient défectueux et lors de la cérémonie d'inauguration, en présence du vieil empereur Guillaume Ier, il y eut une explosion suite à un court-circuit, qui arracha une grande partie du mur. Le gouvernement allemand ne voulut rien savoir, et pour la société française c'était une grosse perte. En raison de ma connaissance de l'allemand et de mes expériences passées, on me confia la tâche difficile d'arranger les choses, et c'est dans cette optique que je partis pour Strasbourg, au début de 1883.

Il y eut certains incidents dans cette ville qui m'ont laissé des souvenirs indélébiles. Par une étrange coïncidence, plusieurs hommes qui par la suite allèrent devenir célèbres, vivaient alors dans cette ville. Plus tard je devais dire : " Le virus de la célébrité faisait rage dans cette vieille ville. D'aucuns en ont été infectés, mais je l'ai échappé belle !" Mes travaux sur les lieux, ma correspondance, et les conférences avec des officiels, occupaient mes jours et mes nuits ; toutefois, sitôt que je le pus, j'entrepris la construction d'un moteur simple dans un atelier de mécanique en face de la gare ; c'est dans ce but que j'avais apporté certains matériaux de Paris. Les expérimentations furent cependant repoussées jusqu'à l'été, et j'eus enfin la satisfaction de voir un effet de rotation obtenu avec des courants alternatifs de différentes phases et sans contacts glissants ou commutateur, exactement comme je l'avais conçu un an auparavant. Ce fut un vif plaisir, qui n'avait cependant rien à voir avec la joie délirante qui avait suivi ma première vision.

Parmi mes nouveaux amis se trouvait l'ancien maire de la ville, M. Bauzin, auquel j'avais déjà, dans une certaine mesure, fait connaître cette invention et quelques autres, et que je me suis efforcé de rallier à ma cause. Il m'était sincèrement dévoué et il présenta mon projet à plusieurs personnalités très riches ; toutefois, à ma grande déception, il ne trouva aucun écho. Il a cherché à m'aider par tous les moyens possibles, et à l'approche de ce 1er juillet 1919, je me souviens avoir reçu une sorte "d'aide" de cet homme charmant, non pas financière mais néanmoins très appréciable. En 1870, lorsque les Allemands envahirent le pays, M. Bauzin avait enterré une grande quantité de vin de Saint-Estèphe de 1801, et il en était arrivé à la conclusion qu'il ne connaissait pas d'autre personne plus méritante que moi, à qui il pourrait offrir ce précieux breuvage. C'est un de ces incidents inoubliables dont je parlais plus haut. Mon ami me pressa de rentrer à Paris au plus vite et d'y chercher des appuis. C'est bien ce qu'il me tardait de faire ; néanmoins, mes travaux et mes négociations prirent plus de temps, à cause de nombreux petits ennuis auxquels je dus faire face et, par moments, la situation semblait désespérée.

Je vais vous raconter une expérience plutôt cocasse, ne serait-ce que pour donner une idée du sens de la perfection et de "l'efficacité" des Allemands. Il fallait placer une lampe à incandescence dans un hall, et après que j'eus choisi le bon endroit, j'appelai un monteur pour qu'il effectue le branchement. Il y travailla pendant un certain temps, lorsqu'il décida qu'il fallait demander son avis à un ingénieur, ce qui fut fait. Ce dernier émit plusieurs objections, et, finalement, admit que la lampe devait être placée à 5 cm de l'endroit que j'avais désigné. Suite à cela, les travaux de branchement reprirent. Mais voilà que l'ingénieur parut préoccupé et il me dit qu'il fallait en avertir l'inspecteur Averdeck. Ce personnage important arriva alors, examina la chose, discuta, et finalement décida que la lampe devait être reculée de 5 cm, soit placée à l'endroit même que j'avais choisi. Toutefois, Averdeck lui-même ne tarda pas à avoir la frousse ; il me signala qu'il en avait informé l'inspecteur en chef Hieronimus et qu'il fallait attendre sa décision. L'inspecteur en chef ne devait pas pouvoir se libérer avant plusieurs jours, ayant d'autres obligations urgentes, et ce fut une chance qu'il ait accepté de se déplacer ; il s'ensuivit un débat de deux heures, au terme duquel il décida de faire déplacer la lampe de 5 cm. J'espérai que nous en étions au dernier acte, quand soudain il se retourna et me dit : "Le haut fonctionnaire Funke est tellement maniaque, que je ne me permettrai pas de donner des ordres pour le placement de cette lampe sans son accord explicite." Par conséquent on s'attela aux préparatifs de la visite de cet éminent homme. Dès l'aube les travaux de nettoyage et d'astiquage commencèrent. Chacun se donna un coup de brosse, j'enfilai mes gants, et lorsque Funke arriva avec sa suite, il fut reçu en grande pompe. Après deux heures de délibération, il s'exclama soudain : " Il faut que j'y aille", et pointant un endroit au plafond, il m'ordonna de placer la lampe ici même. C'était exactement le point que j'avais choisi initialement.

À quelques variantes près, c'est ce qui se passait chaque jour ; j'étais déterminé toutefois à atteindre coûte que coûte mes objectifs et, finalement, mes efforts furent récompensés. Au printemps 1884, tous les points litigieux étaient réglés, la centrale était agréée, et je retournai à Paris avec une impatience fébrile. Un des administrateurs m'avait promis, en cas de succès, une compensation généreuse ainsi qu'une récompense équitable pour les améliorations que j'avais apportées à leurs dynamos, et j'espérai obtenir une somme importante. Ils étaient trois directeurs que j'appellerai A, B et C, pour des raisons d'ordre pratique. Lorsque j'appelai A, il me dit que B avait le dernier mot. Ce brave homme pensait que seul C pouvait décider, et ce dernier était presque sûr que A seul avait le pouvoir de décision. J'étais tombé dans un cercle vicieux, et je réalisai que ma récompense était un château en Espagne. L'échec total de mes tentatives pour obtenir des capitaux pour le développement de mon invention fut une nouvelle déception, et lorsque M. Batchellor me pressa de retourner en Amérique et de redessiner les plans des machines d'Edison, je décidai de tenter ma chance au pays qui promettait monts et merveilles. Mais j'ai failli rater cette chance. Je liquidai mes modestes biens, me fit prêter quelque argent et me retrouvai sur le quai de la gare lorsque le train avait déjà démarré. C'est alors que j'ai découvert que je n'avais plus ni argent, ni tickets. La question était de savoir comment réagir. Hercule, lui, avait beaucoup de temps pour tergiverser, mais moi, il fallait que je prenne une décision tout en courant à côté du train, la tête envahie par des émotions contraires, ressemblant à des oscillations dans un condensateur. Résolu, et grâce à mon habileté, je gagnai cette course contre la montre, et après avoir subi les expériences classiques, aussi banales que déplaisantes, je réussis à m'embarquer pour New York avec le restant de mes affaires, quelques poèmes et articles que j'avais rédigés, et un certain nombre de calculs se référant à la solution d'une intégrale insoluble et à ma machine volante. Durant le voyage, j'étais assis la plupart du temps à la poupe du bateau, attendant une occasion pour sauver quelqu'un d'une noyade, sans même penser au danger. Plus tard, lorsque j'eus intégré un peu du bon sens des Américains, je frémis à ce souvenir et m'émerveillai de mon ancienne folie.

J'aimerais pouvoir décrire mes premières impressions dans ce pays. Dans les contes arabes, j'avais lu que des génies avaient transporté des gens dans un pays de rêves, pour y vivre des aventures heureuses. Mon cas était juste l'inverse. Les génies m'avaient transporté d'un pays de rêves dans celui de la réalité. Je venais de quitter un monde de beauté et d'arts, fascinant à tous points de vue, pour un monde grossier et repoussant, où tout était gouverné par les machines. Un policier bourru agitait son bâton qui, pour moi, ressemblait plus à un rondin. Je l'abordai poliment, le priant de m'indiquer mon chemin. "Six blocs de maisons plus loin et à gauche", me dit-il, en me fusillant du regard. "C'est cela, l'Amérique ?" me demandai-je, désagréablement surpris. "Elle a un retard de cent ans sur l'Europe, pour ce qui est de sa civilisation." Mais lorsque je partis pour l'étranger en 1889 - cinq ans après mon arrivée ici - je fus convaincu qu'elle avait plus de cent ans D'AVANCE sur l'Europe et rien jusqu'à ce jour n'a pu me faire changer d'avis.

Ma rencontre avec Edison fut un des événements mémorables de ma vie. J'étais stupéfié par cet homme admirable qui avait accompli tant de choses, sans antécédents fortunés et sans formation scientifique. J'avais appris une douzaine de langues, m'étais plongé dans la littérature et les arts, j'avais passé les plus belles années de ma vie dans des bibliothèques pour lire tous les manuels qui me tombaient entre les mains, des Principes de Newton aux romans de Paul de Kock, et j'eus le sentiment que j'avais gaspillé la majeure partie de mon temps. Toutefois, je ne fus pas long à reconnaître que c'était ce que j'avais eu de mieux à faire. J'ai gagné la confiance d'Edison en quelques semaines, et voilà comment cela s'est produit.

Sur le S.S. Oregon, le paquebot à vapeur le plus rapide à l'époque, les deux dispositifs d'éclairage étaient tombés en panne et son départ avait été ajourné. Comme la coque avait été bâtie après leur installation, il était impossible de les démonter. La situation était sérieuse et Edison très ennuyé. Le soir venu, je pris les outils nécessaires et montai à bord du bateau, où je devais rester toute la nuit. Les dynamos étaient en très mauvais état, car elles avaient plusieurs courts-circuits et coupures, mais l'équipage aidant, je réussis à les remettre en bon état. À cinq heures du matin, en passant par la 5e Avenue pour aller à l'atelier, je tombai sur Edison accompagné de Batchellor et de quelques autres qui rentraient se coucher. "Voilà notre Parisien à traîner dehors toute la nuit", dit-il. Lorsque je lui dis que je venais de l'Oregon où j'avais réparé les deux machines, il me regarda sans souffler mot et continua son chemin. Lorsqu'il se fut un peu éloigné, je l'entendis dire cependant : "Batchellor, cet homme est sacrément doué", et à partir de là, j'eus les mains libres dans mon travail. Pendant près d'un an, je travaillais tous les jours sans exception de 10.30 H jusqu'au lendemain matin 5 H. Edison me dit : "J'ai eu beaucoup d'assistants très besogneux, mais vous, vous battez tous les records !" Durant cette période, j'ai conçu 24 types de machines standards avec des noyaux courts, tous construits d'après le même modèle, pour remplacer les anciennes. Le manager m'avait promis 50 000 dollars à l'achèvement de ce travail, mais il s'avéra que ce n'était qu'une plaisanterie. Le coup fut très rude et je démissionnai.

Immédiatement après cela, certaines personnes vinrent me trouver pour me proposer de fonder, à mon nom, une société de lampes à arc. J'acceptai, car j'y voyais une opportunité pour développer mon moteur. Toutefois, lorsque j'abordai ce sujet devant mes nouveaux associés, ils dirent : "Non, nous voulons des lampes à arc ; votre courant alternatif ne nous intéresse pas." En 1886, mon système à arc était au point et il fut adopté pour l'éclairage des usines et de la ville ; j'étais libre, mais je ne possédais rien d'autre qu'un joli certificat d'investissement en actions de valeur hypothétique. S'ensuivit alors une période de luttes dans un tout autre domaine pour lesquelles je n'étais pas préparé ; je fus finalement récompensé, et en avril 1887 fut fondée la Tesla Electric Company, m'offrant un laboratoire complètement équipé. Les moteurs que j'y ai construits étaient exactement tels que je les avais imaginés. Je ne fis aucune tentative pour améliorer le design, et ne fis que reproduire les images telles qu'elles m'étaient apparues mentalement, et néanmoins le fonctionnement des moteurs répondait toujours à mes attentes.

Au début de 1888, je conclus un arrangement avec la société Westinghouse pour la construction de ces moteurs à grande échelle. Il restait toutefois de nombreux points litigieux à résoudre. Mon système était basé sur l'utilisation de courant de basse fréquence, mais les experts de Westinghouse avaient choisi du courant de 133 Hz en raison de certains avantages lors de la conversion. Ils ne voulaient pas se défaire de leurs appareils de forme standard, et je dus faire le nécessaire pour adapter mon moteur à leurs exigences. Par ailleurs, il devint nécessaire de construire un moteur capable de marcher irréprochablement à cette fréquence avec deux fils, ce qui ne fut pas une mince affaire.

À la fin de 1889, ma présence à Pittsburg n'était plus vraiment nécessaire, et je retournai à New York où je repris mes expérimentations dans un laboratoire dans Grand Street ; je commençai immédiatement à planifier des machines de hautes fréquences. Les problèmes de construction dans ce domaine jusque là inexploré furent nouveaux et plutôt singuliers, et je rencontrai de nombreuses difficultés. J'écartai celles à induction, craignant de ne pas pouvoir produire des ondes sinusoïdales parfaites, qui étaient d'une grande importance pour la résonance. Si cela n'avait pas été nécessaire, j'aurais pu m'épargner beaucoup de travail. Une autre caractéristique décourageante avec cet alternateur de hautes fréquences, semblait être l'inconstance de sa vitesse qui menaçait d'imposer de sérieuses limitations à son utilisation pratique. J'avais déjà remarqué, lors de mes démonstrations devant l'Institut américain des ingénieurs en électrotechnique, qu'il se déréglait, qu'il fallait le réajuster, et je ne pensais pas à cette époque que j'allais trouver le moyen, des années plus tard, de faire fonctionner un tel moteur à vitesse constante, au point que les variations se limiteraient à une petite fraction d'un tour entre les charges extrêmes.

Il devint souhaitable, pour bien d'autres raisons, d'inventer un appareil plus simple pour la production d'oscillations électriques. En 1856, Lord Kelvin avait publié la théorie de la décharge du condensateur, mais personne ne mit jamais cette connaissance importante en application pratique. J'y ai vu des possibilités et ai entrepris le développement d'un appareil à induction basé sur ce principe. Mes progrès furent tellement rapides que je fus en mesure de montrer, lors de ma conférence en 1891, une bobine donnant des étincelles de près de 13 cm. C'est à cette occasion que j'ai franchement avoué aux ingénieurs qu'il y avait un défaut dans la transformation avec ce nouveau procédé, à savoir une perte dans la distance d'éclatement. Des recherches ultérieures ont montré que, quel que fut le milieu utilisé, l'air, l'hydrogène, la vapeur de mercure, l'huile ou un courant d'électrons, le rendement était le même. C'est une loi qui ressemble beaucoup à celle de la conversion de l'énergie mécanique. On peut faire tomber un poids à la verticale depuis une certaine hauteur, ou le transporter à un niveau inférieur par un moyen quelconque, cela ne joue pas sur le travail fourni. Toutefois et heureusement, ce problème n'est pas catastrophique, car si on détermine correctement les mesures des circuits de résonance, on peut obtenir un rendement de 85%. Depuis que j'ai publié sa découverte, cet appareil est entré dans l'usage courant et a révolutionné bien des secteurs d'activité. Cet appareil a encore un grand avenir devant lui. Lorsque j'obtins, en 1900, des décharges puissantes de plus de 30 m, et que je lançai un courant tout autour du globe, je me souvins de la toute petite étincelle qui fusa dans mon laboratoire dans Grand Street, et je frémis de plaisir, comme lorsque je découvris le champ magnétique en rotation.

 

biotesla6.gif

6. Le transformateur oscillant de Tesla (Bobine Tesla) présenté par Lord Kelvin devant la British Association, en août 1897. Ce petit dispositif compact de 20 cm de haut, donnait des serpentins lumineux de 0,2 m2, en utilisant une puissance de 25 watts du circuit d'alimentation de 110 Volts continu. Il était constitué d'un Tesla primaire et secondaire, d'un condensateur et d'une commande du circuit.

 

biotesla7.gif

7. Schéma des connexions en circuit dans le transformateur oscillant (Bobine Tesla, fig. 6) Le circuit secondaire qui se glisse dans le primaire est absent.

 

Chapitre V

Le Transmetteur Amplificateur

 

En me remémorant les événements passés, je prends conscience que les influences qui déterminent notre destin sont bien subtiles. Cet incident survenu dans ma jeunesse pourra en justifier. Un jour d'hiver, j'ai escaladé une montagne très raide en compagnie d'autres garçons. Le manteau neigeux était plutôt épais et un doux vent du sud était propice à nos jeux. Nous nous amusions à lancer des boules de neige sur la pente, qui roulaient alors jusqu'à une certaine distance en amassant toujours plus de neige ; c'était à qui réussirait à faire la boule la plus grosse. Soudain, une boule alla plus loin que les autres, grossissant dans des proportions énormes jusqu'à atteindre la taille d'une maison ; elle plongea dans un bruit de tonnerre dans la vallée, avec une telle force que le sol en trembla. J'étais stupéfait et incapable de comprendre ce qui avait bien pu se passer. L'image de cette avalanche devait me poursuivre pendant plusieurs semaines, et je me demandai comment une masse aussi petite pouvait se transformer en quelque chose d'aussi énorme. À partir de ce moment-là, je fus fasciné par l'amplification des actions de faible amplitude, et c'est avec beaucoup d'intérêt que j'entamai mes recherches expérimentales sur la résonance mécanique et électrique, quelques années plus tard. Il est probable que si je n'avais pas vécu cette première impression forte, je n'aurais pas poursuivi mes travaux après avoir obtenu la première petite étincelle avec ma bobine, et je n'aurais jamais développé ma meilleure invention, dont je vais maintenant et pour la première fois, raconter la véritable histoire.

Les "chasseurs de célébrités" m'ont toujours demandé quelle était, selon moi, ma meilleure invention. Cela dépend du point de vue. Un grand nombre de techniciens, des hommes très doués dans leur propre spécialité mais dominés par un esprit pédant et myopes, ont prétendu que mis à part le moteur à induction, je n'aurais rien apporté d'autre qui soit utile à ce monde. C'est une erreur grossière. Il faut se garder de juger une nouvelle idée à ses résultats immédiats. Mon système de transmission de courant alternatif arriva à point nommé et fut accueilli comme une solution longtemps recherchée dans les milieux industriels ; et bien qu'il fallût surmonter certaines résistances féroces et concilier des intérêts opposés, comme d'habitude, son introduction commerciale n'allait pas tarder. Maintenant, comparez cette situation avec celle dans laquelle je me trouvai avec ma turbine, par exemple. On pourrait penser qu'une invention aussi simple et belle, possédant beaucoup de caractéristiques d'un moteur idéal, serait acceptée sur-le-champ ; cela aurait été effectivement le cas si les conditions l'avaient permis. Toutefois, les applications futures du champ magnétique n'allaient pas discréditer les machines existantes, bien au contraire, elles n'en eurent que plus de valeur. Le système se prêtait tout aussi bien pour les nouvelles initiatives que pour améliorer les anciens appareils. Ma turbine est une avancée d'un caractère tout à fait différent. Elle représente un changement radical, en ce sens que son succès signifierait l'abandon des moteurs vieillis pour lesquels on a dépensé des milliards de dollars. Dans de telles circonstances, les progrès sont nécessairement lents, et peut-être que le plus gros frein est dans les préjugés qu'une force d'opposition organisée a ancrés dans la tête des experts. L'autre jour encore, j'eus une amère déconvenue quand je rencontrai mon ami et ancien assistant, Charles F. Scott, qui est aujourd'hui professeur en ingénierie électrique à l'Université de Yale. Cela faisait longtemps que je ne l'avais pas vu et j'étais heureux de pouvoir bavarder avec lui dans mon bureau. Au cours de notre conversation, nous allions évidemment aborder le sujet de ma turbine, et mon enthousiasme était délirant. Je m'exclamai en pensant à son glorieux futur, "Scott, ma turbine va envoyer tous les autres moteurs thermiques dans le monde à la casse !" Scott se caressa le menton et détourna son regard, comme s'il était en train de faire un calcul mental. "Cela fera un sacré tas de ferraille", dit-il, et il partit sans ajouter un seul mot !

 

biotesla8.gif

8. La turbine sans ailettes de Tesla. À l'intérieur du bâti central, en forme de crêpe, se trouvent plusieurs disques, ressemblant aux disques plats d'une charrue très peu espacés, qui sont fixés sur l'arbre moteur dont on voit les saillies sur les deux côtés. Lorsqu'on injecte de l'air, de la vapeur ou tout autre gaz sous pression entre les disques, l'adhérence en surface transfère régulièrement l'énergie cinétique du gaz aux disques, entraînant leur rotation. Lorsqu'on le fait marcher en sens inverse, l'appareil fonctionne comme un compresseur à gaz. (Musée Tesla / Institut Smithsonian)

 

Toutefois, ces inventions, comme d'autres, n'étaient rien de plus qu'un pas en avant dans certaines directions. En les développant, je ne faisais rien d'autre que de suivre mon instinct inné à améliorer les appareils existants, sans porter un intérêt particulier à nos problèmes plus urgents. Le "Transmetteur Amplificateur" est le fruit de travaux qui ont duré des années, et dont l'objectif principal était de trouver une solution à des problèmes qui sont bien plus importants pour l'humanité que ne l'est le seul développement industriel.

Si mes souvenirs sont exacts, c'est en novembre 1890 que je fis une expérimentation dans mon laboratoire, qui fut l'une des plus extraordinaires et spectaculaires jamais enregistrées dans les annales de la science. En faisant des recherches sur le comportement des courants de hautes fréquences, je fus convaincu que l'on pouvait produire, dans une pièce, un champ électrique d'une intensité suffisante pour allumer des tubes à vide sans électrodes. C'est pourquoi je construisis un transformateur pour tester ma théorie et les premiers essais furent un vrai succès. Il est difficile de se faire une idée de ce que ces phénomènes étranges représentaient à l'époque. On a des envies furieuses de sensations nouvelles, mais on a vite fait d'y devenir indifférent. Les miracles d'hier sont aujourd'hui des choses tout à fait banales. Lorsque j'ai montré mes tubes en public pour la première fois, les gens les regardaient avec un étonnement difficile à décrire. Des invitations pressantes me parvinrent de tous les coins du monde et on m'offrit de nombreuses distinctions honorifiques et autres flatteries que j'ai toutes déclinées.

Toutefois, en 1892 la pression devint tellement forte que je partis pour Londres, où je fis une conférence devant l'Institut des ingénieurs en électrotechnique. J'avais l'intention de repartir immédiatement pour Paris où j'avais des obligations similaires, mais Sir James Dewar insista pour que je me présente à l'Institut Royal. J'étais homme à tenir ses résolutions, mais je cédai facilement devant les arguments de poids de ce grand Écossais. Il me poussa dans un fauteuil et me versa un demi verre d'un joli liquide brun, qui pétillait de toutes sortes de couleurs chatoyantes et avait le goût d'un nectar. "Bien", dit-il, "vous êtes assis sur la chaise de Faraday et vous dégustez le whisky qu'il avait l'habitude de boire." C'est pour ces deux raisons que ma situation était très enviable. Le lendemain soir, je fis une démonstration devant cette institution, à la fin de laquelle Lord Rayleigh s'adressa au public et ses mots bienveillants furent l'aiguillon pour mes travaux de recherches. Je m'enfuis de Londres et plus tard de Paris, pour échapper à tous les honneurs envahissants, et allai passer quelque temps dans ma patrie où j'allais subir une épreuve et une maladie des plus éprouvantes. Après mon rétablissement, je commençai à formuler des plans pour reprendre mes travaux en Amérique. Je n'avais jamais réalisé jusque là que je possédais des dons d'invention particuliers, mais Lord Rayleigh qui représentait pour moi l'idéal du scientifique, l'avait affirmé et si tel était le cas, je sentis que je devais me concentrer sur quelque chose de grand.

Un jour, alors que j'errai dans la montagne, je dus me mettre à la recherche d'un abri, car l'orage menaçait. Le ciel se couvrit de lourds nuages, toutefois la pluie ne tomba pas avant qu'un violent éclair ne déchirât le ciel ; quelques instants plus tard, ce fut le déluge. Ce spectacle me fit réfléchir. Il était manifeste que les deux phénomènes étaient intimement liés comme cause et effet, et j'en vins à conclure que l'énergie électrique impliquée dans la précipitation de l'eau était négligeable, l'éclair ayant une fonction ressemblant à celle d'un déclencheur sensible. Voilà un domaine qui offrait d'énormes possibilités de développement. Si on arrivait à produire des effets électriques de la qualité voulue, on pourrait transformer toute la planète et nos conditions de vie. Le soleil fait s'évaporer l'eau des océans et le vent l'emporte vers des régions lointaines, où elle reste dans un état d'équilibre précaire. Si nous avions le pouvoir de perturber cet équilibre où et quand bon nous semblera, nous pourrions manipuler à volonté cet énorme fleuve qui entretient la vie. Nous pourrions irriguer les déserts arides, créer des lacs et des rivières et obtenir une force motrice de puissance illimitée. Ce serait le moyen le plus efficace de mettre l'énergie solaire au service de l'humanité. La réalisation de tout ceci dépend de notre capacité à développer des forces électriques du même ordre que celles qui apparaissent dans la nature. L'entreprise semblait décourageante, mais je pris la résolution de la tenter ; dès mon retour aux États-Unis, en été 1892, je commençai mes travaux et cela avec d'autant plus de passion qu'il me fallait des moyens semblables si je voulais réussir à transmettre de l'énergie électrique sans fil.

J'obtins les premiers résultats satisfaisants au printemps de l'année suivante, lorsque je réussis à atteindre des tensions d'environ 1 000 000 volts avec ma bobine conique. Cela n'est pas beaucoup comparé aux performances actuelles, mais en ce temps-là, c'était un véritable exploit. Je n'ai cessé de faire des progrès jusqu'en 1895, à en juger par un article de T.C. Martin paru dans le magazine Century du mois d'avril ; cette année-là, mon laboratoire fut malheureusement détruit par un incendie. Cette catastrophe retarda mes travaux, et la majeure partie de l'année fut consacrée à sa réorganisation et à sa reconstruction. Toutefois, dès que les circonstances le permirent, je retournai à mon travail. Je savais que des forces électromotrices plus élevées pouvaient être obtenues avec un appareil plus gros, mais j'avais l'intuition que je pourrais arriver aux mêmes résultats à partir d'un transformateur relativement plus petit et plus compact, au design adéquat. Lors de mes tests avec un secondaire sous forme de spirale plate, comme le montrent les illustrations de mes brevets, je fus surpris de constater qu'il n'y avait pas de décharge sous forme de faisceau lumineux, et je ne tardai pas à découvrir que cela était dû à la position des spires et à leur action mutuelle. Fort de cette observation, je recourus à l'utilisation d'un conducteur de haute tension avec des spires d'un diamètre considérable, qui étaient suffisamment éloignées l'une de l'autre pour permettre de contrôler la capacité distribuée et, parallèlement, de prévenir une accumulation exagérée de la charge en tous points. La mise en pratique de ce principe me permit de produire des tensions de 4 000 000 de volts, ce qui était pratiquement l'extrême limite de ce que je pouvais obtenir dans mon nouveau laboratoire dans Houston Street, car les décharges s'étendaient jusqu'à près de 5 m. Une photo de ce transmetteur fut publiée au mois de novembre 1898 dans l'Electrical Review. Si je voulais faire d'autres progrès dans ce domaine, il fallait que je travaille en plein air, et c'est pourquoi, au printemps 1899, après avoir tout préparé pour la construction d'une centrale sans fil, je partis au Colorado où je devais rester pendant plus d'un an. J'y ai procédé à des améliorations et à des perfectionnements qui permirent de générer des courants de n'importe quel ampérage. Ceux que cela intéresse trouveront quelques informations sur ces expérimentations dans mon article intitulé "Le problème de l'intensification de l'énergie humaine" *, paru au mois de juin 1900 dans le magazine Century, auquel j'ai déjà fait allusion plus haut.

 

biotesla9.gif

9. Illustration des décharges d'étincelles produites dans la centrale radio de Tesla à Colorado Springs en 1899. La boule a un diamètre de 80 cm et est reliée à la borne libre d'un circuit résonnant relié à la terre, de 17 m de diamètre. Tesla a estimé le potentiel d'éclatement de la boule à environ 3 millions de volts. (V =75.000 x rayon en cm ). La bobine gigantesque qui produisait ces décharges avait un primaire de 15,50 m de diamètre, et était capable de transmettre un courant de 1100 Ampères dans le secondaire à haute tension.

 

Electrical Experimenter m'a demandé d'être on ne peut plus explicite sur ce sujet, afin que mes jeunes amis parmi les lecteurs du magazine, puissent comprendre clairement la composition et le fonctionnement de mon "Transmetteur Amplificateur" et le but dans lequel je le construisis. Très bien. Donc, premièrement, c'est un transformateur résonant avec un secondaire dont les parties qui sont sous très haute tension, sont réparties sur une surface considérable et disposées le long d'enveloppes idéales dont le rayon d'incurvation est très grand, et espacées correctement l'une de l'autre, afin d'obtenir en tout point une densité de surface faible pour qu'il n'y ait aucune fuite, même si le conducteur est à nu. Il convient à toutes les fréquences depuis peu à plusieurs milliers de cycles par seconde (Hz), et peut servir à produire des courants d'ampérage énorme et de tension modérée, ou de plus faible ampérage et d'une force électromotrice immense. La tension électrique maximale est uniquement fonction de la courbure des surfaces sur lesquelles sont situés les éléments chargés et de la surface de ces derniers.

À en juger par mes expériences passées, il est parfaitement possible d'obtenir 100 000 000 volts. Par ailleurs, on peut arriver à obtenir des courants de plusieurs milliers d'ampères dans l'antenne. Pour des puissances de ce type, une centrale de dimensions modérées suffit. En théorie, un terminal de moins de 27 m de diamètre suffit pour développer une force électromotrice de cette amplitude, alors que pour des courants de 2 000 à 4000 ampères de fréquences courantes, il n'est pas besoin qu'il ait plus de 9 m de diamètre.

Dans un sens moins large, ce transmetteur sans fil a un rayonnement d'ondes hertziennes très négligeable par rapport à l'énergie globale et, de ce fait, le facteur d'atténuation est extrêmement faible et une charge énorme est emmagasinée dans le condensateur du haut. Un tel circuit peut alors être excité par des impulsions de toutes sortes, même de fréquences basses, et il produira des oscillations sinusoïdales en continu, comme celles d'un alternateur.

Toutefois, dans son sens le plus strict, c'est un transformateur résonant qui, en plus de ces qualités, est parfaitement adapté aux constantes électriques et aux caractéristiques de la Terre, et c'est pourquoi il devient très efficace et d'un bon rendement pour la transmission d'énergie sans fil. Le facteur de l'éloignement n'entre alors plus du tout en jeu, car il n'y a aucune diminution dans l'intensité des impulsions transmises. Il est même possible d'amplifier l'action avec l'éloignement de la centrale, en vertu d'une loi mathématique exacte.

Cette invention fut l'une de celles qui faisaient partie de mon "Système Mondial" de transmission radio, que j'entrepris de commercialiser lors de mon retour à New York en 1900. Quant aux objectifs immédiats de cette entreprise, ils sont clairement mentionnés dans une explication technique de ce temps-là, dont voici un extrait :

 

''Le ''Système Mondial'' est le fruit d'un amalgame de plusieurs découvertes originales, faites par l'inventeur au cours de ses recherches et expérimentations, menées avec persévérance. Il permet non seulement la transmission instantanée et précise sans fil de signaux, de messages et de caractères vers toutes les régions du globe, mais aussi l'interconnexion de tous les systèmes téléphoniques et télégraphiques, ainsi que des autres stations de données, sans qu'il soit nécessaire de modifier leur équipement existant. Il permet, par exemple, à un abonné au téléphone de communiquer avec n'importe quel autre abonné de la Terre. Un récepteur bon marché, pas plus grand qu'une montre, lui permettra d'écouter, sur terre comme sur mer, la diffusion d'un discours ou d'une musique transmis ailleurs, quelle que soit la distance. Ces exemples sont cités pour donner surtout une idée des possibilités qu'offre cette grande avancée scientifique, qui annule les distances et qui fait que ce conducteur parfaitement naturel, la Terre, peut servir à atteindre les innombrables objectifs que l'ingéniosité humaine avait trouvés pour ses lignes de transmission. Il y a un résultat de grande portée qui est que tout appareil à un ou plusieurs fils (à une distance manifestement limitée) pourra fonctionner de la même manière, sans conducteurs artificiels et avec les mêmes facilité et précision, à des distances dont les seules limites sont celles imposées par les dimensions physiques de notre planète. Donc, s'ouvrent d'une part de nouveaux champs d'exploitation commerciale avec cette méthode de transmission idéale, et d'autre part les anciens gagnent beaucoup de terrain.

''Le''Système Mondial'' est basé sur la mise en application des inventions et découvertes importantes suivantes :

 

1. Le Transformateur Tesla. Cet appareil est aussi révolutionnaire dans sa production de vibrations électriques que le fut la poudre à canon pour la guerre. Avec un appareil de ce type, l'inventeur a produit des courants de nombreuses fois supérieurs à tout ce qui avait été généré jusque là par d'autres moyens, et des étincelles de plus de 30 m.

2. Le Transmetteur Amplificateur. C'est la plus belle invention de Tesla ; c'est un transformateur particulier spécialement adapté pour exciter la Terre qui, pour la transmission de l'énergie électrique est aussi précieux que le télescope pour l'observation astronomique. En utilisant ce merveilleux appareil, il a déjà créé des manifestations électriques d'une intensité plus grande que celle d'un éclair, et transmis un courant autour du globe, suffisant pour allumer plus de deux cents lampes à incandescence.

3. Le Système sans fil Tesla. Ce système comprend un certain nombre de perfectionnements et est le seul moyen connu capable de transmettre de manière économique de l'énergie électrique à distance, sans fil. Des tests et des mesures méticuleux en connexion avec une station expérimentale très puissante, construite par l'inventeur dans le Colorado, ont démontré qu'il était possible d'envoyer n'importe quelle quantité d'énergie à travers tout le Globe si nécessaire, avec une perte n'excédant pas un très faible pourcentage.

4. La Technique de l'Individualisation. Cette invention de Tesla est par rapport au "réglage" grossier, ce que le langage distingué est par rapport au langage non articulé. Il permet de transmettre, dans le secret absolu et exclusif, des signaux ou des messages de manière active ou passive, c'est-à-dire sans interférences et sans pouvoir être interférés. Chaque signal est comme un individu à l'identité différenciée et il n'y a pratiquement pas de limites quant au nombre de stations ou d'appareils pouvant fonctionner simultanément et sans le moindre signe d'interférence.

5. Les Ondes Stationnaires Terrestres. Cette merveilleuse découverte veut dire, en langage populaire, que la Terre est sensible à des vibrations électriques d'une certaine fréquence, comme un diapason l'est à certains sons. Ces vibrations électriques spécifiques, susceptibles d'exciter violemment la Terre, se prêtent à d'innombrables utilisations de grande importance d'un point de vue commercial, et à bien d'autres égards.

La première centrale électrique de ce "système mondial" peut entrer en service dans neuf mois. Il deviendra alors possible de générer jusqu'à près de 10 millions de CV et elle a été conçue pour réaliser autant d'exploits techniques que possible, sans plus de dépenses. En voici quelques-uns uns :

(1) L'interconnexion des échanges ou des bureaux télégraphiques existants partout dans le monde.
(2) L'instauration d'un service télégraphique gouvernemental secret et ne pouvant pas être interféré.
(3) L'interconnexion de tous les échanges ou centrales téléphoniques dans le monde.
(4) La diffusion universelle de l'information par télégraphe ou téléphone, en connexion avec la presse.
(5) L'instauration d'un tel "Système mondial" de transmission de renseignements à usage exclusivement privé.
(6) L'interconnexion et le travail de tous les téléimprimeurs boursiers dans le monde.
(7) L'instauration d'un "système mondial" de diffusion de musique, etc...
(8) L'enregistrement universel de l'heure avec des pendules bon marché indiquant l'heure avec une précision astronomique et ne demandant aucune maintenance.
(9) La transmission mondiale de caractères, de lettres, de chèques, etc... écrits à la main ou tapés à la machine.
(10) L'instauration d'un service universel pour la marine, permettant aux navigateurs de tous les bateaux de s'orienter parfaitement sans boussole, de déterminer leur position exacte, l'heure et la vitesse, de prévenir les collisions et les naufrages, etc...
(11) L'inauguration d'un système d'impression mondiale sur terre et sur mer.
(12) La reproduction mondiale de photos et toutes sortes de dessins ou de dossiers.

 

J'ai proposé en outre de faire des démonstrations de transmission d'énergie sans fil sur une petite échelle, suffisante toutefois pour pouvoir convaincre. Par ailleurs, j'ai fait référence à d'autres applications de mes découvertes autrement plus importantes, qui seront révélées à une date ultérieure.

Une centrale fut construite sur Long Island, dont la tour mesurait 57 m de haut, et dont le terminal sphérique avait un diamètre de près de 21 m. Ces dimensions étaient appropriées pour transmettre pratiquement n'importe quelle quantité d'énergie. Au départ, il ne fut produit qu'entre 200 et 300 KW, mais j'avais l'intention d'utiliser ultérieurement plusieurs milliers de CV. Le transmetteur devait émettre un complexe d'ondes aux caractéristiques spéciales, et j'avais imaginé un système unique pour régler par téléphone la production de n'importe quelle quantité d'énergie.

 

biotesla10.gif

10. La gigantesque tour de transmission d'énergie radio de Tesla, érigée entre 1901 et 1903 à Shoreham, Long Island, faisant partie de son "Système Mondial Sans Fil", qui n'a cependant jamais été terminée. La centrale électrique à deux étages à l'arrière-plan, donne une idée de l'échelle gigantesque de cette tour de 57 m (qui fut démolie en 1917).*

 

La tour fut détruite il y a deux ans ; cependant mes projets font l'objet de nouveaux développements et une autre tour sera construite qui sera même perfectionnée dans certains domaines. À cette occasion, je voudrais démentir une rumeur largement répandue, selon laquelle la tour aurait été démolie par le Gouvernement ; à cause de la guerre, des préjugés sont nés dans l'esprit de ceux qui ne savaient pas que les papiers qui, il y a trente ans, m'accordèrent l'honneur de la nationalité américaine, sont toujours dans un coffre, tandis que mes diplômes, mes licences, médailles en or et autres distinctions honorifiques sont rangées dans de vieilles malles. Si cette rumeur était fondée, j'aurais obtenu le remboursement de la grosse somme que j'ai versée pour la construction de la tour. Bien au contraire, c'était dans l'intérêt du Gouvernement de conserver cette tour, notamment parce que - entre autres applications de valeur - elle permettait de localiser les sous-marins en plongée, où que ce fut sur le globe. Ma centrale, mes services et mes perfectionnements ont toujours été à disposition des officiels et depuis le commencement des conflits en Europe, j'ai travaillé à perte sur plusieurs de mes inventions qui ont affaire avec la navigation aérienne, la propulsion des bateaux et la transmission sans fil, qui sont de la plus haute importance pour le pays. Ceux qui sont bien informés savent que mes idées ont révolutionné les industries aux États-Unis, et je ne connais aucun inventeur qui, à cet égard, ait eu la chance comme moi de voir ses inventions utilisées durant la guerre. Je me suis abstenu de m'exprimer en public sur ce sujet jusqu'à ce jour, parce qu'il me semblait déplacé de m'étendre sur des problèmes personnels, alors que le monde connaissait de graves problèmes. Par ailleurs, j'aimerais ajouter, au regard de rumeurs variées qui me sont parvenues, que mes relations avec M. J. Pierpont Morgan n'avaient pas un caractère commercial et qu'il avait avec moi la même ouverture d'esprit que celle avec laquelle il a aidé bien d'autres pionniers. Il a toujours tenu ses promesses à la lettre et il aurait été très déraisonnable d'attendre quelque chose de plus de lui. Il avait la plus haute estime pour mes réalisations et me donna toutes les preuves de sa totale confiance dans mes capacités à réaliser ce que j'avais décidé. Je ne veux pas que quelques individus, étroits d'esprit et jaloux, puissent s'imaginer avoir contrecarré mes travaux. Pour moi, ces hommes ne sont rien de plus que des microbes de quelque vilaine maladie. En réalité, ce sont les lois de la nature qui ont retardé mon projet. Le monde n'était pas prêt pour lui ; il était trop en avance sur son temps. Toutefois, ces mêmes lois l'emporteront et, finalement, il aura un succès triomphal.

 

biotesla11.gif

11. Nikola Tesla, à l'âge de 60 ans, sur une photo prise l'année où l'Institut américain des ingénieurs en électrotechnique lui accorda la médaille Edison.

 

Chapitre VI

La Science des "Téléautomates"
(ou, de ce que nous appelons aujourd'hui, la robotique)

Aucun problème sur lequel je me sois jamais penché ne m'a demandé autant de concentration mentale et les nerfs les plus ténus de mon cerveau n'ont jamais été mis si dangereusement sous tension qu'avec ce système, fondé sur le Transmetteur Amplificateur. J'ai mis toute la force et la vigueur de la jeunesse dans mes travaux de recherches sur le champ en rotation, mais ces premiers travaux étaient d'un caractère différent. Bien qu'ils fussent fatigants à l'extrême, ils ne demandaient pas un discernement aussi pointu et épuisant que celui que je dus mettre en oeuvre en attaquant les nombreux problèmes énigmatiques de la transmission sans fil. Malgré mon endurance physique exceptionnelle, à cette époque, mes nerfs abusés ont fini par se rebeller et je tombai dans une profonde dépression, alors que la fin de mes travaux longs et difficiles était presque en vue. Il ne fait aucun doute que j'aurais certainement dû payer une plus grosse rançon plus tard, et que très probablement ma carrière se serait terminée prématurément, si la providence ne m'avait pas équipée d'une soupape de sécurité qui, apparemment, s'est renforcée avec l'âge, et qui se met immanquablement en route lorsque je suis à bout de forces. Aussi longtemps qu'elle fonctionne, je ne cours aucun risque, même en cas de surmenage, ce qui n'est pas le cas d'autres inventeurs et, soit dit en passant, je n'ai pas besoin de prendre les vacances qui sont indispensables à la plupart des gens. Lorsque je suis sur le point de l'épuisement, je fais tout simplement comme les Noirs qui, "tout naturellement s'endorment pendant que les Blancs se font du souci." En ce qui me concerne, j'avancerai la théorie suivante : mon corps accumule probablement petit à petit une quantité définie d'un agent toxique et je sombre alors dans un état quasi léthargique qui dure exactement une demi-heure et pas une minute de plus. À mon réveil, il me semble que les événements qui eurent lieu juste avant, datent d'il y a très longtemps, et si j'essaie de reprendre le fil de mes pensées, je ressens une véritable nausée mentale. Je me tourne alors inconsciemment vers d'autres travaux et je suis surpris de ma fraîcheur d'esprit et de la facilité avec laquelle je surmonte les obstacles qui m'avaient déconcerté auparavant. Après quelques semaines, voire quelques mois, ma passion pour le travail que j'avais temporairement délaissé revient et je trouve alors toujours les réponses aux questions épineuses, sans faire beaucoup d'efforts. À ce propos, laissez-moi vous raconter une expérience extraordinaire qui pourrait intéresser les étudiants en psychologie.

J'avais obtenu un effet renversant avec mon transmetteur relié à la terre, et j'essayais de trouver la véritable portée des courants transmis à travers la Terre. L'entreprise semblait désespérante, et j'y ai travaillé pendant plus d'un an sans jamais m'arrêter, mais en vain. Ces études approfondies m'ont tellement absorbé que j'en oubliais tout le reste, même ma santé minée. Finalement, lorsque je fus sur le point de m'écrouler, la nature déclencha le mécanisme de survie en m'entraînant dans un sommeil léthargique. Lorsque je repris mes esprits, je réalisai avec consternation que j'étais incapable de visualiser des scènes de ma vie, sauf celles de mon enfance, soit les toutes premières qui s'étaient inscrites dans ma conscience. Assez curieusement, celles-ci se présentèrent à ma vue avec une netteté étonnante et me procurèrent un soulagement bienvenu. Soir après soir, quand je me retirais pour y penser, de plus en plus de scènes de ma prime jeunesse se révélèrent à moi. L'image de ma mère était toujours le personnage central dans ce film qui se déroulait lentement, et je fus graduellement envahi par un désir de plus en plus fort de la revoir. Ce sentiment devint tellement puissant que je décidai de laisser tomber tout mon travail pour satisfaire mes envies. J'eus toutefois trop de mal à quitter le laboratoire, et plusieurs mois passèrent, au cours desquels je réussis à revivre toutes les impressions de ma vie jusqu'au printemps 1892. Dans l'image suivante qui surgit hors du brouillard de l'oubli, je me vis moi-même à l'Hôtel de la Paix à Paris, alors que j'émergeai d'un de ces petits sommes singuliers, qui avait été provoqué par des efforts mentaux prolongés. Imaginez la douleur et la détresse que je ressentis, lorsque je me souvins de la scène où l'on me remettait un télégramme m'annonçant la triste nouvelle que ma mère était en train de mourir. Je me rappelai mon long voyage du retour, au cours duquel je ne pus prendre une heure de repos, et sa mort après des semaines d'agonie ! Il est tout de même étonnant que durant toute cette période d'amnésie partielle, j'aie été parfaitement conscient de tout ce qui avait affaire avec mes recherches. Je pouvais me rappeler les moindres détails et les observations les plus insignifiantes de mes expériences, et même réciter des pages entières d'un texte et des formules mathématiques complexes.

Je crois fermement en la loi de la compensation. Les justes récompenses sont toujours proportionnelles au travail et aux sacrifices. C'est une des raisons pour lesquelles je suis persuadé que parmi toutes mes inventions, le Transmetteur Amplificateur sera reconnu comme une pièce maîtresse et qu'il sera très utile aux générations futures. Ce qui me pousse à énoncer cette prédiction n'est pas tant l'idée d'une révolution commerciale et industrielle qu'il ne manquera pas d'entraîner, mais ce sont les conséquences humanitaires de toutes les applications qu'il va permettre. L'évaluation de sa simple utilité pèse moins sur la balance que les bénéfices que l'humanité va en tirer. Nous sommes confrontés à d'énormes problèmes que nous ne pourrons pas résoudre si nous ne nous occupons que, peu ou prou, de notre existence matérielle. Au contraire, les progrès dans cette direction sont parsemés de risques et de dangers qui ne sont pas moins menaçants que ceux issus du désir et de la souffrance. Si nous pouvions libérer l'énergie atomique ou trouver quelque autre moyen pour obtenir de l'énergie bon marché en quantité illimitée en tout point du globe, cet exploit, au lieu d'être une bénédiction, serait une catastrophe pour l'humanité, car il sèmera le désaccord et l'anarchie qui finalement conduira à l'intronisation de l'odieux régime totalitaire. Le plus grand bien viendra des progrès technologiques visant essentiellement l'unification et l'harmonie, comme mon transmetteur radio. Il permettra de reproduire, n'importe où, la voix et les images humaines et de fournir aux usines une électricité venant de chutes d'eau à des milliers de kilomètres ; les aéronefs pourront faire le tour du monde sans escale et l'énergie solaire pourra servir à créer des lacs et des rivières qui produiront de l'énergie motrice et transformeront des régions arides en terres fertiles. Son introduction dans la télégraphie et la téléphonie va automatiquement mettre un terme aux parasites et à toutes les autres interférences qui, aujourd'hui, limitent étroitement les applications de la technologie radio. Cela étant un sujet d'actualité, quelques mots supplémentaires s'imposent.

Durant cette dernière décennie, bon nombre de personnes ont prétendu avec arrogance avoir réussi à résoudre ce problème de parasites. J'ai soigneusement examiné tous les descriptifs et ai testé la plupart de leurs théories bien avant qu'elles ne fussent publiées, mais les résultats furent tous négatifs. Une déclaration officielle récente de la Marine US pourrait peut-être apprendre, à quelques journalistes dupés, comment estimer ces déclarations à leur juste valeur. En règle générale, ces théories reposent sur des arguments tellement fallacieux que je ne peux m'empêcher de sourire lorsqu'elles me tombent entre les mains. Une nouvelle découverte fut annoncée très récemment dans un vacarme de trompettes assourdissant, mais il s'avéra bientôt qu'une fois de plus, la montagne avait accouché d'une souris. Cela me fait penser à un incident déconcertant, qui a eu lieu au temps où je faisais mes expérimentations avec des courants de haute fréquence. Steve Brodie venait tout juste de sauter du pont de Brooklyn. Cet exploit a depuis été déprécié parce qu'il est devenu populaire, mais sa première annonce avait électrisé New York. J'étais très impressionnable à l'époque, et je parlais souvent de ce courageux imprimeur. Un après-midi, alors qu'il faisait très chaud, je ressentis le besoin de me rafraîchir, et je franchis le seuil de l'un de ces trente mille établissements populaires que comptait cette grande ville, où l'on servait une boisson à 12° délicieuse, qu'aujourd'hui l'on ne trouve plus que dans les pays pauvres et dévastés d'Europe. La clientèle était nombreuse et pas particulièrement distinguée ; on parlait d'un sujet qui me donna l'occasion fortuite de dire impromptu : "C'est exactement ce que je disais lorsque j'ai sauté du pont". Dès que j'eus prononcé ces mots, je me sentis comme le compagnon de Timotheus dans le poème de Schiller. En un instant il y eut un désordre indescriptible et une douzaine de voix hurlèrent : "C'est Brodie !" J'ai jeté une pièce de 25 cents sur le comptoir et me suis précipité vers la porte, mais j'avais la foule à mes trousses qui criait : "Arrêtez-vous, Steve !" Il y a sûrement eu un malentendu, car beaucoup de personnes essayèrent de m'arrêter dans ma course folle pour trouver un refuge. J'ai tourné plusieurs coins de rues et j'ai heureusement réussi - grâce à un escalier de secours - à rejoindre mon laboratoire, où je jetai mon manteau, me camouflai en forgeron laborieux et allumai la forge. Cette mise en scène s'avéra toutefois inutile ; j'avais semé mes poursuivants. Toutefois, pendant plusieurs années, lorsque, couché sur mon lit la nuit, mon imagination transformait les menus incidents de la journée en spectres, je me demandais ce que je serais devenu si cette meute m'avait attrapé et découvert que je n'étais pas Steve Brodie !

L'ingénieur qui, dernièrement, a expliqué devant une assemblée de techniciens un nouveau moyen pour venir à bout des parasites, se basant sur "une loi de la nature jusqu'ici inconnue", semble avoir été aussi imprudent que moi-même, lorsqu'il prétendit que ces perturbations se propagent verticalement, alors que celles d'un transmetteur se déplacent sur la surface de la Terre. Ce qui voudrait dire qu'un condensateur comme l'est la Terre elle-même, avec son enveloppe gazeuse pourrait se charger et se décharger d'une manière plutôt contraire aux enseignements fondamentaux des livres de physique élémentaires. Du temps de Franklin déjà, une telle hypothèse aurait été jugée fausse, parce qu'il était alors connu que l'électricité atmosphérique et celle produite par les machines étaient identiques. Manifestement, les perturbations naturelles et artificielles se propagent à travers la terre et l'air exactement de la même manière, et les deux produisent des forces électromotrices, dans le sens vertical comme horizontal. Aucune des méthodes avancées ne pouvait venir à bout des interférences. À vrai dire, la tension dans l'air augmente à raison d'environ 150 volts par mètre d'altitude, et c'est pourquoi on obtient une différence de tension de 20 000 voire de 40 000 volts entre la base et le sommet de l'antenne. L'atmosphère chargée se trouve en perpétuel mouvement ; elle transmet de l'électricité au conducteur de manière intermittente, et non continue, ce qui produit des crissements dans un récepteur téléphonique sensible. Cet effet sera d'autant plus prononcé que l'antenne sera longue et que l'espace entouré par les fils sera grand ; toutefois, il faut bien comprendre que ce phénomène est seulement local et qu'il n'a rien à voir avec le véritable problème. En 1900, alors que je perfectionnai mon système radio, un de mes appareils comptait quatre antennes. Elles étaient parfaitement étalonnées sur la même fréquence et reliées en parallèle, dans le but d'amplifier les effets lors de la réception des signaux depuis toutes les directions. Pour déterminer l'origine des impulsions transmises, je mettais chaque paire diagonale en série avec une bobine primaire qui fournissait de l'énergie au circuit de détection. Dans le premier cas, le souffle dans le téléphone était important et dans le second il cessa, comme je m'y attendais, les deux antennes se neutralisant l'une l'autre ; cependant, les véritables parasites étaient bien présents dans les deux cas, et je dus prendre des mesures spéciales, associées à d'autres principes.

Comme je l'avais déjà proposé il y a longtemps, ces bruits dus à l'atmosphère chargée, qui sont très importants dans les dispositifs que l'on construit aujourd'hui, disparaissent totalement, lorsque l'on utilise des récepteurs reliés en deux points à la terre, et par ailleurs, les risques de toutes sortes d'interférences sont réduits de moitié à cause du caractère directionnel du circuit. Ce qui était évident en soi, arriva comme une révélation pour quelques sans-filistes simples d'esprit, qui expérimentaient avec des appareils susceptibles d'être perfectionnés sans faire dans la dentelle, et qui étaient construits selon des principes mal compris. S'il était vrai que les bruits de friture sont aussi capricieux, il serait simple de s'en débarrasser en se passant des antennes. Mais en fait, un fil enterré dans le sol, donc en théorie parfaitement immunisé, est plus sensible à certaines impulsions extérieures qu'un fil placé à la verticale. Il faut être honnête ; de légers progrès ont déjà été réalisés, non en vertu d'une technique ou d'un appareil en particulier, mais tout simplement en abandonnant les énormes structures qui étaient déjà mauvaises pour la transmission, et parfaitement inadaptées pour la réception, et en adoptant un type de récepteur plus adéquat. Comme je l'ai déjà dit dans un article précédent, il faut entreprendre des changements radicaux dans ce système, si l'on veut se débarrasser de ces problèmes une fois pour toutes, et le plus tôt sera le mieux.

Ce serait en effet catastrophique si le corps législatif prenait hâtivement des mesures accordant son monopole à l'État, en ce temps où la technique est encore balbutiante et où sa plus grande majorité, y compris les experts, n'ont aucune idée de ses possibilités finales. C'est néanmoins ce qu'a proposé précisément, il y quelques semaines, le secrétaire d'État Daniels, et il ne fait aucun doute que la demande de cet officiel distingué fut présentée au Sénat et à la Chambre des Représentants de manière tout à fait convaincante. Toutefois, il est universellement reconnu que les meilleurs résultats s'obtiennent toujours dans une compétition commerciale saine. Il existe cependant des raisons exceptionnelles qui pourraient justifier du développement libre de la technologie sans fil. Premièrement, elle offre des perspectives autrement plus importantes et plus vitales pour l'amélioration de la condition humaine que n'importe quelle autre invention ou découverte dans l'histoire de l'humanité. Deuxièmement, il faut avouer que cette technique superbe a été entièrement développée ici et peut être appelée de plein droit "américaine", à l'inverse du téléphone, de l'ampoule à incandescence ou de l'avion. Des agents de presse et des courtiers en bourse aventureux ont tellement bien semé la désinformation, que même un périodique aussi réputé que le Scientific American a attribué ses plus grands mérites à un pays étranger. Les Allemands, bien sûr, nous ont apporté les ondes hertziennes, et les experts russes, anglais, français et italiens n'ont pas lésiné à les utiliser pour leur transmission de signaux. Il n'est pas étonnant qu'ils aient appliqué cette nouveauté dans ce but, mais ils se sont servi de la vieille bobine à induction classique et désuète, qui ne vaut guère plus que l'héliographe. Le rayon de transmission était très limité, les résultats obtenus de peu de valeur, et pour transmettre les informations, les oscillations hertziennes auraient pu être remplacées à l'avantage par des ondes sonores, comme je le disais déjà en 1891. En outre, tous ces efforts ont été menés trois ans après que les principes de bases du système radio - utilisés partout dans le monde aujourd'hui - et ses potentiels furent clairement décrits et développés en Amérique. Aujourd'hui, il ne reste rien des dispositifs et méthodes hertziens. Nous avons travaillé dans la direction opposée et ce que nous avons obtenu est le fruit des cerveaux et des efforts de citoyens de ce pays. Les brevets fondamentaux sont tombés dans le domaine public et chacun peut en disposer librement. L'argument suprême du Secrétaire d'État est basé sur les interférences. D'après lui, comme le dit le New York Herald du 29 juillet, les signaux d'une station puissante peuvent être captés dans chaque village sur cette Terre. En vertu de quoi, et comme je l'avais déjà démontré avec mes expérimentations en 1900, cela ne servirait pas à grand chose d'imposer des restrictions à l'intérieur des États-Unis.

Pour éclaircir ce point je dirais que tout récemment, je fus abordé par un gentleman bizarre qui voulait faire appel à mes services pour la construction de transmetteurs mondiaux dans un lointain pays. "Nous n'avons pas d'argent", dit-il, "mais des cargaisons d'or dont nous vous offrirons une grande part". Je lui répondis que je voulais d'abord voir ce qui adviendrait de mes inventions en Amérique, et cela mit fin à notre entretien. Je suis convaincu, toutefois, que certaines forces de l'ombre sont à l'oeuvre et, à mesure que le temps passe, il sera de plus en plus difficile d'avoir des communications ininterrompues. La seule chose qui puisse sauver la situation serait un système immunisé contre toute sorte d'interférences. Un tel système a déjà été perfectionné, il existe, il suffit de le rendre opérationnel.

Le terrible conflit (la première Guerre Mondiale, ndlt) plane toujours dans la plupart des esprits, et il se pourrait que l'on attache dorénavant la plus haute importance au Transmetteur Amplificateur en tant que système d'attaque ou de défense, et plus particulièrement en connexion avec les 'Téléautomates'. Cette invention est un aboutissement logique des observations que j'ai faites durant mon enfance et perpétuées ma vie durant. Lorsque les premiers résultats furent publiés, l'Elerctrical Review dit dans un éditorial, qu'elle serait un "des plus importants facteurs de progrès et de civilisation de l'humanité". Cette prédiction ne saurait tarder à devenir réalité. Elle fut proposée au gouvernement en 1898 et en 1900 ; il aurait pu l'adopter si j'avais été du genre à frapper à toutes les portes. À cette époque, je pensais vraiment qu'elle était capable de mettre fin à la guerre, parce qu'elle a un pouvoir destructif illimité et qu'elle peut se passer de la participation active de l'élément humain. Toutefois, bien que je n'aie pas perdu foi en ses potentiels, mon avis, lui, a changé depuis.

La guerre ne pourra pas être éradiquée tant que subsistera la cause physique de son déclenchement qui, en dernière analyse, est un vaste problème d'ordre planétaire. Ce n'est que par l'annulation des distances à tous égards, comme la diffusion des informations, les moyens de transports et d'approvisionnement, et la transmission de l'énergie, que l'on obtiendra un jour les conditions requises assurant des relations amicales et durables. Ce que nous désirons aujourd'hui le plus, ce sont des contacts plus étroits, une meilleure compréhension entre les individus et les communautés partout dans ce monde, et l'élimination de cet engouement fanatique pour des idéaux exaltés de l'égoïsme et de la fierté nationaux, qui ont toujours tendance à faire plonger le monde dans des querelles d'un barbarisme primitif. Aucun parti et aucune loi ne pourra jamais empêcher ce type de calamité. Ce ne sont que de nouveaux moyens pour mettre le plus faible à la merci du plus fort. J'ai dit ce que je pensais à ce sujet il y a quatorze ans, lorsque feu Andrew Carnegie en appela à une union de quelques États souverains, une sorte d'Alliance Sacrée, dont on peut dire qu'il en fut le père spirituel, et à laquelle il a donné plus de publicité et d'élan que quiconque, avant que le Président ne prenne les choses en main. Bien que l'on ne puisse pas nier qu'un tel pacte puisse apporter des avantages matériels aux peuples les plus défavorisés, il ne peut pas atteindre l'objectif principal recherché. La paix s'installera tout naturellement lorsque les races seront éclairées et qu'elles se mélangeront entre elles ; nous sommes cependant toujours très loin de cet avènement heureux. Lorsque je regarde le monde d'aujourd'hui, à la lumière des gigantesques combats auxquels nous venons d'assister, je suis convaincu que, dans l'intérêt de l'humanité, les États-Unis devraient rester fidèles à leurs traditions et se maintenir en dehors des "alliances compliquées". Au vu de sa situation géographique, loin des scènes où se trament les conflits menaçants, sans aucune motivation à vouloir agrandir son territoire, avec des ressources inextinguibles et une population très élevée, complètement imprégnée de liberté et de droit, ce pays est dans une position unique et privilégiée. Il est donc libre d'employer, en toute liberté, sa puissance colossale et sa force morale pour le bien de tous, de manière plus judicieuse et plus efficace que s'il était membre d'une alliance quelconque.

Dans un de ces récits autobiographiques, publiés dans l'Electrical Experimenter, je me suis arrêté sur les conditions de mon enfance et ai parlé d'une souffrance qui m'obligea à travailler sans relâche mon pouvoir d'imagination et mon auto-analyse. Cette activité mentale, qui fut à l'origine involontaire, mais induite par le stress de la maladie et des souffrances, devint graduellement ma seconde nature, et me fit finalement reconnaître que je n'étais rien de plus qu'un automate, dépourvu de son libre arbitre dans ses pensées comme dans ses actions, ne réagissant qu'aux impulsions de l'environnement. Nos corps physiques sont d'une nature tellement complexe, nos mouvements sont tellement divers et compliqués et nos impressions sensorielles si délicates et insaisissables, qu'il est très difficile au commun des mortels de comprendre cela. Pourtant, il n'y a rien de plus réaliste, aux yeux de l'observateur aguerri que la théorie mécaniste de la vie qui fut, dans une certaine mesure, comprise et exposée par Descartes, il y a trois siècles. De son temps, on ignorait tout du fonctionnement de notre organisme, et les philosophes ne savaient rien de la nature de la lumière, de l'anatomie de l'oeil et du mécanisme de la vision. Ces dernières années, les progrès de la recherche scientifique dans ces domaines ont été tels qu'il n'y a plus de mystère à ce sujet, sur lequel du reste de nombreux travaux ont été publiés. Un des protagonistes les plus capables et les plus éloquents est peut-être Félix Le Dantec, un ancien assistant de Pasteur. Le professeur Jacques Loeb a procédé à des expérimentations remarquables en héliotropisme, où il a décrit clairement que la lumière joue un rôle déterminant dans les formes d'organismes primaires ; son dernier livre Forced Mouvements (Mouvements réflexes) est très révélateur. Néanmoins, alors que les scientifiques accordent à cette théorie la même valeur qu'à toutes les autres qu'ils ont reconnues et admises, pour moi, elle est une vérité que j'expérimente à tout moment dans chacun de mes actes et chacune de mes pensées. Dans mon esprit, j'ai toujours conscience que ce sont les impressions extérieures qui me poussent à toutes sortes d'efforts, qu'ils soient physiques ou mentaux. Ce n'est que dans de très rares occasions, comme lorsque je fus en état de concentration exceptionnelle, que j'eus du mal à localiser les impulsions originelles.

Les hommes, dans leur immense majorité, n'ont jamais conscience de ce qui se passe autour et en en eux, et ils sont des millions à succomber prématurément de maladies, justement à cause de cela. Les faits quotidiens les plus banaux leur semblent mystérieux et inexplicables. Quelqu'un peut subitement être envahi par une vague de tristesse ; il en cherchera une explication mentale, alors qu'il aurait pu remarquer qu'elle fut tout simplement déclenchée par un nuage obscurcissant momentanément le soleil. Il peut visualiser un ami qu'il affectionne dans une situation qu'il jugera bien singulière, alors qu'il vient de le croiser dans la rue ou de voir sa photo. S'il perd un bouton de manchette, il va s'énerver et jurer pendant une heure, étant incapable de se souvenir de ce qu'il vient de faire, et de retrouver l'objet perdu par déduction. Ne pas savoir observer n'est rien de plus qu'une autre forme de l'ignorance, responsable de nombreux concepts morbides et idées farfelues qui prédominent aujourd'hui. Il n'y a pas plus de dix pour cent des gens qui ne croient pas en la télépathie ou à d'autres manifestations psychiques, au spiritisme ou à la communication avec les morts, et qui refuseraient d'écouter des charlatans altruistes ou non. Ne serait-ce que pour illustrer combien cette tendance s'est bien enracinée, même parmi la population américaine la plus saine d'esprit, je vais citer une anecdote plutôt comique.

Peu de temps avant la guerre, alors que l'exposition de ma turbine entraînait de très nombreux commentaires dans les journaux scientifiques, je prédis que les fabricants se disputeraient la place pour obtenir mon invention ; je pensais tout particulièrement à un homme de Détroit, qui a le don surprenant de savoir accumuler les millions. J'étais tellement persuadé qu'il montrerait son nez un jour, que j'en parlai à ma secrétaire et aux assistants. Effectivement, un beau matin, un groupe d'ingénieurs de la Ford Motor Compagny se présenta, et voulut discuter avec moi d'un projet très important. "Ne l'avais-je pas dit ?", déclarai-je triomphalement à mes employés, dont l'un d'eux répondit : "Vous êtes étonnant, M. Tesla, tout se passe toujours comme vous le prédites." Sitôt que ces hommes d'affaires réalistes se furent assis, je commençai à vanter les merveilleuses caractéristiques de ma turbine, lorsque leur porte-parole m'interrompit et dit : "Nous savons tout cela, mais nous sommes venus dans un but tout à fait particulier. Nous avons fondé une association de psychologues pour étudier les phénomènes psychiques et nous voudrions que vous y adhériez." Je suppose que ces ingénieurs ne savaient pas, qu'avec de semblables propos, ils allaient se faire virer de mon bureau.

Depuis que certains des plus grands hommes de notre époque - des scientifiques de pointe dont les noms sont immortels - m'ont dit que j'avais un don exceptionnel, j'ai concentré toute mon énergie mentale sur la recherche de solutions aux grands problèmes, quels que soient les sacrifices que cela devait impliquer. J'ai cherché, pendant des années, à résoudre l'énigme de la mort, et ai été à l'affût du moindre signe spirituel. Toutefois, je n'ai eu qu'une seule expérience au cours de ma vie qui me fit penser momentanément qu'elle fut surnaturelle. Cela se passa à l'époque de la mort de ma mère. J'étais complètement épuisé par la souffrance et les longues nuits sans sommeil et, une nuit, on me transporta dans un immeuble à deux pas de chez nous. J'étais couché là, désarmé, et je pensai que si ma mère devait mourir alors que je n'étais pas à son chevet, elle me ferait certainement signe. Deux ou trois mois auparavant, j'étais à Londres avec feu mon ami Sir William Crookes ; nous parlions de spiritisme et mon esprit était complètement accaparé par ces pensées. Peut-être n'aurais-je pas écouté un autre homme, mais j'étais très sensible à ses arguments ; c'est son oeuvre, qui a fait époque, sur le rayonnement de la matière, que j'avais lue lorsque j'étais étudiant, qui m'avait décidé à embrasser la carrière d'ingénieur en électrotechnique. Je me dis que les conditions pour aller jeter un oeil dans l'au-delà étaient très favorables, car ma mère était une femme géniale et particulièrement douée d'une grande intuition. Durant toute la nuit, chaque fibre de mon cerveau était dans une vive expectative, mais il ne se passa rien jusqu'au petit matin où je m'endormis, ou peut-être tombai évanoui ; je vis alors un nuage transportant des figures angéliques d'une merveilleuse beauté, dont l'une me regarda avec tendresse et prit peu à peu les traits de ma mère. Cette vision flotta doucement à travers la pièce, puis disparut. Je fus réveillé par un doux chant à plusieurs voix, qu'il m'est impossible de décrire. À ce moment-là, je fus envahi par une certitude intuitive que ma mère venait de mourir. Et c'était vrai. J'étais incapable de supporter le poids énorme de cette prédiction douloureuse, et j'écrivis une lettre à Sir William Crookes alors que j'étais toujours dominé par ces émotions et en très mauvaise santé physique. Lorsque je fus rétabli, j'ai longtemps cherché une cause extérieure à cette manifestation étrange et, à mon grand soulagement, j'y suis arrivé au bout de quelques mois de vains efforts. J'avais vu une peinture d'un artiste célèbre représentant en allégorie une des quatre saisons sous la forme d'un nuage et d'un groupe d'anges, qui en fait semblait flotter dans les airs ; ce tableau m'avait fortement impressionné. C'est précisément lui que j'avais vu dans mon rêve, excepté la ressemblance avec ma mère. La musique venait de la chorale dans l'église toute proche où l'on célébrait la messe en ce matin de Pâques ; cela expliquait tout de manière très satisfaisante, appuyée par des faits scientifiques.

Cela s'est passé il y a très longtemps et, depuis, je n'ai jamais eu la moindre raison de changer d'avis en ce qui concerne les phénomènes psychiques ou spirituels pour lesquels il n'existe absolument aucun fondement. La croyance en ces choses découle tout naturellement du développement intellectuel. Lorsque les dogmes religieux perdent toute crédibilité orthodoxe, chaque homme ne demande qu'à croire à un quelconque pouvoir suprême. Nous avons tous besoin d'un idéal pour diriger notre vie et assurer notre sérénité, peu importe qu'il soit basé sur une religion, un art, une science ou toute autre chose, pourvu qu'elle remplisse les fonctions d'une force immatérielle. Il est capital de faire prévaloir une conception commune pour que l'humanité, en tant que tout, vive dans la paix.

Même si je n'ai réussi à obtenir aucune preuve venant corroborer les affirmations des psychologues et des spiritualistes, je fus pleinement satisfait de prouver l'automatisme de la vie, non seulement par l'observation continue des actes individuels, mais aussi et surtout grâce à certaines généralisations. Celles-ci ont conduit à une découverte que j'estime de la plus haute importance pour l'humanité, et sur laquelle je vais m'étendre un peu maintenant. Je soupçonnai pour la première fois cette vérité stupéfiante à la fin de mon adolescence. Toutefois, pendant bon nombre d'années, j'ai interprété mes sensations comme de pures coïncidences. Et notamment, lorsque moi-même ou une personne qui m'était chère, ou une cause que je défendais, se faisaient agresser par d'autres d'une manière que l'on pourrait dire profondément injuste, je ressentais une peine singulière et indéfinissable que j'ai qualifiée de "cosmique" à défaut d'un terme plus adéquat ; immanquablement, peu de temps après, les agresseurs furent accablés de malheurs. Après plusieurs de ces expériences, j'ai confié cela à quelques amis qui avaient la possibilité de vérifier la justesse de cette théorie que j'avais graduellement établie et que l'on peut formuler de la manière suivante.

Nos corps ont une structure commune et sont exposés aux mêmes influences extérieures. De ce fait, nous réagissons pareillement et nos activités générales, sur lesquelles sont basées notre système de règles sociales ou autres et nos lois, sont concordantes. Nous ne sommes rien de plus que des automates entièrement à la merci des forces de l'environnement, et nous sommes ballottés comme des bouchons à la surface de l'eau et confondons la résultante des impulsions extérieures avec le libre arbitre. Nos mouvements et autres actions ont toujours un caractère conservateur et bien qu'apparemment nous paraissions indépendants les uns des autres, nous sommes unis par des liens invisibles. Tant qu'un organisme est en équilibre parfait, il répond avec précision aux agents qui le commandent, mais dès lors que cet équilibre est tant soit peu rompu, son instinct de conservation est compromis. Tout le monde comprendra que la surdité, une vue affaiblie, ou un membre blessé, peuvent réduire les chances de vivre d'une manière autonome. Cela est encore plus manifeste dans le cas de dysfonctionnements cérébraux qui vont priver l'automate de cette qualité de vie et le conduire à sa perte. Un individu très sensible et très observateur, dont les mécanismes hautement évolués sont intacts et qui agit avec précision et en accord avec les conditions changeantes de l'environnement, dispose d'un sens transcendant lui permettant d'échapper à des risques difficilement prévisibles, que les sens ordinaires ne peuvent percevoir. Toutefois, lorsqu'il a affaire à d'autres, dont les organes de contrôle sont très défectueux, ce sens se manifeste avec force et il ressent la douleur "cosmique". Cette vérité a été vécue des centaines de fois et j'invite d'autres étudiants en biologie à vouer une attention toute particulière à ce sujet, car je crois que par des efforts conjugués et soutenus, ils arriveront à des résultats d'une valeur inestimable pour l'humanité.
L'idée de construire un automate pour justifier de ma théorie se présenta à moi très tôt ; néanmoins, je n'ai pas commencé mes travaux avant 1893, date à laquelle je débutai mes recherches en technologie sans fil. Durant les deux ou trois années qui suivirent, je construisis de nombreux mécanismes automatiques que l'on pouvait télécommander, et les montrai à mes visiteurs dans mon laboratoire. Toutefois, en 1896, je conçus un appareil complet, capable d'exécuter un grand nombre d'opérations ; l'achèvement de mon travail fut toutefois remis à la fin de 1897. La représentation et la description de cette machine furent publiées dans mon article paru dans le magazine Century du mois de juin 1900, ainsi que dans d'autres périodiques de cette époque ; lorsqu'elle fut présentée au public pour la première fois en 1898, elle entraîna des réactions qu'aucune de mes autres inventions n'avait suscitées jusque là. En novembre 1898, j'obtins un premier brevet pour ce nouvel appareil, après que l'examinateur en chef se fut déplacé à New York pour se rendre compte de ses performances, car mes affirmations lui avaient paru incroyables. Je me souviens avoir téléphoné plus tard à un officiel à Washington pour lui expliquer mon invention, dans l'objectif de l'offrir au Gouvernement, et qu'il éclata de rire. À cette époque, personne ne pensait qu'il y avait la moindre chance de mettre au point un tel appareil. Malheureusement, dans ce brevet, et sur les conseils de mes avocats, j'ai dit qu'il était commandé par un seul circuit et un type de détecteur bien connu, car je n'avais pas encore assuré la protection des spécifications de mes méthodes et appareils. En fait, mes bateaux étaient commandés par une action conjointe de plusieurs circuits, et il n'y était pas question d'interférences. La plupart du temps, j'utilisai des circuits récepteurs en forme de boucles, en y incluant des condensateurs, car les décharges de mon transmetteur de haute tension ionisaient l'air dans la pièce au point que même une petite antenne pouvait puiser l'électricité dans l'air environnant pendant des heures. J'ai découvert, par exemple, qu'une ampoule à vide de 30 cm de diamètre, ayant une seule borne sur laquelle était fixé un fil très court, émettait jusqu'à un millier de flashes successifs, jusqu'à ce que tout l'air dans le laboratoire soit neutralisé. La forme en boucle du récepteur n'était pas sensible à cette perturbation, et il est très curieux qu'elle devienne populaire ces derniers temps. En réalité, le récepteur accumule beaucoup moins d'énergie que les antennes ou un long câble relié à la terre, et de ce fait il n'a pas les imperfections des appareils actuels sans fil. Lorsque je présentai mon invention devant un auditoire, les visiteurs pouvaient poser n'importe quelle question, même les plus compliquées, et l'automate leur répondait par des signes. En ce temps-là, c'était considéré comme de la magie, mais en fait, c'était très simple, puisque c'est moi-même qui répondais aux questions par l'intermédiaire de la machine.

À cette même époque je construisis par ailleurs un gros bateau télécommandé, dont on peut voir une photo dans ce numéro de l'Electrical Experimenter. Il était commandé par des circuits de plusieurs tours, placés dans la coque qui était fermée hermétiquement, et que l'on pouvait immerger. Les dispositifs étaient semblables à ceux utilisés dans le premier, avec cette différence que j'y ai introduit certaines caractéristiques spéciales, comme des lampes à incandescence qui apportaient la preuve visible du bon fonctionnement de la machine.

 

biotesla12.gif

12. Un des bateaux télécommandés de Tesla, submersible et sans antennes externes.

 

Ces automates, commandés dans le champ de vision de l'opérateur, ne représentaient cependant que la première étape plutôt grossière dans l'évolution de la Science des 'Téléautomates', telle que je l'avais conçue. Il était logique que l'étape suivante fut leur application hors du champ de vision et très loin du centre de contrôle et, depuis lors, j'ai toujours prétendu qu'ils pouvaient servir comme arme de guerre et remplacer les armes à feu. Il semblerait qu'aujourd'hui on leur reconnaisse cette importance, à en juger les annonces occasionnelles dans la presse de certaines réalisations dites extraordinaires, mais qui en vérité n'apportent rien de neuf. Les installations radio actuelles permettent, quoique de manière imparfaite, d'envoyer un avion dans les airs, de lui faire suivre approximativement une certaine course et d'effectuer un nombre d'opérations à plusieurs centaines de kilomètres. Une machine de ce type peut en outre être commandée mécaniquement de plusieurs façons et je ne doute pas qu'elle puisse faire preuve d'une certaine utilité en temps de guerre. Toutefois, pour autant que je sache, il n'existe aujourd'hui aucun instrument ou dispositif qui permettrait de procéder avec précision. J'ai consacré des années entières de recherches à ce sujet, et j'ai développé des moyens permettant de réaliser facilement ce type de prouesse et d'autres. Comme je l'ai déjà dit antérieurement, lorsque je fus étudiant à l'université, j'ai conçu une machine volante quasi différente de celles qui existent actuellement. Le principe de base était juste, mais il était impossible de le mettre en pratique à défaut d'une force motrice de puissance suffisante. Ces dernières années, j'ai réussi à résoudre ce problème, et je projette de construire des aéronefs dépourvus d'ailerons, d'ailes, d'hélices ou autres accessoires externes, qui seront capables d'atteindre des vitesses énormes et susceptibles de fournir des arguments de poids en faveur de la paix dans un futur proche. Page (... 108 dans le texte original) vous verrez un appareil de ce type, dont le démarrage et le fonctionnement ne se font que par réaction ; il doit être commandé soit mécaniquement, soit avec des ondes hertziennes. En construisant les installations adéquates, il sera possible d'envoyer un missile de ce type dans les airs et de le faire tomber quasiment à l'endroit voulu, même à des milliers de kilomètres. Néanmoins, il faudra aller plus loin. On finira par inventer des ''téléautomates'' capables d'agir comme s'ils avaient une intelligence propre, et leur avènement créera une révolution. En 1898 déjà, je proposai à des représentants d'une grosse société industrielle de construire et d'exposer publiquement une voiture qui, de manière autonome, serait capable de réaliser une grande variété d'opérations, dont certaines nécessitent quelque chose comme la faculté de jugement. Cependant, ma proposition fut jugée chimérique, et elle resta lettre morte.

Aujourd'hui, beaucoup d'hommes doués d'intelligence pratique essaient d'imaginer des expédients susceptibles d'empêcher que ne se répète ce conflit atroce, qui est théoriquement terminé, et pour lequel j'avais prédit la durée et son dénouement dans un article paru dans le Sun, le 20 décembre 1914. L'Alliance proposée n'est pas une solution, bien au contraire ; elle risque d'avoir des résultats à l'inverse de ceux espérés, selon l'avis d'un bon nombre d'hommes compétents. Il est particulièrement regrettable que le traité de paix inclue une politique de répression, parce que dans quelques années, il sera possible aux pays de se battre sans armées, bateaux ou armes à feu, mais avec des armes bien plus terribles dont l'action et la portée destructrices sera pratiquement sans limites. L'ennemi pourra détruire une ville à n'importe quelle distance et aucune puissance de la terre ne pourra l'en empêcher. Si nous voulons conjurer une catastrophe menaçante et éviter une situation susceptible de transformer ce globe en enfer, nous devrions accélérer le développement de machines volantes et de la transmission hertzienne sans plus attendre, avec tous les moyens dont dispose ce pays.

Merci à Liliane Roth pour cette traduction ! Elle a traduit également d'autres ouvrages dont le livre de Jeane Maning "Energie Libre et Technologies" et "Les anges ne jouent pas de cette harpe" (sur HAARP)

Source: Quanthomme

 

Archives

Articles récents