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Ne faites pas la guerre… Soyez zen !

Publié par wikistrike.com sur 11 Décembre 2011, 10:17am

Catégories : #Culture - médias - Livres - expos - rencontres

 

Ne faites pas la guerre… Soyez zen ! 

 

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"Quand on pense “guerres saintes”, les religions occidentales nous viennent à l’esprit. Le commandement “Tu ne tueras point” ne s’appliquait pas aux « Gentils ».

D’un autre côté, on a toujours dépeint le bouddhisme comme la religion de la paix. 

Lorsque le royaume des Shâkya se trouva sous la menace d’une invasion, le Bouddha s’assit en méditation sur le chemin des soldats, arrêtant net leur attaque. Lorsque le roi indien Ashoka se convertit au bouddhisme, il mit un terme à ses expéditions militaires et érigea des piliers de la paix. Lorsque le dharma arriva au Tibet, on dit que les tribus barbares furent pacifiées. Pendant la guerre du Vietnam, les moines bouddhistes s’immolèrent par le feu pour protester contre les combats.

Mais Josh Baran nous parle d'un texte de 1998 qui ébranle radicalement cette vision du bouddhisme (Le zen en guerre -Zen at War- de Brian Victoria, un moine occidental zen sôtô qui travaille à l’Université d’Auckland).

Il raconte en détail comment d’éminents maîtres zen ont perverti les enseignements bouddhistes pour encourager l’obéissance aveugle, le meurtre irresponsable et la dévotion totale à l’empereur. 



Il faut d’abord comprendre le contexte historique et culturel. Le bouddhisme est devenu une religion d’état au Japon à l’époque Tokugawa (1600-1868). Près d’un demi-million de temples furent construits. Le sacerdoce bouddhiste devint un instrument dans les mains du gouvernement féodal. 

Au début de l’ère Meiji (qui commença en 1868), on assiste à une montée d’un vaste ressentiment populaire anti-bouddhiste. La seule manière qu’avait le bouddhisme institutionnel de survivre fut de s’intégrer au nouveau système impérial. L’empereur remplaçait le Bouddha, la loyauté et l’esprit japonais, le dharma , et la nation, le sangha.

Au début du siècle, le Japon sortait de plusieurs siècles d’isolement qui engendra pour cette nation une arrogance totale. Le Japon se voyait comme divin, racialement et culturellement supérieur, “sans défaut” et “le seul pays bouddhiste”. Les non-Japonais était appelés jama gedô – des païens insoumis. 



Le zen japonais, en particulier la lignée rinzai, est depuis longtemps associé à la culture des samouraïs et au bushidô, la voie du sabre. L’épée a toujours été un symbole bouddhique pour couper au travers des illusions, mais avec le bushidô, on prit la métaphore au pied de la lettre.

Victoria épingle Shaku Sôen (1859-1919) comme l’un des premiers maîtres zen à avoir fait, avec enthousiasme, de la guerre une pratique zen. Du point de vue de Sôen, comme tout n’est qu’une seule essence, la guerre et la paix sont foncièrement identiques. Pour Sôen, la guerre était “une étape inévitable vers la réalisation finale de l’éveil.” Sôen utilisait des expressions telles que “guerre juste” et “guerre sainte”. Le Japon était engagé dans une “guerre de compassion” faite par des soldats-bodhisattvas qui combattaient les ennemis du Bouddha. 

Ainsi que le prêchait le maître zen rinzai Nantembo (1839-1925), il n’y avait “pas de pratique de bodhisattva supérieure au fait de prendre une vie de façon compassionnée” (Sôen considérait que toute opposition à la guerre était un “produit de l’égoïsme”). A lire aujourd’hui ces mots, ils paraissent clairement illustrer ce qu’est une pensée religieuse déréglée. 

Les enseignements, le langage et les symboles bouddhiques, comme pour toute religion, peuvent être pervertis et défigurés afin de promouvoir le nationalisme et la violence. 

Le maître de Mumon,  Seki Seisetsu (1877-1945), un maître zen hautement respecté fut un champion de la guerre. Seisetsu a écrit un livre pour la promotion du zen et du bushidô. Juste avant la chute de Nankin, Seisetsu est passé à la radio nationale pour dire que : “Montrer la plus grande loyauté à l’empereur est semblable à l’engagement dans la pratique du bouddhisme mahâyâna. Car le bouddhisme mahâyâna est identique avec la loi du souverain.” Il appela ensuite à l’“extermination des démons rouges” (les communistes) au Japon et en Chine. 
Après la guerre Mumon se mit à exprimer des regrets pour sa participation à la guerre. “Il m’a dit que rien de ce qu’il pourrait faire ne pourrait compenser sa complicité”, dit Harada. “Partout où il allait, il parlait de la paix. Il a voyagé dans de nombreux endroits où le Japon a
causé des souffrances – Guam, Bornéo, les Philippines – pour y parler de paix.”

Sawaki Kôdô plaidait aussi, comme le firent d’autres maîtres zen, que si l’on tue sans penser, dans un état de non-pensée ou de non-ego, cet acte est alors une expression de l’éveil. Pas de pensée = pas d’esprit = pas d’ego = pas de karma. Dans cette bizarre équation, les victimes sont toujours oubliées, comme si elles étaient hors de propos. 
Cette approche du zen est en fin de compte un narcissisme pervers, voire du nihilisme. Evidemment, la question qui n’a jamais été posée est : S’il n’y a pas d’ego, pourquoi y a-t-il le moindre besoin de tuer ?



Il y eut quelques pacifistes, mais il étaient peu nombreux. Quelques moines opposés à la guerre ont pu se retirer tranquillement dans de lointains temples de campagne, mais ils n’ont probablement pas laissé de traces. 

“Dans le zen japonais”, explique Toga (successeur de Mmumon, directeur de l'Institut des Etudes Zen à Kyoto), “la loyauté est très importante. La loyauté envers son maître et la tradition est encore plus importante que celle au Bouddha et au dharma.” Cela rend un débat sincère sur la période de la guerre difficile, tant de maîtres ont dit des choses qui pourraient être critiquables. 

Le Bouddha n’a jamais enseigné que la loyauté était plus importante que la vérité ou la compassion. La loyauté aveugle hors du zendô peut et a eu des résultats désastreux. Tant que ces postulats ne seront pas remis en cause, les racines de l’esprit guerrier du zen resteront bien vivantes. 

Dans le “zen” décrit par D.T. Suzuki  il n’y a ni enseignement ni attitude morale claire, on se contente de suivre les circonstances. Dans le “zen” de Suzuki, une fois qu’on a décidé d’une direction, on ne revient pas sur ses pas, même si elle cause de la souffrance ou qu’elle est idiote. 

Quel étrange “zen” est-ce là, et sans cœur ! Il est évident que ce “zen” n’a rien à voir avec le bouddhisme mahâyâna qui enseigne la compassion et la sagesse. Peut-être nous faudrait-il lui trouver un autre nom ? Je soutiendrais qu’il y a deux courants dans le zen japonais : non pas sôtô et rinzai, mais un zen fondé sur la voie du bodhisattva et un autre fondé sur la voie du pouvoir de la volonté, de la non-pensée et de la loyauté – une voie indifférente au bien-être des autres et à la loi du karma.

A la lumière des massacres de Nankin, la justification spirituelle du meurtre et des brutalités de masse par D.T. Suzuki est grotesque, la pire des perversions imaginables d’une religion. 



Comment des maîtres peuvent ils se montrer aussi brillant d’un côté & sans cœur de l’autre ? Est-ce là l’esprit d’un maître “éveillé” ?
Ou bien ces maîtres n’étaient pas “éveillés”, ou bien leur “éveil” n’incluait pas la compassion et la sagesse. De quelle sorte de zen sont-ils maîtres ?

Il nous faut nous poser ces questions même s’il est difficile d’y répondre ou qu’elles nous gênent. 

En 1992, l’école sôtô a publié une “Déclaration de repentance” officielle, et ses excuses pour ses activités durant la guerre dans son trimestriel anglophone :

“Depuis l’ère Meiji, notre école [sôtô] a coopéré à la conduite de la guerre.” 

On peut se souvenir de l’enseignement de maître Dôgen sur le repentir (sange), qui est considéré comme une porte d’entrée dans le zen sôtô. Avant qu’une personne ne prenne les refuges traditionnels, elle reconnaît toutes ses fautes antérieures causées par l’avidité, l'aversion et l’illusion.

Le Bouddha a dit une fois que tout comprendre, c’est tout pardonner. 
Le maître zen Hakuin enseignait que : “Là où il y a un questionnement complet, il y aura une expérience complète de l’éveil.”



Le Bouddha n’a jamais enseigné que nous devions abandonner notre rationalité et notre intelligence. Pendant trop longtemps, nous avons accepté tous les enseignements orientaux avec une vénération enfantine, laissant nos facultés de réflexion en veilleuse. Peut-être qu'aujourd’hui, avec es nouvelles révélations, est-il temps à nouveau d’honorer l'intelligence et le questionnement et de regarder plus soigneusement notre héritage et notre avenir. 

Il nous faut comprendre le mécanisme du dévoiement de la voie du Bouddha en cette horrible forme de zen sans cœur. Il ne s’agit pas de pureté ou d’orthodoxie ; il s’agit de compassion et de compréhension. Il ne s’agit pas de condamner les Japonais, mais en tant que membres d'un même sangha, de nous aider mutuellement à nous éveiller de manière authentique."

 

extrait de l'article "LA GUERRE SAINTE DU ZEN" de  Josh Baran (1998).

Source : Un zen occidental

 


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