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Oligarchie 2012 : welcome to the Matrix

Publié par wikistrike.com sur 16 Mars 2012, 13:02pm

Catégories : #Politique intérieure

Oligarchie 2012 : welcome to the Matrix

 

En écho à l’article de kitetoa du mois de juillet dernier, intitulé « Vivons-nous dans une réalité altérée ? » et parce que le premier et le deuxième tour de l’enfumage électoral quinquennal est proche, l’idée de décrire l’état de notre société dans sa « dimension réelle » semble nécessaire. Attention, les fans de X-Files et de Matrix vont adorer, les autres vont haïr ce papier électronique : qu’ils envoient des messages d’insultes à redaction@reflets.info : elle fera suivre à l’auteur qui archivera tout ça avec une délectation sans nom :-) )

Pourquoi des gens très sérieux, observateurs méticuleux de la société et hautement diplômés, nous parlent-ils de plus en plus souvent d’oligarchie lorsqu’ils font état de la « démocratie française » ? On nous cacherait des choses ? Une oligarchie ? On ne serait plus dans une démocratie ? Sans qu’on le sache ? Houlala, mais c’est super inquiétant tout ça, on veut en savoir plus…

Sans rentrer dans des considération métaphysiques, disons qu’i y a l’apparence de la réalité et la réalité. La république française est en apparence une nation de citoyens libres et égaux, où le phénomène de démocratie est central et totalement actif, et ce, dans toutes ses dimensions : le peuple à voix au chapitre par le biais d’élections nationales et locales, peut faire la grève, manifester dans les rues, a le droit d’exprimer ses opinions, de critiquer le pouvoir politique, et même de demander des comptes à ses représentants. Enfin bon, c’est formidable quoi. C’est chouette, on est super fiers d’être citoyens d’un pays pareil, un pays à la fois cool et évolué comme ça, c’est quand même pas mal, non ?

La société française selon Matrix

Ce principe de réalité commune et partagée est celui de la matrice du film Matrix : si tu ne sais pas que tu rêves, comment faire la différence entre le rêve et la réalité ? Le système français, puisque nous parlons de lui, est exactement comme la matrice : il reproduit toutes les apparences d’une réalité objective qui nous est offerte et vendue comme telle. Si tu te contentes de regarder les apparences du système français, si tu écoutes ceux qui l’entretiennent, s’en nourrissent, en font la promotion, ce système  représente une réalité formidable que tu es prête à défendre bec et ongle, parce qu’elle est formidable. Le système est plein de défauts, contient des affaires, de la corruption, qu’on ne manque pas de te faire connaître (un peu), puisque rien n’est parfait, mais justement, c’est parce qu’on te laisse accéder à ces défauts que ce système et cette réalité sont formidables : ils te laissent voir les coulisses et t’indigner de ce qu’il s’y passe. Tu ne te sens pas manipulé, ni dans une réalité fabriquée. C’est donc que c’est la réalité. Apparemment.

Mais imaginons qu’on te donne la possibilité de prendre au choix une pilule bleue ou une rouge, comme dans Matrix. La bleue, pour rester dans cette réalité formidable où tu as accès (un peu) aux coulisses mais qui reste quand même formidable, et une autre, la pilule rouge, pour sortir de la matrice et voir la réalité brute, le vrai monde, sans les apparences.

Si tu prends la bleue, il ne se passe rien de plus qu’aujourd’hui : il y a une crise économique mondiale, des partis politiques opposés qui luttent pour gagner une élection, un système économique et social en péril, enfin bon, la routine quoi. Tu hésites à aller voter, mais quand même, la citoyenneté faut pas déconner, c’est un des derniers trucs qu’il te reste pour te sentir un peu acteur de la vaste machine qui t’entoure. Et puis tu as des convictions. Tu « penses le monde et sa marche », tu as même certainement des idées sur comment-qu’il-faudrait-faire-pour-sortir-du-bourbier-dans-lequel-on-est-enlisés. Maintenant, mettons que tu ne prennes pas la bleue et que tu prennes la rouge, celle qui fait sortir de la matrice et qui te propulse dans la réalité. La vraie. La réalité brut de décoffrage. Hors du logiciel quoi.

Avec la pilule rouge : ben au fond, je préférais la matrice…

Ce que dit une partie des chercheurs (en politique, sociologie, histoire) est le centre de la problématique du monde moderne. Un monde totalement différent qui s’offre à la vue de celui qui a pris la pilule rouge. Ce monde est celui de l’oligarchie. Dans ce monde, qui ressemble un peu au monde des apparences que l’on connaît, celui de la matrice, il n’y a pas de crise financière ou économiquevéritable. Les ultra-riches qui composent la super-classe dominante (et qui dirige l’oligarchie planétaire), au lieu de souffrir de la crise financière, se sont au contraire enrichis et continuent de le faire allégrement. Dans ce monde, les élections n’ont aucun enjeu véritable : les entreprises de sondages qui appartiennent à l’oligarchie entraînent les foules à voter pour des politiciens mesurés (des acteurs mineurs de l’oligarchie), qui savent composer avec les véritables acteurs majeurs de cette oligarchie qui détient à elle seule 90% des outils de production de richesse du pays.

Dans ce monde réel, décrit par ces chercheurs, la liberté d’expression a été remplacée par la liberté d’opinion (qui ne dérange pas du tout l’oligarchie), et la presse, rachetée par l’oligarchie à 80% simule les débats d’idées et les oppositions politiques entièrement composées sur une partition oligarchique.

L’oligarchie n’a pas besoin de convaincre d’aller dans un sens plutôt que dans un autre puisque ceux qui font sa promotion sont les premiers à en recevoir les bénéfices, fussent-ils minimes : les journalistes des médias appartenant aux multinationales de l’oligarchie savent qu’ils ne peuvent pas aller ailleurs que dans les chemins balisés par leurs patrons, chemins qui plus est, qui les laissent même porter la critique, dénoncer des errements, des malversations, suivre une éthique.Sachant que leur statut, leur salaire à ces acteurs du « quatrième pouvoir » (factice) sont dépendants de leur bonne « tenue de route ». Et puis, parmi les journalistes, nombreux sont ceux qui prennent la petite pilule bleue tous les matins. On n’est jamais trop prudent…

L’oligarchie est composée d’une petite poignée d’hommes d’affaires à la tête de méta-entreprises internationales : leurs chiffres d’affaire à ces méta-entreprises sont supérieurs aux PIB de nombreux pays européens. Ces hommes à leur tête peuvent à tout moment frapper à la porte de n’importe quel chef d’Etat de la planète pour y être reçus, écoutés. Ils tiennent entre leurs mains le sort de millions d’individus : par les conflits qu’ils peuvent déclencher (dans le cadre de l’énergie par exemple), ou des modifications économiques, sociales qu’ils peuvent imprimer à des pays entiers. Ils influencent le destin de l’humanité puisqu’ils sont ceux qui détiennent la quasi totalité des richesses mondiales. Nous savons donc que leur pouvoir est total et qu’ils sont les véritables dirigeants de la planète. Mais nous ne le savons véritablement et seulement que si nous avons pris la pilule rouge.

 Welcome to the real world

C’est un monde angoissant que celui du « real world ». Déprimant. Comme celui de Matrix. C’est vrai. Alors pourquoi, me direz-vous, en parler, de ce « real world des oligarques tout-puissants » ? Pourquoi inciter à prendre la pilule rouge pour sortir du monde formidable de la pilule bleue, celui de la matrice, monde dans lequel nous avons des semblants de libertés et de pouvoir de résistance, des élections où l’on « élit des gens qui vont faire changer les choses » ? Parce que pour tenter de changer le monde tel qu’il est véritablement un tant soit peu il faut commencer par sortir du monde-matrice dans lequel nous sommes enfermés. Il n’est pas possible de lutter contre quelque chose qui n’a pas d’existence avérée. Et puis la liberté n’est possible qu’en toute conscience, sinon elle n’est qu’un leurre de liberté, un faux-semblant.

Bien. Mais pour autant, à quoi bon faire tout ça et em****** le monde avec des réalités dérangeantes qui vont mettre en cause des croyances, des convictions, hein ? A Reflets, on y gagne quoi de laisser dire des choses pareilles ? Rien. Strictement rien. Justement : c’est parce qu’il n’y a rien à gagner que la possibilité de dire la réalité est possible ici-même, à Reflets.

Maintenant, chacun est libre de faire ce qu’il veut de ce constat, mais ce qui reste certain, c’est que le changement dans un « sens meilleur » de la société ne passe pas par une analyse de celle-ci basée sur la matrice, c’est-à-dire sur les apparences de la réalité. Et que là où il faut porter des coups, ce n’est pas au sein des partis politiques ou des « responsables » déclarés mais au sein même de l’oligarchie : les petites mains de l’oligarchie, les représentants des grandes formations politiques ne servent qu’à une seule chose, entretenir l’illusion. Alors comment aider à sortir de la matrice ? En déclarant haut et fort la réalité. Parce que plus les oligarques sont pointés du doigt, plus ils sont démasqués comme tels, plus leur monde et leurs actions sont rendus visibles, plus leur pouvoir s’affaiblit, à ces oligarques. Parce qu’ils ont besoin de la matrice et de l’illusion qu’elle entretient pour pouvoir s’empiffrer dans le « real world ». Si l’illusion s’écroule, le vrai monde sera peut-être bien rendu à ceux qui se sont fait piéger dans l’autre, celui de la matrice, ce logiciel formidable où toutes les apparences sont si bien restituées…qu’on pourrait presque croire qu’il est réel.

 

Source: reflets-info

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