Wikistrike

Wikistrike

Rien ni personne n'est supérieur à la vérité

Patrick X, particularité : A vécu 27 ans dans une grotte

Publié par wikistrike.over-blog.com sur 2 Mai 2011, 12:31pm

Catégories : #Insolite - étrange et bêtise humaine

Des années après, ils réapparaissent
Disparus volontaires, ils étaient morts pour tout le monde. Pour leur famille, pour la société. Mais ils ont brusquement réapparu.

4404895696 69e2b150a8«Par jugement rendu par la chambre du conseil du tribunal de grande instance de Clermont-Ferrand, le tribunal prononce l'annulation du jugement [...] ayant déclaré l'absence de Patrick X, dont la dernière résidence connue était à l'Homède, 63270 Sallèdes. Vu au parquet ».

C'était le 31 mai dernier. Une annonce légale, pas comme les autres, était publiée dans La Montagne. La face cachée d'une histoire incroyable et dramatique. Celle de Patrick, un Clermontois, parti sans se retourner, sans dire pourquoi, à l'âge de 25 ans.

        Cas extrême 

Au fil des années, sa famille l'a cru mort. Comme la Justice qui a déclaré, faute de nouvelles et suivant une procédure très spécifique, son absence, soit sa mort juridique en 2003. Mais en 2009, Patrick a réapparu, aussi brusquement qu'il a disparu, complètement désocialisé par vingt-sept années d'errances dont une grande partie, reclus dans une grotte dans la Drôme.

 « Un cas extrême de disparition volontaire », reconnaît Michel Berthon, le vice-procureur du tribunal de grande instance de Clermont-Ferrand qui a suivi le dossier de cet ermite revenu au monde. « Dès que j'ai su qu'il était de retour et qu'il était la bonne personne, j'ai saisi le tribunal pour annuler son absence afin qu'il recouvre une existence juridique ». C'est le troisième cas de « résurrection » qu'il traite dans sa carrière. Si chaque année, en France, des milliers de majeurs disparaissent du jour au lendemain de leur plein gré, rares sont ceux qui réapparaissent des décennies plus tard.

        " Il n'est pas interdit de disparaître "

 Michel Berthon se souvient d'une habitante de Saint-Dier-d'Auvergne dans les années 1990 qui a plaqué, sans crier gare, mari et enfants. Juridiquement décédée en novembre 2004, elle a écrit au Parquet pour expliquer qu'elle vivait aux États-Unis dans l'Oklahoma. Pourquoi ? Comment ? Avec qui ?

 « C'est la sphère du privé. Cela ne nous regarde pas. En France, il n'est pas interdit de disparaître lorsque l'on est adulte. Nous ne recherchons activement que les mineurs. Pour les majeurs, il faut que la disparition soit inquiétante ou suspecte pour qu'une enquête judiciaire soit ouverte », explique le vice-procureur qui a également assisté au réveil édifiant d'une habitante de Valenciennes. « Trente ans après sa disparition et deux ans après avoir déclaré son absence, nous avons appris qu'elle se trouvait dans une maison de retraite dans le nord de la France ! »

 Quant à Patrick, alors qu'il était mort sur les papiers, il a réussi à obtenir le revenu minimum d'insertion, l'allocation pour adulte handicapé et une carte bancaire dans la Drôme. Preuve que l'on peut disparaître de la circulation, être défunt aux yeux de l'État et toucher, sans changer d'identité, des prestations sociales !

        Problèmes psychologiques

En ce XXIe siècle où nous sommes tous fliqués, tracés, géolocalisés, « c'est surprenant », admet le vice-procureur qui déplore le manque de communication entre les administrations d'un département à l'autre. « S'ils avaient demandé un acte de naissance, ils auraient vu en marge la mention "absent" ». 

Pour lui, « chaque disparition volontaire cache une rupture, des problèmes psychologiques ». Un médecin-psychiatre confirme : « Excepté les escrocs ou les criminels qui ont intérêt à se faire oublier, disparaître délibérément dissimule un mal-être, sinon une pathologie mentale ».

 

Il a vécu 27 ans dans une grotte

Juridiquement mort dans le Puy-de-Dôme, Patrick mangeait des racines, reclus dans une grotte. Il a réapparu après vingt-sept ans d'absence.

 

«Y'a pas plus ordinaire ». Patrick ne comprend pas qu'on s'intéresse à sa « disparition ». La première fois, il refuse une rencontre. La deuxième fois, il accepte mais par téléphone. À part le psychiatre, les infirmières et les assistantes sociales, ce Clermontois ne veut voir personne depuis sa « réapparition » il y a un an sur le quai de la gare.

S'il sort de son logement social, c'est pour l'administratif, les soins psychiatriques. Dans ce cas exceptionnel, il prend un taxi, « beaucoup moins stressant que le bus ». Autrement, il vit reclus, terré, « à l'écart des sociétés qui se fient aux apparences ». Ceux qui ne l'ont jamais vu le fantasment en illuminé, forcément. Ceux qui l'ont vu sont hallucinés par son chemin.

Cet enfant de l'assistance publique, « canard boiteux d'une famille très pauvre », a volontairement disparu à l'âge de 25 ans. « Comme des milliers de Français », il a voulu couper les ponts avec sa famille, « foutre le camp du Puy-de-Dôme ». Un droit, une liberté. Une question de survie. Il s'est d'abord évanoui en Inde près de Pondichéry où il a plongé dans la Bhagavad-Gîta, la Bible indienne, puis il s'est retiré vingt-sept ans dans la Drôme, à deux heures de Clermont.

Durant toutes ces années, il a laissé ses proches sans nouvelles pour vivre, pieds nus, dans une grotte à la Roche-sur-le-Buis, près de Valence. L'État, après de vaines recherches dans l'intérêt des familles, l'a déclaré « absent », en septembre 2003 au terme d'une procédure judiciaire, entamée vingt ans plus tôt.

Il était donc juridiquement décédé quand en 2009, il a frappé à la porte d'une association clermontoise avec son baluchon et ses « dreadlocks ». Complètement désocialisé, marginalisé, perturbé.

Dans sa caverne qui surplombe les 300 âmes de la Roche, cet agoraphobe, persuadé d'avoir le nez tordu, avait trouvé son « au-delà » près d'un chemin de randonnée. Il avait aménagé sa petite maison, bouché les trous, mis un poêle, conçu une porte en plastique, pris en affection une ribambelle de chats.

1554-RECTO.JPG« Là-haut, il y a un ermite », disait-on au village. Comme beaucoup de parents, Delphine, la patronne de la Terrasse, le bistrot de la place, n'envoyait pas ses enfants jouer près de la grotte. Jusqu'à ce qu'elle rencontre le « phénomène, un type sympa mais associable » : « Il s'était amouraché d'une copine qui avait réussi à le faire sortir et à lui mettre des baskets ».

Dominique, qui habite une des maisons sous la grotte, lui portait des conserves, des légumes. « À la campagne, c'est comme ça, on s'entraide », explique cette assistante maternelle, ravie d'avoir des nouvelles.

Comme le maire, Michel Grégoire, elle se demandait ce qu'était devenu Patrick depuis sa disparition il y a un an. C'est elle qui a multiplié les démarches pour qu'il touche le RMI et la Cotorep. C'est elle qui lui retirait des sous sur son compte bancaire avec sa procuration.

À la Roche, personne ne savait qu'il était un disparu. Dominique tombe des nues : « C'est dingue ! Il a eu le RMI alors qu'il était mort ? ». Des originaux, elle et Jimmy, son mari, agriculteur, en ont vu passer. Dans cette région reculée, « on est tolérant », Patrick avait l'accord de la commune et du propriétaire de la grotte pour vivre sa vie d'anachorète.

Il se nourrissait de racines et de spiritualité, lisait « des trucs hindous, chinois, catholiques, mystiques? ». Il lui arrivait aussi de travailler, de faire les saisons, les cerises, les abricots, de partir en vadrouille dans le sud de la France mais il revenait toujours dans sa grotte.

Un matin, il a définitivement disparu du paysage. Sans prévenir. Comme vingt-sept ans plus tôt. Il a pris le train pour Clermont-Ferrand : « un voyage atroce, tout le monde me dévisageait ». Une réapparition « choc » pour ses trois frères et sa soeur.

André est bouleversé. Il n'a pas été avisé de son retour, découvre, incrédule, la nouvelle, pleure le bonheur de le savoir vivant : « Il va pouvoir toucher sa part, le petit héritage laissé par nos parents ». Accuse le coup : « Il a vraiment vécu comme un sauvage dans une grotte ? ». Culpabilise : « S'il est parti, c'est à cause de notre enfance ! On est des gosses de l'assistance publique, notre père était violent, notre mère, alcoolique ».

Patrick refuse de se manifester, se sent « étranger » avec les siens. À 52 ans, son retour à la civilisation s'annonce difficile et progressif. Il en est conscient, « rêve d'absence » depuis que la justice a annulé son absence.

C'est « un flash, un rêve un peu enfantin », qui l'a sorti de sa grotte : « Je renouais avec Lucette, une fille que j'avais aimée durant ma jeunesse à Clermont-Ferrand ». Patrick l'a retrouvée grâce à Internet mais elle ne se souvient pas de cet électricien de métier, « toujours malchanceux avec les femmes ».

Commenter cet article

Ferran 07/07/2011 12:45



Vraiment, une histoire interessante...



Archives

Articles récents