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Pour l'économiste Philippe Dessertine : "Sauver l'euro, c'est éviter une guerre mondiale"…Y croyez-vous ?

Publié par wikistrike.com sur 7 Décembre 2011, 11:46am

Catégories : #Economie

 

Pour l'économiste Philippe Dessertine : "Sauver l'euro, c'est éviter une guerre mondiale"…Y croyez-vous ?

 

Les 8 et 9 décembre, un nouveau sommet européen est prévu. Mais selon Philippe Dessertine, un économiste iconoclaste, l'enjeu dépasse les plans de rigueur jusqu'ici adoptés. Il faut, selon lui, réduire considérablement notre dette et surtout créer un modèle alternatif qui sorte de "la croissance à tout crin" en prenant en compte les défis écologiques.


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© Daniel Roland / AFP

 

Sortir de l'urgence. Donner un nouveau souffle à l'Union et rassurer les marchés. Telle est la triple gageure que doivent relever les Européens réunis en sommet les 8 et 9 décembre. Alors que l'agence de notation Standard&Poor's a placé 15 pays de l'eurozone sous surveillance, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy tentent de remodeler le visage de l'Europe et de contraindre ses membres à plus de discipline budgétaire. Économiste, professeur à l'université de Nanterre et directeur de l'Institut de haute finance, Philippe Dessertine publie La décompression (éditions Anne Carrière, 20€). Une analyse sans concession de la crise assortie de solutions salutaires.

Le sommet du 8 décembre marque-t-il un tournant dans la gestion de la crise?

Philippe Dessertine : Tous les dirigeants européens mesurent aujourd'hui que la gravité de la crise est telle que les mesures ponctuelles qui ont été prises jusque-là ne suffisent pas. Il faut aller plus loin et s'attaquer au fond du problème. A savoir, reprendre la main sur une dette évoluant hors de contrôle et restaurer durablement la confiance. Au risque sinon, en multipliant les sommets, de ne même plus parvenir à trouver des solutions d'urgence et de voir la zone euro éclater.

Justement, en choisissant de réviser les traités, les Européens ne sortent-ils pas du court terme pour s'attaquer plus profondément au problème?

Compte tenu de leurs réflexes politiques traditionnels, la plupart des pays européens ne peuvent pas se sortir seuls de la situation d'endettement incontrôlable dans laquelle ils se trouvent. Pour y parvenir, il faut une réponse forte, qui soit supérieure aux réponses individuelles de chacun des Etats. Il faut pour cela jouer la carte européenne et miser sur l'atout allemand. L'Allemagne est, en effet, et de très loin, l'économie la plus saine d'Europe et même d'Occident. Seule une association durable avec l'Allemagne peut atténuer la pression et restaurer la confiance. Mais une telle alliance implique que les Allemands acceptent un sacrifice unilatéral -qui se traduira par des taux d'intérêt plus élevés- au nom de l'Europe et d'une vision stratégique à long terme. Quand les pays qui demandent son aide pour pouvoir emprunter sur les marchés sont dans la satisfaction d'un besoin à court terme. Il y a là une véritable asymétrie. Pour que ce pacte européen soit crédible, que les investisseurs étrangers ne craignent pas que l'Allemagne soit entrainée au fond du gouffre par ses partenaires, que la population germanique accepte ce sacrifice, il faut que les pays européens, et en particulier la France, consentent des efforts beaucoup plus importants.

La France doit donc se montrer exemplaire et adopter un véritable plan de rigueur?

Les décideurs français ne semblent pas, aujourd'hui, avoir pris la mesure du problème. Il faut regarder la dette en face et s'y attaquer sérieusement. Ne pas se contenter d'une augmentation de la TVA sur les sodas, à droite, ou prévoir, à gauche, d'embaucher 60 000 personnes dans l'éducation nationale tout en promettant de réduire les déficits. L'Europe a besoin de deux locomotives. La France ne peut pas se permettre d'être un wagon supplémentaire car alors la locomotive allemande ne pourrait plus rien tirer. Il faut que les Français prennent conscience de l'enjeu et des efforts à accomplir avant que le train ne déraille.

Il serait trop dangereux de laisser la zone euro exploser?

Envisager la disparition de l'euro c'est envisager une guerre mondiale. Si l'euro explose, il n'y a plus de commerce mondial, plus d'économie mondiale, plus de pays émergents... Se pose alors immédiatement la question de l'approvisionnement en matières premières : énergie, céréales, eau, pétrole... Avec la mise en place d'une logique de guerre pour accéder à ces ressources. Il n'y a aujourd'hui pas d'autre option que de sauver l'euro et les dirigeants économiques mondiaux l'ont bien compris. C'est pour cette raison que les six grandes banques centrales ont récemment signé un accord pour alimenter les banques européennes en dollars.

La crise financière peut aussi être vue comme une opportunité, écrivez-vous, qui nous contraint à revoir notre modèle économique au moment où nous sommes confrontés au défi écologique.

La crise nous oblige à rembourser notre dette et à nous serrer la ceinture. Mais, au fond, est-ce une mauvaise chose? Je pense, au contraire, que c'est une chance inouïe, l'occasion de remettre en question notre modèle de développement. La croissance à tout crin, l'adoption du modèle occidental par tous les pays du monde mène, de façon certaine, à une impasse écologique. La crise de la dette invite les pays occidentaux à bâtir en accéléré un modèle alternatif, en s'appuyant sur le formidable gisement d'innovation des nouvelles technologies. Une autre vie est en gestation, une vie qui nous permettra de « décompresser », de sortir de la pression de la dette, de la croissance, de l'hyper-consommation, de l'énergie... qui nous conduisent dans le mur. C'est un espoir pour les jeunes générations. Et une vraie responsabilité pour les politiques qui doivent être capables de donner l'élan nécessaire à ce changement.

Christine Monin

Source : lavie.fr

 

 

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