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Qualité de l'air intérieur : l'inconscience chimique" du personnel hospitalier

Publié par wikistrike.over-blog.com sur 27 Octobre 2011, 09:16am

Catégories : #Santé - psychologie

Qualité de l'air intérieur :L'"inconscience chimique" du personnel hospitalier

 

hopital1.jpgL'impact sur la santé des agents d'un contact quotidien avec des substances toxiques restent trop souvent minorées par les pouvoirs publics comme au sein même de l'hôpital. Outre un éveil des consciences, cela implique une refonte des stratégies architecturales et des politiques d'achats.

 
"Rendre visible un risque invisible"

 

L'hôpital s'avère, avec la crèche, l'un des deux espaces publics où la qualité de l'air intérieur est la plus mauvaise. Renforcement de la lutte contre les infections nosocomiales oblige, le personnel hospitalier, tant soignant que technique et d'entretien, se retrouve quotidiennement exposé à nombre de substances toxiques présentes dans les agents désinfectants et nettoyants. Or, comme l'atteste une enquête conduite par Primum Non Nocere, agence de conseil en développement durable et santé, ces derniers sous-estiment leur niveau d'exposition aux ammoniums quaternaires (-46,7%), à l'alcool (-27,5%), à l'ammoniaque (-10,9%), au formaldéhyde (-4,7%) et aux agents chlorés (-3,4%). Devant cette "dangereuse inconscience chimique", pour citer Olivier Toma, à la tête de l'agence, seuls deux expositions sont à l'inverse quelque peu surestimées : les gants en latex (+9,4%) et les sprays (+4,1%). Proche de zéro, le degré de sensibilisation des agents traduit une profonde résignation face au risque qu'ils encourent au contact de ces substances toxiques, estime le responsable, situation renforcée par l'absence de mainmise dont ils disposent en amont sur l'achat de ces produits, géré de plus en plus souvent en externe via des centrales d'achat.

Fin 2010, à la suite d'une première campagne de mesures du taux de Composés organiques volatiles (COV) dans une dizaine d'établissements hospitalier, un plan d'action a été initié, sous l'égide de l'agence de conseil, tant sur les achats, la conception du bâtiment que les produits d'entretien. Une formation du personnel au risque chimique, pointant clairement leur risque pour la santé (asthme, cancer...)*, a également été menée, tout comme la nécessité, quotidienne, de disposer d'équipements de protection tels gants, masques et lunettes. La lecture des Fiches de données de sécurité (FDS), qui précisent les modalités de stockage, d'utilisation et de traitement en fin de vie des produits utilisés à l'hôpital, est ainsi poussée de l'avant. Une deuxième série de prélèvements est actuellement menée. Il s'agit avant tout de "rendre visible un risque invisible", souligne Olivier Toma. Comme l'ont montré ses récents travaux, une quantité importante de chambres ne disposent pas de système de traitement de l'air en dehors de la seule salle de bain. Et quand ils existent, ils sont le plus souvent en panne ou sous-dimensionnés. De même, de nombreux services disposent de produits non bouchonnés ou à l'ouverture inadaptée, engendrant des transvasements permanents et, de fait, une évaporation continue des vapeurs toxiques.

Aucune obligation de mesurer les COV avant 2022

À entendre le responsable de Primum Non Nocere, tous les services hospitaliers sont exposés aux COV, seul les blocs opératoires l'étant dans une moindre mesure. Et l'"inconscience chimique" du personnel n'est pas ici seule en cause. Olivier Toma pointe avant tout l'absence de stratégie architecturale hospitalière sur le sujet, aboutissant à privilégier encore aujourd'hui des matériaux fortement émissifs. Pour autant, peintures et mobiliers sont étiquetés en taux de COV, des portes coupe-feu sans formaldéhyde existe également, tout comme des procédés vapeur en produits d'entretien. "Cela implique une politique d'achat extrêmement rigoureuse qui n'est pas plus chère au départ, ajoute l'intéressé. En travaillant en amont sur l'extraction de l'air, cela permet d'éviter des erreurs stratégiques qui auront un impact économique, écologique et sanitaire." Toutefois, passées les belles intentions du Grenelle de l'environnement, les décrets d'application qui résultent aujourd'hui des débats douchent plus d'un optimisme. "Les hôpitaux ne seront obligé de mesurer leur taux de COV qu'en 2022 ! Nous sommes pourtant au même niveau d'exposition et sur la même problématique que l'amiante. Mais il existe une quantité de lobbies qui s'investissent pour reculer les échéances", déplore le responsable.

Thomas Quéguiner

* Le formaldéhyde, encore appelé méthanal ou aldéhyde formique, est classé cancérogène groupe 1 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Le carcinome du nasopharynx qu'il provoque est indemnisé au titre des maladies professionnelles. Le tableau n°43 bis "affections provoquées par l'aldéhyde formique" a été créé par le décret n°2009-56 du 15 janvier 2009.

Les infirmiers exposés aux médicaments toxiques des chimiothérapies

Publiée courant août dans le British medical journal (BMJ), une étude (en anglais, payante) menée par l'Université du Michigan Comprehensive Cancer Center conclut que 17% des infirmiers du secteur ambulatoire ont subi une exposition accidentelle de la peau ou des yeux aux médicaments toxiques des chimiothérapies sur avril-juin 2010. Les auteurs préconisent de mettre en place des mesures pour renforcer la sécurité des soignants qui manipulent ces médicaments hautement toxiques (port de blouses, gants et autres vêtements de protection) et d'éviter le plus possible l'exercice en solo.

T.Q.

 

Source : hospitamedia

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