Wikistrike

Wikistrike

Rien ni personne n'est supérieur à la vérité

Retour sur la Terreur qui conduisit au génocide vendéen

Publié par wikistrike.over-blog.com sur 2 Novembre 2011, 18:25pm

Catégories : #Culture - médias - Livres - expos - rencontres

 

Retour sur la Terreur 
qui conduisit au génocide vendéen

 

Vingt-cinq ans après la publication de son livre, Le Génocide franco-français : la Vendée-Vengé, Reynald Secher, démontre, preuves à l'appui, que le génocide de la Vendée a bien été conçu, voté et mis en œuvre personnellement par les membres du Comité de salut public et par la Convention. Extraits de "Vendée : du génocide au mémoricide"


 Robespierre.PNG

 

Il est toujours extrêmement difficile et délicat en France de parler de la Révolution de 1789 sans déchaîner les passions. Pourtant, dans l’histoire de l’Europe contemporaine, c’est elle qui, la première, a fait passer dans la réalité l’idée du meurtre de masse et sa justification dans un système construit à cet effet.

D’emblée, les tenants du pouvoir révolutionnaire ont une approche catégorielle de la population française et la divisent en deux groupes : les révolutionnaires et les contre-révolutionnaires, selon le principe du « avec moi ou contre moi ». Robespierre affine cette distinction et identifie quatre grands groupes d’individus : les ultra-révolutionnaires, les purs révolutionnaires – ceux de la majorité morale, modérés et indulgents –, les « citra » et les contre-révolutionnaires, ces derniers étant de facto considérés comme idéologiquement irrécupérables et dangereux pour le devenir de la Nation. La dictature qu’il instaure systématise cette vision intellectuelle et, en ce sens,Robespierre est le premier des dictateurs à faire passer la ligne de partage entre le bien et le mal, non plus à l’intérieur du cœur de chaque homme, mais entre les hommes. Dès lors, le détenteur de la vérité et du bien se doit d’éliminer l’autre qui incarne le mal et qui est, par nature, irrécupérable d’autant qu’il ne peut changer :

La terreur n’est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible ; elle est donc une émanation de la vertu ; elle est moins un principe particulier qu’une conséquence du principe général de la démocratie appliquée aux plus pressants besoins de la patrie[1].

En clair, il ne peut y avoir de rédemption d’où les slogans : « Point de salut pour les ennemis de la liberté », « La liberté ou la mort ». Il faut donc « régénérer », « humaniser », « républicaniser » le peuple selon le principe qu’il faut créer « l’homme nouveau » – l’expression est aussi d’époque – selon un modèle idéal. Le Conventionnel Jean-Baptiste Carrier[2] ne dit rien d’autre lorsqu’il déclare : « Nous ferons un cimetière de la France plutôt que de ne pas la régénérer à notre manière et de manquer le but que nous nous sommes proposé[3]. »

L’historien Hippolyte Taine, dans Les Origines de la France contemporaine, explicite avec intelligence les finalités de cette ambition des Conventionnels : « En quoi consistait cette régénération de l’homme. [...]. La tâche était double : il fallait démolir puis construire en dégageant d’abord l’homme naturel pour édifier ensuite l’homme social[4]. »

L’entreprise est immense. Billaud-Varenne déclare :

Il faut [...] recréer en quelque sorte le peuple qu’on veut rendre à la liberté puisqu’il faut détruire d’anciens préjugés, changer d’antiques habitudes, perfectionner des affections dépravées, restreindre les besoins superflus, extirper des vices invétérés[5].

L’œuvre est sublime car il s’agit de « remplir les vœux de la nature, d’accomplir les desseins de l’humanité, de tenir les promesses de la philosophie », comme l’explique Robespierre :

Nous voulons substituer la morale à l’égoïsme, la probité à l’honneur, les principes aux usages, les devoirs aux bienséances, l’empire de la raison à la tyrannie de la mode, le mépris du vice au mépris du malheur, la fierté à l’insolence, la grandeur d’âme à la vanité, l’amour de la gloire à l’amour de l’argent, les bonnes gens à la bonne compagnie, le mérite à l’intrigue, le génie au bel esprit, le charme du bonheur aux ennuis de la volupté, la grandeur de l’homme à la petitesse des grands, un peuple magnanime, puissant, heureux à un peuple aimable, frivole et misérable, c’est-à-dire toutes les vertus et tous les miracles de la République à tous les vices et à tous les ridicules de la monarchie[6].

L’objectif doit être atteint quel qu’en soit le prix humain pour la France, car les révolutionnaires travaillent pour les générations futures au risque de sacrifier leur vie : « Ce que j’ai fait dans le midi, dit Baudot, je le ferai dans le sud. Je les rendrai patriotes, ou ils mourront ou je mourrai[7]. »

_________________________________________

 


[1] Maximilien DE ROBESPIERRE, Discours et rapports a` la Convention, Paris, E ́ d. « 10-18 », 1965. Discours du 5 février 1794, p. 222-223.

[2] Jean-Baptiste Carrier (1756-1794) est un des commissaires de la Convention envoyé en mission le 14 août 1793 à Nantes pour réprimer la Vendée. « Ce missionnaire de la Terreur », selon l’expression de Jules Michelet, exhorte à la répression la plus extrême. Ayant demandé son rappel à Paris, il est nommé secrétaire à la Convention et prend part à la chute de Robespierre. Arrêté le 3 septembre 1794, mis en accusation le 27 novembre, il est guillotiné le16 décembre. Son procès a été publié par l’avocat Guillaume- Alexandre TRONSON-DUCOUDRAY (1750-1798) sous le titre : La Loire vengée ou recueil historique des crimes de Carrier et du comité révolutionnaire de Nantes, Paris, an III de la République (coll. « Hervé de Bélizal »). Comte FLEURY, Carrier a` Nantes, p. 454. De ́ position de Lamarié.

[3] G.-A. TRONSON-DUCOUDRAY, La Loire vengée, p. 232.

[4] Hippolyte TAINE, Les Origines de la France contemporaine, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1986, t. II, p. 53.

[5] Jacques-Nicolas Billaud-Varenne (1756-1819). Député montagnard, farouche partisan de la Terreur, membre du Comité de salut public. H. TAINE, Les Origines de la France contemporaine, p. 53, « Rapport a` la Convention sur la théorie du gouvernement démocratique ».

[6] M. DE ROBESPIERRE, Discours et rapport a` la Convention. H. TAINE, Les Origines de la France contemporaine, p. 53.

[7] Marc-Antoine Baudot (1765-1837). Député envoyé en mission dans le sud-ouest et près de l’armée des Pyrénées d’avril 1793 à mars 1794. H. TAINE, Les Origines de la France contemporaine, p. 53.

 

 

Vendée 1793 : mécanique 
d'un crime légal contre l'humanité

 

 

Vingt-cinq ans après la publication de son livre, Le Génocide franco-français : la Vendée-Vengé, Reynald Secher, démontre, preuves à l'appui, que le génocide de la Vendée a bien été conçu, voté et mis en œuvre personnellement par les membres du Comité de salut public et par la Convention. Extraits de "Vendée : du génocide au mémoricide"


 mort-du-general-Moulin.PNG

 

L’enjeu du procès de Nuremberg a été d’établir la distinction entre les bourreaux et les victimes, condition fondamentale pour établir la justice et entamer un processus mémoriel. Cette tâche a été facilitée par le fait que les victimes étaient du côté de la victoire, le vainqueur jugeant le vaincu par rapport à un concept simple, évident et partagé par tous : le Bien et le Mal. La Vendée s’est trouvée dans une situation inverse : les bourreaux étaient les vainqueurs et conservaient le pouvoir, les victimes étaient les vaincus. Cette situation est analogue à celle des Arméniens par rapport à la Turquie, mais les Vendéens ont une spécificité. En effet, contrairement aux Juifs ou aux Arméniens, ils ne constituent ni un peuple ni une ethnie mais un groupe humain habitant un même territoire, la Vendée militaire, dont les ferments d’identité se sont cristallisés dans les événements liés à la guerre civile et au génocide. Dernière caractéristique : les Vendéens n’ont pas eu conscience de la spécificité du crime commis à leur encontre tandis que leurs bourreaux ont tout fait pour empêcher que la vérité éclate et ont mis en place un processus de mémoricide que l’historien doit déconstruire.

Le génocide concerne les morts directs et les survivants. Le mémoricide concerne les descendants et ne s’inscrit donc plus dans les événements contemporains mais dans le temps, même si le point de commencement du mémoricide peut être contemporain des événements, ce qui est le cas pour la Vendée. A l’effroi et l’horreur que l’on retrouve dans tous les génocides, si bien cernés par l’abbé Desbois en Ukraine[1], ont succédé pour la Vendée la manipulation réussie puis l’oubli. En Vendée, pour des raisons évidentes liées à l’analphabétisme et à la disparition des élites, les témoignages écrits de contemporains sont rares. Certains, comme le recteur Pierre-Marie Robin de La Chapelle-Basse-Mer[2], évoquent les événements en quelques mots ; d’autres, comme la marquise de La Rochejaquelein[3] ou le vicomte Walsh[4] rédigent mémoires et témoignages afin de transmettre pour ne jamais oublier. Cependant, ces récits sont parcellaires et ne s’intègrent jamais dans une grande histoire contrairement à ceux des victimes du nazisme ou des Jeunes-Turcs et plus récemment du communisme. Les témoignages sont toujours similaires tant sur le fond que sur la forme et traduisent les mêmes impressions et les mêmes comportements face à une situation analogue.

La distinction entre bourreau et victime est essentielle pour l’élaboration de la mémoire et sa transmission sur le long terme. Une victime est une personne ou une communauté qui souffre ou a souffert des agissements de tiers, que ce soit d’un individu, d’un groupe ou encore d’un État. En l’occurrence, les Vendéens ont souffert de la volonté de la Convention de les exterminer et d’anéantir leurs biens et leur territoire.

Le mémoricide agit dans le temps et dans l’après-coup du génocide sur les descendants des victimes. Son premier effet est d’empêcher que soient constituées et donc reconnues comme victimes les personnes ayant souffert de quelque manière que ce soit de ce génocide. Pire, pour effacer le génocide, les bourreaux et leurs partisans font disparaître les victimes qui n’existent plus en tant que telles mais réapparaissent sous les traits de coupables puis, en une inversion perverse, sous ceux de bourreaux. Ainsi, en niant l’existence d’une victime et d’un bourreau, le mémoricide nie même l’existence de la victime : pas de victime, pas de crime.Les descendants des Vendéens ne peuvent donc prétendre être des descendants de génocidés et donc faire reconnaître aux yeux de tous le caractère spécifique du crime qu’ils ont subi comme les dommages psychiques que celui-ci entraîne chez eux, encore à l’heure actuelle.

_________________________________________

Extraits de Vendée : du génocide au mémoricide : Mécanique d'un crime légal contre l'humanité, Cerf (octobre 2011)

 

 


[1] Abbé Patrick DESBOIS, Porteur de mémoires, la Shoah par balles, Neuilly-sur-Seine, Michel Lafon, 2007. Afin de lutter contre le négationnisme et l’oubli de quelque 1 500 000 Juifs assassinés en Ukraine par les nazis, l’immense majorité étant morte sous les balles des Einsatzgruppen (unités mobiles de tuerie), il s’attache à trouver les fosses communes. Entre autres, il mène un incroyable collectage auprès des habitants locaux témoins directs ou indirects des évènements.

[2] Recteur Pierre-Marie ROBIN (1748-1805), Registre clandestin, mairie de La Chapelle-Basse-Mer.

[3] Marquise DE LA ROCHEJAQUELEIN, Mémoires de la marquise de Rochejaquelein écrites par elle-même...

[4] Vicomte Joseph-Alexis WALSH, Lettres vendéennes ou correspondances de trois amis en 1823, Paris, A. Egron, 1825.

 

Reynald Secher

picture-6683.pngReynald Secher, docteur ès lettres, écrivain, scénariste, est l'auteur du concept de mémoricide, quatrième crime de génocide.

Il est l'auteur, entre autres, deLa Vendée-Vengé : Le génocide franco-français,Librairie Académique Perrin

 

Source : Atlantico

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Archives

Articles récents