Six révélations-chocs sur le “gouvernement secret” de Wall Street

Une puissante oligarchie financière dirige les Etats-Unis, et par là-même, le monde occidental. Les"bombes intelligentes" (Smart bombs) de Wall Street  permettent à ce groupe restreint d’individus incroyablement riches de garder une emprise financière et mentale sur les populations et les Etats, au travers à la fois de crises financières qu’ils génèrent pour pomper l’argent public, et de médias complices qui décrivent ces crises de manière biaisée en les attribuant à la dette publique . Mais ce qui est le plus insupportable pour l’auteur américain Les Leopold dont nous reproduisons l’article ici, ce sont les sommes faramineuses (plus de 7000 milliards de dollars !) des prêts secrets consentis aux banques sans l’aval d’aucune instance démocratique, et surtout le niveau de connivence entre des représentants de l’État censés défendre les intérêts de ceux qui les ont élus et ce fameux "gouvernement secret" de Wall Street. 

A ce stade, il parait également utile de rappeler les liens qui existent entre les milieux financiers anglo-saxons, ceux des services secrets US , et ceux du trafic mondial de la drogue  pour lesquels l’invasion de l’Afghanistan après le 11 septembre 2001 a signifié un fabuleux enrichissement , organisé et protégé depuis 10 ans par le Pentagone et la CIA. Le tableau d’ensemble fait tout simplement froid dans le dos, et n’est pas sans rappeler le "gouvernement de l’ombre" décrit par un autre auteur canadien, Peter Dale Scott , dont on ne peut que recommander la lecture. Comme l’explique Les Leopold ici, le mouvement "Occupy Wall Streetsi actif fin 2011  avant d’être durement réprimé  avait vu juste, c’est certainement à Wall Street que réside le coeur du problème.

Wall Street, le coeur de la finance mondiale.


Six révélations-chocs sur le “gouvernement secret” de Wall Street

De hauts responsables ont délibérément caché au Congrès et au public la véritable portée des sauvetages financiers de 2008-2009

par Les Leopold(*)sur Alternet.org , le 30 novembre 2011

Traduction GV

Nous disposons désormais de preuves concrètes de l’existence d’un gouvernement secret conduit par Wall Street et par Washington, loin de tout processus démocratique. Suite à une requête faite au titre duFreedom of Information Act (FOIA) par Bloomberg News, le public a désormais accès à plus de 29 000 pages de documents fédéraux, et 21 000 autres concernant des transactions fédérales qui ont été soigneusement cachées, et on comprend mieux pourquoi maintenant. (Voir ici  et ici )

Ces documents mettent en lumière comment de hauts responsables gouvernementaux ont délibérément caché au Congrès et au public la véritable portée des sauvetages financiers de 2008-2009 qui ont permis d’enrichir quelques personnes et d’augmenter les profits des grandes sociétés de Wall Street. Voici ce que nous savons :

  • Le montant total du sauvetage financier secret de Wall Street est de 7 770 milliards de $, c’est-à-dire 10 fois plus que celui du Troubled Asset Relief Program (TARP) de 700 milliards qui avait été voté par le Congrès en 2008.
  • Ces informations sur les fonds secrets du sauvetage n’ont pas été communiquées au Congrès, même quand celui-ci était en train d’ébaucher et de débattre les lois nécessaires pour sauver les grandes banques.
  • Ces fonds secrets, financés en dessous des taux du marché, ont permis aux banques de Wall Street de faire 13 milliards de $ de profits. (Une somme suffisante pour embaucher plus de 325 000 instituteurs.)
  • Les emprunts secrets ont servi à financer des fusions entre banques, et le résultat est que les grandes banques sont devenues encore plus grandes. Cet argent a également permis aux banques d’augmenter leur pouvoir de lobbying.
  • Tandis qu’Henry Paulson (photo ci-contre, secrétaire au Trésor sous George.W.Bush) informait le Congrès et le public que quelques réformes mineures étaient suffisantes pour protéger les banques Fannie Mae et Freddy Mac  de la faillite, il rencontrait en secret les plus importants fonds spéculatifs (Hedge Funds) de Wall Street – et parmi eux certains de ses anciens collègues chez Goldman Sachs – pour les prévenir qu’il allait nationaliser les principales sociétés de crédit – une opération qui aurait pour effet d’annuler pratiquement toute la valeur boursière de ces sociétés. Cette information était extrêmement précieuse puisqu’elle permettait auxHedge funds ainsi prévenus de vendre à découvert les actions de ces deux banques, Fannie Mae et Freddy mac, faisant par là d’immenses profits.
  • Le sénateur démocrate du Delaware, Ted Kaufman, a rappelé que Timothy Geithner, qui dirigeait alors la Réserve fédérale de New York, avait dénoncé les efforts législatifs de Kaufman visant à limiter la taille des banques, en expliquant que le problème était «  trop complexe pour le Congrès et que c’était aux spécialistes des marchés de prendre ces décisions.  » Mais en réalité, Geithner était parfaitement au courant des énormes montants des prêts secrets, tandis que Kaufman n’en avait absolument pas connaissance. Barney Frank, qui rédigeait certains des éléments-clés de la réforme législative sur les banques, n’était pas non plus au courant de ces prêts secrets. En fait, aucun membre du Congrès n’en avait été informé.

Mais alors, qu’est-ce que tout cela signifie ?

1. Les grandes banques et les principaux fonds spéculatifs étaient plus en difficulté que ce que l’on nous a fait croire.

Comme beaucoup d’entre nous le soupçonnaient, toutes les grandes banques étaient à genoux et imploraient de l’aide – en secret – tout en expliquant à leurs investisseurs, au public et au Congrès que tout allait bien. Elles avaient fait un pari, et elles avaient perdu. Selon les principes mêmes du capitalisme, elles auraient dû être démantelées, leur valeur en bourse annulée après faillite, et leurs managers remplacés. L’ensemble du système bancaire aurait dû être réorganisé de haut en bas. Au lieu de cela, ces monstrueuses faillites ont été récompensées.

2. Le gouvernement secret de Wall Street s’est assuré que les plus grandes banques pourraient encore grossir, aidé en cela par les fameux fonds secrets.

Pendant que le Congrès débattait de la législation visant à scinder les grandes banques et réinstituer leGlass Steagall (la séparation entre banques d’investissements risqués et banques commerciales garanties), le gouvernement secret utilisait des fonds publics pour s’agrandir encore plus au travers de fusion-acquisitions. Et puisque le Congrès et le public ne savaient rien de ces financements secrets et de la santé si défaillante de toutes ces banques, le projet de loi fut facilement écarté. Comme le montre malheureusement le graphique ci-dessous, les banques « trop grosses pour faire faillite » (too-big-to-fail) s’agrandirent encore plus.

3. Plus Wall Street s’enrichit, plus elle peut acheter les gouvernements

Cela n’est pas un secret. Le fait que les six plus grandes banques se soient agrandies encore davantage leur a permis de dépenser encore plus d’argent en lobbying pour s’assurer qu’elles ne souffriraient d’aucun impact venant d’une éventuelle réforme législative. Et donc, après que les grandes banques eurent secrètement reçu des centaines de milliards sous forme de prêts, elles augmentèrent les fonds consacrés au lobbying afin de maintenir leur taille et leur pouvoir. Lisez et pleurez… (Read ‘em and weep :…)

4. Le gouvernement secret de Wall Street se protège lui-même.

D’abord, on voit mal pourquoi le Secrétaire au Trésor Paulson, ex-dirigeant de Goldman Sachs, a pris le risque de se rendre à un meeting avec les dirigeants des fonds spéculatifs géants, dont la plupart travaillaient chez Goldman Sachs. Comment se peut-il que le plus haut responsable financier de la nation ose aller avertir l’élite des fonds spéculatifs à propos de la décision imminente du gouvernement de lâcher certaines banques, et cela avant même que le Congrès et le public ne soient prévenus ? Et bien, une réponse possible est qu’il s’est senti obligé d’avertir ses anciens camarades de ces nationalisations plutôt gênantes. Peut-être voulait-il leur éviter de chuter de trop haut s’ils étaient lourdement engagés sur ces marchés. Ou peut-être entendait-il leur fournir une information extrêmement précieuse dont ils pourraient profiter. Mais l’explication la plus profonde, selon moi, est que les hauts responsables du gouvernement secret de Wall Street – PaulsonSummersGeithnerOrszag (l’ex –chef de bureau pour la gestion du budget (OMB) d’Obama qui gagne maintenant des millions de dollars chez Citigroup), etc. sont absolument convaincus que :

  • Les banques de Wall Street sont les meilleures du monde et sont la fleur de l’économie américaine. Elles sont notre avenir.
  • Les banquiers de Wall Street et les dirigeants des fonds spéculatifs sont bien plus intelligents et perspicaces que nous tous. Ils méritent toute notre admiration.
  • Aider Wall Street à grossir et prospérer est exactement la même chose qu’aider les Américains et l’économie tout entière. Ils méritent notre soutien.
  • Les rencontres secrètes destinées à échanger des informations « de l’intérieur (insider information) sont des choses normales à Wall Street. Il n’y a rien de mal à prévenir des amis à propos de décisions politiques à venir qui pourraient impacter leurs profits.
  • Il n’y a rien de mal à offrir des milliers de milliards de dollars sous forme de prêts secrets aux meilleurs et aux plus brillants d’entre nous sans en référer au Congrès.

C’est un cercle vicieux d’auto-justification et d’auto-tromperie : Wall Street est brillante. Ce que fait Wall Street est bon pour le pays. Aider Wall Street profite au pays tout entier. Cacher la vérité à des représentants démocratiquement élus, c’est bon pour le pays, parce que Wall Street est brillante et sait [tout] mieux que personne.

Ces croyances sont profondément ancrées dans la mentalité de Wall Street et de son gouvernement secret, même si c’est Wall Street, et Wall Street seule, qui a plombé l’économie et supprimé 8 millions d’emplois en seulement quelques mois. Brillantissime !

5. Wall Street représente un danger évident et toujours présent pour la démocratie

En général je ne verse pas dans l’alarmisme. En fait, il m’arrive fréquemment de dénoncer les théories de la conspiration simplistes. J’aime à penser que notre démocratie a encore de l’avenir. Mais le crash provoqué par Wall Street et la réponse de notre gouvernement ne cesse de m’inquiéter. Les révélations du Bloomberg News nous apprennent que le gouvernement secret de Wall Street n’a que faire de ce qui reste de notre démocratie. Les élites financières pensent évidemment qu’elles ne peuvent pas se fier au Congrès pour faire les bons choix même lorsqu’il est acheté et payé en sous-main par les banques qu’il est censé réguler. Et que devenons-nous dans tout cela ? Nous sommes juste une masse informe d’illettrés tout juste bons à être manipulés par les médias de masse. Nos esprits également peuvent être achetés et revendus au moyen d’un marketing ad hoc.

Cette arrogance et cette corruption financière sont extrêmement corrosives pour nos valeurs démocratiques. Nombreux sont les Américains [et pas seulement eux – NdT] qui désormais, pour de bonnes raisons, ne font plus confiance à leur gouvernement. Nombreux sont les Américains qui désormais, pour de bonnes raisons, ne votent plus. Nombreux sont les Américains qui désormais, pour de bonnes raisons, pensent que la démocratie telle que nous la connaissons est un leurre. Wall Street n’aurait pas pu écrire un meilleur scénario pour assurer sa domination.

6.  « Occupy Wall Street » est fondamentalement dans le vrai, mais ce n’est pas suffisant.

Les manifestants d’ « Occupy Wall Street  » s’en sont pris aux élites de Wall Street et ont frappé les esprits dans tout le pays avec leur slogan « 1% contre 99% ». Et ce concept perdure et se propage. Mais ce n’est qu’un début. Avant de reconquérir notre pays accaparé par le gouvernement secret de Wall Street, nous devons développer un vaste mouvement parmi les 99%. Bien que nous ayons l’espoir que cela puisse se produire via Twitter et Facebook, nous savons qu’il nous faudra des événements « physiques  » impliquant des millions de personnes.

Pour le moment, personne ne connait la forme que cela prendra. Mais une chose est claire : les immenses concentrations de pouvoir et de richesse n’abandonnent leur pouvoir et leur richesse sans combattre à mort. Le gouvernement secret de Wall Street est fin prêt pour se défendre lui-même, même si cela signifie le renversement de notre démocratie. Les manifestants d’ « Occupy  » ont montré un grand courage dans leur lutte pour reconquérir nos droits démocratiques. Espérons que ce mouvement prendra de l’ampleur…et vite.

Les Leopold

(*) Les Leopold est Directeur exécutif du Labor Institute and Public Health Institute de New York, et auteur de l’ouvrage “The Looting of America : How Wall Street’s Game of Fantasy Finance Destroyed Our Jobs, Pensions, and Prosperity—and What We Can Do About It ” (Chelsea Green, 2009).

 

Traduction GV


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Source: agoravox

Tag(s) : #Economie
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