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Sport : le Qatar roi du sprint

Publié par wikistrike.over-blog.com sur 4 Juin 2011, 12:11pm

Catégories : #Sport - exploit

Le Qatar domine le sport

sprint-athletisme.jpgQu'on ne s'y trompe pas : si quelques dizaines de chameaux hantent toujours le centre-ville à deux pas des souks, c'est dans un XXIe siècle futuriste que s'inscrit le sport au Qatar, avec ici l'Aspire Academy pour toile de fond. (Photos Stephan Gladieu/Le Figaro Magazine)

Coupe du monde de football en 2022, championnats du monde de handball en 2015, sponsoring du FC Barcelone, rachat du Paris-SG, tennis, cyclisme, moto, golf... Découverte de l'incroyable nouvelle vitrine du sport mondial.

Début de l'histoire le 3 septembre 1971, quand le Qatar - 100 km de large et 150 km de long - obtient son indépendance. Deuxième acte fondateur, le 27 juin 1995: Cheikh Hamad Ben Khalifa al-Thani profite d'un séjour de son père en Suisse pour le destituer et prendre le pouvoir. Le monde entier, lui, ne retient qu'une date: le 2 décembre 2010. A Zurich, Sepp Blatter, président de la Fédération internationale de football association (Fifa), annonce que l'organisation de la Coupe du monde de football 2022 est confiée au Qatar. Les Etats-Unis, grands favoris, sont battus !

Le coup de tonnerre était pourtant prévisible.

«C'est le résultat d'une action menée depuis quinze ans, explique Cheikh Saoud Ben Abdulrahman al-Thani, le secrétaire général du Comité olympique du Qatar (COQ). Un résultat logique au vu des ouvertures qui se manifestaient depuis quelque temps: première Coupe du monde sur le continent africain en 2010, premiers Jeux olympiques en Amérique du Sud (Rio) en 2016. Un pays du monde arabe et musulman devait tôt ou tard devenir hôte d'un événement majeur. Notre désignation pour les championnats du monde de handball en 2015? Je peux comprendre le dépit français. Mais sur les 22 championnats du monde déjà organisés, 19 l'ont été en Europe!»

Arrivé au pouvoir, Khalifa al-Thani a pour seul souci de moderniser son pays, de le positionner sur la carte du monde en faisant du sport l'un des vecteurs de ce positionnement avec la diplomatie et la chaîne al-Jezira, la CNN des pays arabes. Le tout financé par les revenus colossaux du gaz (3es réserves mondiales) et du pétrole.

 

Ces maquettes (ci-dessus et ci-dessous) de trois des neuf stades qui seront créés pour la Coupe du monde 2022 montrent bien l'extravagance futuriste des projets. Coquillage entrouvert, stade accessible par la mer et corbeille exotique, de véritables merveilles de technologie pour la plupart... démontables !
Ces maquettes (ci-dessus et ci-dessous) de trois des neuf stades qui seront créés pour la Coupe du monde 2022 montrent bien l'extravagance futuriste des projets. Coquillage entrouvert, stade accessible par la mer et corbeille exotique, de véritables merveilles de technologie pour la plupart... démontables !

 

Début des années 2000, le Qatar devient incontournable : tournois de tennis, de golf, tours cyclistes du Qatar masculin et féminin, Grand Prix moto, puis Jeux asiatiques (2006), championnats du monde d'athlétisme en salle (2010). Sans lésiner sur les moyens. Pour le cyclisme, il fait appel aux organisateurs du Tour de France et à Eddy Merckx. Pour le tennis, il attire les Hingis, Sharapova et Henin. Les clubs de football accueillent les internationaux du monde entier venus achever ici leur carrière. Batistuta hier, Juninho aujourd'hui en passant par les Français Desailly, Dugarry ou Lebœuf. Car le Qatar est fou de foot. Plus de dix chaînes de télévision diffusent 24 heures sur 24 des matchs du monde entier. En décembre 2010, le FC Barcelone, vainqueur samedi dernier de la Ligue des champions, annonce un accord avec la Fondation du Qatar: son logo figurera sur le maillot des joueurs la saison prochaine, une première pour le club catalan. La semaine dernière, c'est le Paris-SG qui est repris par Qatar Investment Authority, pour environ 50 millions d'euros par an sur trois ans, et la Ligue de football professionnel (LFP) française qui cède à al-Jazera, moyennant 195 millions d'euros, la commercialisation du championnat de France dans le monde entier pour la période 2012-2018, aux dépens du groupe Canal+ !

Une passion paradoxale: les soirs de match, les stades de Doha sont quasi déserts. Une vingtaine de personnes en tribune VIP (joli marbre), rassemblées autour du propriétaire, en général un prince, trois ou quatre journalistes et 200 à 300 spectateurs en tribune opposée, dans l'axe des caméras de télévision qui retransmettent le match en direct ! Et dissuadent donc de prendre le chemin du stade...

 

 

C'est la modernité qui a séduit dans la candidature du Qatar. Les maquettes des neuf stades à construire sont de pures merveilles. Et l'obstacle de la chaleur (entre 40 et 45 °C en été) a vite été balayé par une technologie avant-gardiste : réfrigération ventilée et « nuages climatiseurs » (500.000 € l'unité) fonctionnant à l'énergie solaire, placés en stationnaire au-dessus du stade, assureront une température constante de 24° à 25 °C. Enfin, carte maîtresse habilement jouée, celle du développement durable: au coup de sifflet final de la Coupe du monde, ces nouveaux stades, devenus inutiles dans un pays de 800.000 habitants (dont un tiers de nationaux) seront... démontés et offerts à des pays déshérités d'Asie et d'Afrique !

L'Aspire Zone, au sud de Doha, donne l'exacte mesure de la grandeur du projet. C'est le complexe le plus vaste et le plus moderne du monde, réparti sur plus de 200 hectares (sept fois notre mythique Insep rénové du bois de Vincennes). Cœur du dispositif, l'Aspire Academy for Sports Excellence et sonAspire Dome, réalisations futuristes signées par l'architecte français Roger Taillibert. L'académie, ouverte en 1995, est un établissement sports-études ultramoderne (le marbre, encore le marbre) qui accueille jusqu'à 200 élèves de 10 à 18 ans (80% de nationaux, 20 % des pays du Golfe ou de pays musulmans). Affichées dans les couloirs, les neuf valeurs de l'établissement reviennent comme un leitmotiv : autodiscipline, respect, fair-play, responsabilité, travail d'équipe, gestion du temps, volonté. Côté sport, le football est roi. C'est ici que sont formés ceux qui formeront l'équipe nationale en 2022. A leur disposition, sept terrains à l'éclairage digne de la Ligue des champions et aux pelouses d'une qualité à rendre jaloux un jardinier anglais. Chaque semaine, des équipes de club ou nationales sont accueillies tous frais payés (Tottenham et la Nouvelle-Zélande lors de notre passage) pour un stage agrémenté de matchs contre leurs homologues d'âge du Qatar. Contigu à l'académie, l'Aspire Dome, un gigantesque ensemble de salles polyvalent (près de 100.000 m2) avec un terrain de football synthétique pour les périodes de forte chaleur.

Le Qatar a placé la femme au centre de son projet sportif

 

 

L'autre merveille d'Aspire Zone, c'est Aspetar, un centre de médecine sportive et orthopédique unique au monde accrédité en 2008 par la Fifa « centre médical d'excellence ». Sa mission: aider les athlètes à trouver leur plein potentiel. A la tête d'Aspetar, le Pr Saillant, le spécialiste mondial en chirurgie orthopédique et en traumatologie de la Pitié-Salpêtrière, secondé par le radiologue Bernard Roger, de la Clinique des Lilas. Aux manettes de l'établissement, le Dr Hakim Chalabi, l'ancien directeur médical adjoint de la Clinique du sport à Paris, venu en 2007 initier le projet: créer un objet d'excellence basé non pas sur le rendement et la rentabilité mais sur la qualité des soins, avec une approche multidisciplinaire et internationale. Avec carte blanche pour le recrutement, le meilleur à chaque poste comme impératif. Résultat: un casting impressionnant de 500 personnes, médecins du sport, chirurgiens orthopédistes, cardiologues, microbiologistes, chirurgiens-dentistes, psychologues du sport, radiologues, nutritionnistes du sport, entourés d'une escouade de 60 kinésithérapeutes du sport venus du monde entier et qui évoluent dans un monde très high-tech (toujours le marbre !).

On vient à Aspetar du monde entier: footballeurs pour se soigner quelques jours (tout est gratuit), athlètes pour un check-up ou un stage de préparation. Christine Arron, Christophe Lemaitre, Mehdi Baala, Bob Tahri et Teddy Tamgho, entre autres, ont fréquenté l'an dernier l'établissement, dont la moitié des 50 chambres est dotée d'un équipement hyperbare pour simuler un séjour en altitude. Autres bénéficiaires de cet arsenal, les gamins de l'académieAspire, qui constituent un fantastique champ d'expérimentation pour mesurer l'impact de la pratique sportive sur l'évolution des fonctions du cœur, une étude encore inédite chez des enfants. Quant au laboratoire antidopage en construction juste à côté, qui devrait rapidement recevoir son agrément international, il constitue le dernier maillon qui vient compléter cette structure unique au monde.

 

Au premier plan, avec ses toits bleus et son architecture signée Roger Taillibert, l'ensemble dôme et académie de l'Aspire. A gauche, les terrains de football mis à la disposition des 200 étudiants de l'académie.
Au premier plan, avec ses toits bleus et son architecture signée Roger Taillibert, l'ensemble dôme et académie de l'Aspire. A gauche, les terrains de football mis à la disposition des 200 étudiants de l'académie.

 

Toujours sur Aspire Zone, près du Khalifa Stadium, réplique du stade de Wembley à Londres, et du Hamad Aquatic Center (deux bassins olympiques, deux fosses de plongeon), se trouvent le Club des femmes et le Centre spo.tif féminin. L'émir, conscient du rôle éminent des femmes dans le dispositif global, n'a eu qu'à s'appuyer sur la sienne, la charismatique Cheikha Moza, qui mène un combat unique dans le monde arabe sur le triple front de la culture, de l'éducation et du sport. Les responsables sont encore allés chercher à l'étranger les entraîneurs les plus pertinents, comme la handballeuse internationale algérienne Jamila Slimani, qui a fait les beaux jours du club de Nantes, ici en charge de l'équipe nationale féminine. Ou la Chinoise Su Li, venue avec mari et enfants prendre en main les jeunes pousses du tennis de table.

Pour mettre sur les rails son projet sportif, il fallait au Qatar se trouver des « locomotives ». Dans un premier temps, ce fut une politique de naturalisation, incarnée par le Kényan Stephen Cherono devenu Saif Saaeed Shaheen, toujours détenteur du record du monde du 3000 m steeple, démarchage auquel les instances mondiales du sport se sont vite opposées. Un mal pour un bien qui a poussé les Qataris à promouvoir la formation des talents locaux. Celui qui peut aujourd'hui revendiquer le rôle de porte-drapeau, c'est bien Nasser al-Attiyah, vainqueur en 2011 du Dakar. Car le gentleman driver, qui côtoie Sébastien Loeb en WRC, est aussi un habitué des JO (4 participations) dans la discipline du tir : 5e à Sydney en 2000, 4e à Athènes en 2004 (encore médaillé de bronze avant le dernier tir), il espère décrocher enfin une médaille à Londres.

«On nous reproche souvent nos moyens financiers, conclut le secrétaire général du COQ. L'argent, l'émir a préféré l'investir non pas dans des armes ou des projets sans lendemain mais dans le sport, valeur de développement et de rapprochement des peuples la plus partagée au monde. Et qu'est le monde du football aujourd'hui sinon celui de l'argent?»

Le pari du Qatar de sortir de son anonymat est en tout cas gagné. Et le sport mondial s'est trouvé une drôle de vitrine.

Le Figaro

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