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Télépathie : comment expliquer que la personne à qui on pense nous appelle au même moment

Publié par wikistrike.com sur 14 Octobre 2013, 10:52am

Catégories : #Science - technologie - web - recherche

Télépathie : comment expliquer que la personne à qui on pense nous appelle au même moment

 

 

R enchanter la science RupertLe biologiste Rupert Sheldrake revient sur sa théorie de la « résonance morphique » et remet en cause les bases mêmes de la recherche fondamentale. Extrait de Réenchanter la science (1/2) 

Les récits les plus courants à propos de la télépathie concernent, en effet, le téléphone. Des centaines de gens m'ont raconté la même histoire : ils pensaient à quelqu'un sans raison apparente et ont reçu un peu plus tard de cette personne un appel téléphonique inattendu voire surprenant. Autre version : il leur arrive de savoir qui appelle au moment où le téléphone sonne, avant même de décrocher ou de regarder le numéro d'appel. J'ai donné suite à ces récits en menant une série d'enquêtes en Europe, en Amérique du Nord et du Sud. En moyenne, 92 % des gens qui ont répondu disaient avoir déjà pensé à une personne, d'une façon qui leur semblait télépathique, juste avant ou au moment de recevoir son appel. 

Quand je parlais de ce phénomène avec des amis ou des collègues, la plupart admettaient que cela pouvait arriver. Certains le considéraient simplement comme télépathique ou intuitif, d'autres essayaient de l'expliquer « normalement ». Presque tous ces derniers en arrivaient à l'un ou l'autre des arguments suivants - ou aux deux. D'abord, disaient-ils, on pense aux gens fréquemment et parfois, par hasard, quelqu'un appelle au moment où en pense à lui ; on imagine que c'est de la télépathie mais on oublie toutes les fois où on pense à quelqu'un et où personne n'appelle. Ensuite - second argument - , il y a le fait que si vous connaissez bien une personne, votre connaissance de ses habitudes et de son emploi du temps vous permet de savoir quand elle risque d'appeler, même si ce savoir est inconscient. 

J'ai alors cherché dans la littérature scientifique si je pouvais trouver des données ou des comptes rendus d'observation soutenant ces deux arguments. Je n'ai découvert aucune étude, d'aucune sorte, sur le sujet. Les arguments sceptiques standard étaient des allégations sans preuves. En science, cela ne suffit pas pour avancer une hypothèse : celle-ci doit être testée. 

Il me fallait une procédure simple pour tester expérimentalement aussi bien la théorie de la coïncidence que celle de la connaissance inconsciente des habitudes. J'ai recruté des sujets qui disaient savoir souvent qui les appelait avant de répondre au téléphone et je leur ai demandé le nom et le numéro de quatre personnes proches, amis ou membres de leur famille. Les sujets ont été filmés en permanence pendant l'expérience, chacun seul dans une pièce avec un téléphone - évidemment, sans identification des numéros d'appel. Nous avions éteint les ordinateurs quand il y en avait et confisqué le téléphone portable des sujets. Dans une autre pièce, mon assistant ou moi choisissions l'un des quatre numéros au hasard avec un dé, puis contactions la personne en lui demandant d'appeler le sujet dans les deux ou trois prochaines minutes. Quand elle le faisait, le téléphone du sujet sonnait et avant de décrocher, celui-ci devait nommer devant la caméra la personne qui appelait, à son avis, parmi les quatre noms qu'il avait fournis. Le sujet ne pouvait s'appuyer sur les habitudes et routines des uns et des autres, l'heure de l'appel étant choisie par nous au hasard. 

En devinant au hasard, les sujets auraient dû avoir raison une fois sur quatre, soit 25% de réussite. En fait la moyenne des bonnes réponses fut de 45 %, nettement au-dessus du hasard. Aucun des sujets n'a réussi à chaque fois, mais tous sont tombés juste bien plus souvent qu'ils n'auraient dû si la théorie du hasard était vraie. Des tests menés indépendamment l'un de l'autre par les universités de Fribourg en Allemagne et d'Amsterdam en Hollande ont confirmé plus tard ces résultats. 

Pour certains tests, les sujets devaient indiquer, comme individus à contacter pour servir d'« appelant », deux proches et deux personnes inconnues sinon de nom. Leur taux de réussite avec ces appelants non familiers fut proche du niveau attendu du hasard, mais atteignait 52% avec les appelants proches. Cela venait confirmer l'idée que la télépathie se produit davantage entre personnes liées l'une à l'autre qu'entre étrangers. 

Pour d'autres tests, nous avons recruté de jeunes Australiens, Néo-Zélandais et Sud-Africains vivant à Londres, en leur demandant de fournir les noms de deux proches restés au pays et de deux personnes nouvellement rencontrées en Angleterre. Le taux de réussite fut plus fort pour les proches, malgré la distance, que pour les connaissances faites en Angleterre plus récemment, montrant, une fois encore, que la proximité émotionnelle est plus importante que la proximité physique. 

D'autres chercheurs ont également trouvé que la télépathie ne semble pas dépendre de la distance. À première vue cela peut sembler surprenant car la plupart des influences physiques, comme la gravitation ou la lumière, diminuent avec l'éloignement. Mais le phénomène physique le plus comparable à la télépathie est plutôt l'intrication quantique, dite aussi « non-localité quantique », qui ne diminue pas avec l'éloignement. Quand deux particules quantiques ont fait partie d'un même système et s'en sont séparées, elles restent « corrélées » ou « intriquées » de telle sorte qu'un changement de l'une s'accompagne instantanément d'un changement de l'autre. Albert Einstein qualifiait cet effet d'« effrayante action à distance». 

La télépathie a évolué en même temps que les technologies. Maintenant, beaucoup de gens racontent avoir pensé à quelqu'un juste avant d'en recevoir un mail ou un SMS. Des expériences menées à l'aide de ces supports et basées sur le même protocole que précédemment ont également montré des résultats positifs hautement signifiants. Comme dans les tests avec le téléphone, le phénomène se produisait davantage avec des proches et ne diminuait pas malgré la distance physique. La même chose arrivait avec les tests utilisant l'internet. 

J'ignore dans quelle mesure on peut apprendre à être plus sensible à la télépathie mais il existe plusieurs tests automatiques, dont un sur téléphone portable, qui permettent de savoir où on en est soi-même. 

Par télépathie on capte des sentiments, des pensées, des besoins, à distance et à travers l'espace. D'autres phénomènes du même genre sont aussi spatiaux, comme l'impression d'être regardé ou la vision à distance. En revanche, la prémonition, la précognition et les pressentiments concernent des événements reliés au temps et impliquent des liens temporels allant du futur vers le présent. 

Comment nos prémonitions peuvent nous sauver la vie 

Le biologiste Rupert Sheldrake revient sur sa théorie de la « résonance morphique » et remet en cause les bases mêmes de la recherche fondamentale. Extrait de Réenchanter la science (2/2). 

Carole Davies, seize ans, était sur le point de quitter une salle de jeux vidéo londonienne avec quelques amis quand il se mit à tomber des cordes. L'entrée se remplit de passants qui accouraient pour se protéger. Écoutons son récit : « J'étais là, debout, en train de regarder la nuit quand j'ai eu le sentiment d'un danger. J'ai vu devant moi comme une sorte de photo montrant des gens couchés sur le sol, couverts de tuiles et de morceaux de métal. J'ai regardé autour de moi et j'ai réalisé que cela allait arriver là. J'ai commencé à crier aux gens de sortir. Personne ne m'a écoutée. Je me suis précipitée dehors sous la pluie, mes amis m'ont suivie et nous nous sommes abrités un peu plus loin dans un café. Au bout d'un moment nous avons entendu passer des sirènes, elles se sont arrêtées devant la salle de jeux. Nous avons tous couru pour voir ce qui se passait. C'était exactement comme je l'avais vu. On sortait des décombres un homme à qui j'avais hurlé de partir. » 

Pendant une guerre, les gens ont tendance à être plus attentifs au danger - il faut dire qu'il y en a davantage. Charles Bernuth, officier dans la 7e Armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, a pris part à l'invasion de l'Allemagne. Peu après la traversée du Rhin, il roulait de nuit sur une autoroute avec deux autres officiers : « Tout à coup, j'ai entendu une petite voix intérieure. Il y avait un problème sur cette route. Je le savais, c'est tout. J'ai arrêté la Jeep, au milieu des grognements et des protestations des deux autres. J'ai commencé à marcher le long de la route. Au bout de cinquante mètres, j'ai trouvé ce qui n'allait pas : nous allions passer sur un pont, mais le pont n'était plus là ! Il avait sauté et devant moi s'ouvrait un gouffre profond de 25 mètres. » 

Les gens qui ont eu ce genre de prémonitions ont survécu parce qu'ils ont tenu compte de leur sensation d'un danger. 

Ma base de données contient 842 cas de prémonition, précognition ou pressentiment humain. 70% d'entre eux concernent un danger, une catastrophe ou une mort, 25% un événement sans signification particulière et seulement 5% un événement heureux tel que rencontrer son futur époux ou gagner à la loterie. Dangers, morts et catastrophes prédominent. Cela concorde avec les enquêtes menées par la Society for Psychical Research sur des cas bien authentifiés de précognition, dont 60% concernaient des morts ou des accidents. Très peu annonçaient des événements heureux. La plupart des autres étaient sans intérêt ou neutres, bien que certains aient été assez inhabituels. Un exemple? L'épouse de l'évêque anglican de Hereford avait rêvé qu'elle faisait ses prières du matin dans le hall de l'évêché, puis entrait dans la salle à manger et voyait un énorme cochon devant la table du petit déjeuner. Le rêve l'avait amusée et elle l'avait raconté à ses enfants et à leur gouvernante. Juste après en avoir fait le récit, elle était entrée dans la salle à manger et un cochon bien réel - échappé de sa porcherie - se tenait à l'endroit précis dont elle avait rêvé. 

Beaucoup de cas de précognition sont liés au rêve, bien que souvent seuls les plus dramatiques ou bizarres restent en mémoire. Au début du XXe siècle, un ingénieur aéronautique britannique appelé J. W. Dunne a fait une découverte étonnante, résumée dans Le Temps et le Rêve, un livre remarquable. Il s'était rendu compte qu'il rêvait souvent d'événements qui allaient arriver mais qu'il oubliait généralement ces rêves. Le phénomène ne lui était devenu apparent qu'après qu'il eut décidé de tenir un carnet de rêves, les notant soigneusement juste après son réveil. Il découvrit aussi que s'il vivait souvent des expériences qui lui semblaient familières, une impression appelée « déjà vu* », il pouvait en relisant ses notes relier ces impressions à des rêves récents qu'il avait oubliés. 

Des recherches ultérieures sont venues confirmer les observations de Dunne. Les chercheurs psi ont également trouvé des preuves statistiques de la précognition lors de tests en laboratoire. Bien que ces expériences soient très artificielles, les résultats pris ensemble étaient statistiquement signifiants. 

Extraits de Réenchanter la science, Rupert Sheldrake (Albin Michel Editions), © Albin Michel, 2013. 

A propos de l'auteur 

Rupert Sheldrake est un auteur parapsychologue anglais, ancien biochimiste, notamment à l'université de Cambridge. Depuis 1981 ses écrits sont essentiellement centrés sur son concept de « résonance morphique », qui reprend celui de « champ morphogénétique ». Ses recherches incluent des thèmes comme le développement et le comportement chez les animaux et les végétaux, la télépathie, les perceptions extra-sensorielles et la métaphysique.

 

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