Lundi 31 janvier 2011 1 31 /01 /Jan /2011 19:18

 

TIWANAKU

LA CITE DU SOLEIL

 


 

 

Tiwanaku sur wikipedia

Unesco

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Certaines recherches tendent à démontrer que la construction de la plus ancienne cité de cette civilisation remonterait à plus de 10 000 ans av. J.-C.. Ces analyses3se basent notamment sur différentes constructions qui apparaissent comme des quais et qui se trouvent à une distance du lac qui ferait remonter leur construction à 15 000 ans av. J.-C., à l’époque où le lac longeait ces constructions. Cette théorie serait « confirmée » par des dessins et gravures d'animaux dont l'espèce aurait disparu à la fin du pléistocène c'est-à-dire vers 12 000 ans av. J.-C..

 

 

Extrait d'un article du "monde de clio"



À une vingtaine de kilomètres au sud du lac Titicaca, à quelque 3 800 mètres d'altitude, se dresse le site archéologique de Tihuanaco. Cette cité, pôle majeur d'une civilisation andine préincaïque, était un important siège cérémoniel, puisqu'on y célébrait le dieu créateur Kon Tici Viracocha. Laissons Carmen Bernand nous faire découvrir la beauté et la signification des monuments de ce haut lieu de Bolivie.

 

la porte du soleil

 

Des premiers découvreurs aux datations modernes

Vers le milieu du XVIe siècle, le conquistador et chroniqueur Pedro Cieza de León parcourut du nord au sud l'ancien Empire inca qui venait d'être conquis par les Espagnols. Après un séjour à Cuzco, la capitale des souverains déchus du Pérou, il reprit sa route vers le Collasuyo, habité par des seigneuries parlant la langue aymara, qui avaient résisté longtemps aux attaques des Incas avant de se soumettre. Après avoir franchi la « frontière » entre ces deux mondes à Ayaviri, il découvrit à Pukara des vestiges imposants. Les lieux avaient été abandonnés, mais les Indiens lui expliquèrent que, jadis, ils avaient abrité une importante population. Les anciens avaient taillé les grands monolithes anthropomorphes dont les dimensions et la facture frappèrent l'Espagnol. Plus loin, au sud du lac Titicaca, qu'il longea jusqu'à Guaqui, s'étendaient les ruines de Tihuanaco, que ce voyageur curieux voulut à tout prix visiter.

 

 

Cieza fut stupéfié à la fois par la grandeur du site et par l'oubli dans lequel ces monuments avaient sombré, puisqu'aucune forme d'écriture n'avait consigné ce passé. Il remarqua la colline « faite par les mains des hommes », ses murs de soutènement, les monolithes aux formes rudes. Comment avaient fait les anciens habitants pour transporter et tailler ces énormes blocs de pierre qui ne se trouvaient pas dans les environs ? Les Indiens de l'endroit lui affirmèrent que ces bâtiments étaient bien plus anciens que les Incas et que leurs origines se perdaient dans la nuit des temps. L'Espagnol se demanda si ces hommes barbus du lac Titicaca dont parlaient les légendes locales n'étaient pas en fait venus d'ailleurs pour civiliser le pays…

À la vérité, l'antiquité de Tihuanaco n'est pas aussi vénérable que ne le pensaient le chroniqueur et, avec lui, tous ceux qui décrivirent le site jusqu'au XXe siècle. Aujourd'hui, sur la base des motifs iconographiques et des datations modernes, on s'accorde pour situer l'apogée de « l'horizon » Tihuanaco entre 500 et 800 de notre ère. Autour de l'an 1000, cette civilisation avait déjà disparu pour des raisons que l'on ignore. Cette période est caractérisée par l'expansion politique, idéologique et économique d'une civilisation dont l'un des pôles est Tihuanaco, dans l'actuelle Bolivie, et l'autre, Wari, dans la vallée d'Ayacucho, au Pérou. L'influence de cet « empire » – terme sans doute abusif, mais qui traduit bien cette homogénéisation culturelle des peuples andins – se fit sentir sur toute la côte pacifique jusqu'au Chili, ainsi que sur les hautes terres des Cordillères.

 

Tihuanaco et Wari, les deux pôles de l'« empire »

Malgré leur relation étroite qui se traduit par des similitudes artistiques remarquables, Tihuanaco et Wari sont deux centres distincts qui ont développé leurs propres particularités. Les textiles, par exemple, si importants dans toute l'histoire des peuples andins, ont atteint au Pérou une complexité et une beauté inégalées ; l'architecture, en revanche, est plus élaborée dans le sanctuaire proche du Titicaca. Dans la région côtière de Moquegua, les deux centres se partageaient les ressources minières de la région, mais on ne peut pas assurer que cette coexistence était pacifique.

Une telle expansion n'aurait pas été possible dans des conditions économiques difficiles. Elle impliquait un pouvoir hiérarchisé et centralisé ainsi que des ressources suffisantes. En effet, aussi bien à Tihuanaco qu'à Wari, des techniques complexes furent mises au point pour améliorer le rendement de la terre : aménagement de terrasses, de canaux d'irrigation, surélévation des terrains. Ces travaux donnèrent à l'agriculture un coup d'envoi d'autant plus marquant que, sur la côte, les ravages du Niño et les sécheresses prolongées avaient ruiné les petits royaumes comme Moche. Les surplus agricoles et la constitution de grands troupeaux de camélidés provoquèrent une forte croissance démographique et permirent la multiplication des échanges avec d'autres groupes ethniques. C'est ainsi que les caravanes des pasteurs des hauts plateaux diffusèrent dans toutes les Andes des croyances religieuses nourries par des images élaborées à Tihuanaco. Cette idéologie unificatrice rappelle celle qui, plusieurs siècles auparavant, avait émané de Chavin.

 

 

La cité de Tihuanaco, un grand centre cérémoniel

Tihuanaco est situé au sud-est du lac Titicaca, à plus de 3 800 mètres d'altitude. À l'est du site se dresse une chaîne montagneuse dont le sommet le plus imposant est l'Illimani, vénéré encore de nos jours pour sa puissance fécondatrice. À une distance relativement proche se trouvent les vallées tropicales, les yungas, où l'on cultive, entre autres produits des basses terres, la coca. À l'ouest, quelques kilomètres à peine séparent Tihuanaco du lac sacré Titicaca. Tout autour s'étendent les pâturages des lamas. Cette cité fut donc bâtie à proximité de niches écologiques différentes. Un canal artificiel permettait de drainer l'eau du lac jusqu'aux terres salpêtrées de la lande. Le limon fut utilisé comme fertilisant, et la surélévation des terrains évita les inondations.

La cité de Tihuanaco s'étend sur une dizaine de kilomètres carrés, et sa population, durant la période culminante de cette civilisation, oscilla entre trente et soixante mille habitants. Plutôt qu'une ville de type occidental, Tihuanaco était un grand centre cérémoniel. D'ailleurs, un fossé, jouant le rôle de ligne de démarcation, sépare le sanctuaire des faubourgs. Au cours des siècles, l'ordonnance des pierres fut bouleversée, probablement par des séismes, ce qui ajoute de l'étrangeté à un site déjà impressionnant. Une enceinte sacrée en pierre, le Kalasasaya, qui intègre des monolithes disposés à des intervalles réguliers, délimite un espace sacré. Celui-ci est pourvu de nombreux temples flanqués de cours en contrebas. On remarque la pyramide appelée Akapana, des monolithes comme ceux de Ponce et de Bennett – nommés d'après leurs découvreurs respectifs – et la célèbre porte du Soleil.

L'Akapana est une pyramide à degrés, dont chacune des sept terrasses est consolidée par un mur comportant, à chaque angle, des monolithes, suivant la même technique et le même style que ceux du Kalasasaya. Au sommet de la pyramide, on trouve une cour en contrebas autour de laquelle sont disposées de petites habitations, dont on ignore l'usage. Cette colline artificielle de dix-sept mètres de haut semble une des répliques stylisées des montagnes de la Cordillère. En bas de l'Akapana, le temple semi-souterrain fait contraste. Des têtes anthropomorphes (des têtes-trophées ?) aux yeux quadrangulaires sont insérées dans le mur et rappellent les têtes cloutées de l'enceinte de Chavin de Huantar. Mais la caractéristique la plus remarquable de cet édifice reste le système de canalisations qui traversent l'intérieur de la pyramide, et qui servaient probablement à faire s'écouler l'eau d'une terrasse à l'autre, produisant ainsi un effet « de fontaine » qui rappelait l'abondance des sources de l'Illimani. Tihuanaco possédait un deuxième centre situé à un kilomètre approximativement, appelé Puma Punku. On y trouve les mêmes éléments architecturaux et la même qualité dans la taille des blocs de pierre, que les Incas à leur tour allaient encore perfectionner.

 

 

 

La porte du Soleil est incontestablement le monument le plus impressionnant de Tihuanaco. Taillée dans un seul bloc de pierre, elle est surmontée d'un linteau décoré de figures sculptées, disposées autour d'un personnage central qui tient dans chaque main un sceptre. Cette effigie, visiblement celle d'un dieu, est entourée d'une foule de « serviteurs » ou d'auxiliaires ailés qui sont représentés de profil, à moitié inclinés devant lui, en signe incontestable d'allégeance. En confrontant cette iconographie à d'autres représentations archéologiques, et en cherchant dans les documents historiques et ethnologiques des correspondances stylistiques et symboliques, on a identifié le dieu central comme étant Tunupa, la divinité cosmique des Aymaras, confondue avec Viracocha, sa variante incaïque. Parmi les éléments significatifs, il faut citer le sceptre de droite, qui se termine par un serpent bicéphale. À cette association avec le double serpent s'ajoutent des traits félins et aquilins, attributs qui se retrouveront plusieurs siècles plus tard dans le temple du Soleil de Cuzco, conjointement avec la Foudre-Éclair.

 

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Les avatars de Kon Tici Viracocha, dieu créateur

Le dieu céleste de Tihuanaco comporte aussi des aspects solaires. Sa couronne et son collier sont en fait les rayons de l'astre, et les paysans Aymaras disent encore aujourd'hui que les rayons du soleil sont sa barbe. Selon certains mythes recueillis au tout début de la conquête par Juan de Betanzos, les premiers hommes vivaient dans un monde de ténèbres jusqu'à à ce que le créateur, Kon Tici Viracocha, fît le soleil et le jour, qu'il séparât de la nuit, de la lune et des étoiles. Puis il transforma les anciens hommes en pierres, pour les punir de l'avoir raillé. Avec ces pierres, il fabriqua une nouvelle humanité, ou plutôt des peuples différents avec leurs seigneurs, leurs femmes et leurs enfants. Ses serviteurs et auxiliaires distribuèrent ces groupes dans tout le Pérou, en les plaçant dans des grottes, des cavités, des sources et des montagnes, d'où ils émergèrent pour habiter la surface de la terre. Enfin Kon Tici Viracocha envoya deux autres Viracochas à l'est et à l'ouest tandis que lui-même emprunta la voie impériale des Incas jusqu'à Cuzco, en exhortant les hommes à sortir de terre. Arrivé à Cacha, dans la vallée de Cuzco, il fut attaqué par les gens de Kanas, sortis de terre tout armés. Mais le feu du ciel s'abattit sur eux, sous forme de foudre. À Cuzco, Viracocha institua une seigneurie, puis il repartit vers le nord jusqu'à la hauteur de Puerto Viejo (Équateur), où il entra dans la mer.

Il suffisait de peu pour transformer le vieux dieu Viracocha en apôtre rejeté par la méchanceté des hommes. Ce pas fut franchi dès les premiers temps de la conquête, comme l'atteste le commentaire de Cieza de León. L'image de ce dieu a donc été modifiée à deux reprises : tout d'abord par les Incas, qui cherchèrent à légitimer l'origine solaire de leur dynastie en faisant appel aux croyances séculaires des peuples des hauts plateaux, ensuite par les Espagnols, appelés d'ailleurs eux aussi Viracochas. La Foudre se confondit avec saint Jacques, le Santiago de la Reconquête ibérique transformé pour les besoins de la cause en pourfendeur d'Indiens. Mais ces superpositions n'auraient jamais été possibles si le dieu solaire de Tihuanaco n'avait pas puisé son authenticité dans le passé très ancien des peuples andins.

 

Carmen Bernand
Juin 2000
Par wikistrike.over-blog.com - Publié dans : Civilisations anciennes
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