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Turquie: deux morts dans les manifestations, Erdogan responsable...

Publié par wikistrike.com sur 4 Juin 2013, 07:47am

Catégories : #Politique internationale

Turquie: deux morts dans les manifestations, Erdogan responsable...

 

 

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Un jeune homme de 22 ans est décédé hier à l'hôpital après avoir été atteint par balle pendant une manifestation dans le sud de la Turquie, a annoncé la télévision privée NTV.

 
"Abdullah Comert a été grièvement blessé (...) par des coups de feu tirés par une personne non identifiée", a indiqué NTV citant un communiqué du gouvernement local de la province de Hatay, près de la frontière syrienne. Le communiqué précisait que le jeune homme était mort plus tard à l'hôpital.
Il s'agit du 2e décès en lien avec les importantes manifestations qui secouent le pays depuis près d'une semaine pour protester contre le parti gouvernemental islamo-conservateur Justice et Développement (AKP).

Une enquête ouverte

Selon un parlementaire du principal parti d'opposition, Hasan Akgol, cité par NTV, Abdullah Comert était membre de la section des Jeunes du Parti du peuple républicain (CHP).
La police a lancé une enquête sur les circonstances du décès, selon la télévision.
Depuis vendredi, les heurts se sont multipliés dans tout le pays entre les forces de l'ordre et les manifestants qui accusent le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan de vouloir imposer des réformes conservatrices et islamistes dans la Turquie laïque.

 

Source

 

TURQUIE. "Je n'avais jamais vu une telle brutalité"

 

Au septième jour du mouvement, les manifestants ne plient pas et continuent d'occuper le parc Gezi, dont le projet de destruction a donné le signal de la révolte. Reportage de notre correspondante.

 

"Vous en voulez ?". La trentaine, chemise blanche, costume noir, l'homme élégant tend un sachet de simit, ces bagels turcs qu'on trouve un peu partout dans Istanbul, à un groupe d'étudiants communistes émergeant d'une tente, place Taksim. Les drapeaux rouges de leur groupe, Partizan, contrastent avec la tenue sombre de leur interlocuteur. Ils refusent poliment, l'homme insiste, ils acceptent, et le bienfaiteur disparaît dans la foule sans attendre de remerciements.

Il est à peine 9 heures ce lundi 3 juin au matin, à l'entrée du parc Gezi. Les jours passent et l'occupation du square prend forme. C'est le septième depuis le début du mouvement. Une chaîne de manifestants armés de sacs poubelles assure le maintien de la propreté des lieux. Tentes et matelas fleuris posés à même le sol ont été apportés dans la nuit, après les averses légères de dimanche soir. Stands de biscuits et de boissons, mis à disposition par des bénévoles, sont réapprovisionnés en vue de la nouvelle journée de mobilisation qui commence.

Occuper le terrain

Comme sur la place Tahrir, en janvier 2011, un réseau spontané de solidarité et d'entraide se tisse entre les commerçants du quartier, les travailleurs de passage et ceux qui occupent le terrain de façon militante. Sur cette place et dans ce carré d'arbres, l'enjeu tacite est bien compris : faire de cet espace à défendre un modèle d'entente citoyenne. Une façon de donner tort au Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, qui dimanche encore, étiquetait les manifestants de "çapulcu" ("vandale" en turc).

Almuila, 30 ans, traverse d'un pas assuré les pelouses sur lesquelles sont allongés quelques centaines de jeunes gens aux yeux fatigués, qui sortent d'une nuit un peu courte. "Depuis le début du mouvement, je passe ici tous les matins et tous les soirs", explique avec bonne humeur la jeune femme. Originaire d'Izmir, elle revient justement d'un week-end dans sa ville natale. "Je n'avais jamais vu une telle brutalité dans les rues d'Izmir !", commente-t-elle, faisant allusion à la répression des manifestations par les forces de police.

Comme de nombreux actifs croisés dans les environs de la place Taksim depuis dimanche, Almuila entend revenir occuper le terrain dès la sortie de son travail, lundi, en fin d'après-midi. Le mouvement de contestation, qui la veille encore ne promettait pas de survivre à la fin du week-end, a passé un cap. Alors que les commentateurs anticipaient un ralentissement en milieu de journée, à cause de la reprise de la semaine de travail, ce sont les lycéens qui ont occupé le terrain dès midi, faisant une arrivée plus tonitruante en haut de l'avenue Istiklal que les hélicoptères de l'armée qui survolent le quartier depuis le début de la matinée.

Erdogan, cible des contestations

Elif et Selin, respectivement 16 et 17 ans, ont dormi sur un banc cette nuit. Leurs parents les laissent aller et venir dehors, assurent-elles, timides sous leurs atours de punkettes. D'ailleurs, leurs parents soutiennent le mouvement, réussissent-elles à expliquer par l'intermédiaire de Google Translate, ils doivent revenir sur la place en fin d'après-midi. Comme elles, Ekin Kaan n'ira pas en cours aujourd'hui : il a mieux à faire. Etudiant en journalisme, c'est la cinquième nuit qu'il dort à l'entrée du parc sous une tente. Même s'il n'est pas novice en matière de militantisme, - "ça fait des années que je milite au sein du parti communiste", dit-il – l'ampleur de la contestation l'a pris, comme tout le monde, par surprise.

Abdullah Gül, vice-Premier ministre, a beau assurer entendre le message de la rue ("Les manifestations pacifiques font partie du processus démocratique"), c'est le Premier ministre Erdogan qui, après un florilège de déclarations provocatrices, a cristallisé sur lui tout le mécontentement. Après avoir menacé de mobiliser un million de personnes autour de lui, Erdogan s'est envolé vers l'Afrique du Nord, pour un voyage diplomatique de trois jours qu'il n'a pas jugé bon de reporter.


Isabelle Mayault, à Istanbul, Le Nouvel Observateur

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