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Un photographe français blessé par une nouvelle arme de Tsahal - Témoignage

Publié par wikistrike.over-blog.com sur 9 Octobre 2011, 16:17pm

Catégories : #Politique internationale

 

6 octobre 2011

Selon l'AFP : Un photographe français a été blessé à la jambe par un tir inconnu hier à Nabi Saleh près de Ramallah, alors qu'il couvrait des affrontements dans ce village palestinien de Cisjordanie, a indiqué aujourd'hui à Paris l'Agence Le Desk, pour qui il travaille. Chris Huby « a été blessé à la jambe par un tir d'une arme d'un nouveau genre (Tear Gas Small Size), pendant des affrontements entre Palestiniens et l'armée israélienne, dans ce village proche d'une colonie », indique l'agence photo. Aucune précision n'a été donnée sur l'origine du tir. Le village de Nabi Saleh fait partie des localités de Cisjordanie qui sont régulièrement le théâtre - surtout les vendredis - de manifestations contre l'occupation israélienne des territoires palestiniens. Ce vendredi, dans les grandes villes de Cisjordanie, des foules de Palestiniens ont par ailleurs célébré, dans une ambiance de fête et sans violences, la demande d'adhésion historique d'un Etat de Palestine présentée à l'ONU par le président Mahmoud Abbas.

 

 

Ce photographe dont la version des faits n'a pas été exposée par les médias AFPistes a répondu aux questions d'Investig'Action


Q : Vous venez d’être rapatrié en France. De quelle nature est votre blessure ? 
 
J'ai été touché par ce que l'on appelle une SMALL TEAR GAS, une arme israélienne qui fait des dégâts depuis quelques semaines en Palestine. Pour moi, un mélange parfait entre la balle et le lacrymogène. Quelque chose qui se tire donc au niveau du sol, et non en l'air comme c'est l'habitude avec les "anciens" lacrymos déjà dévastateurs au niveau respiratoire.
 
Mon mollet a été salement touché, mais heureusement ce n'est que le muscle qui a pris. Un trou de la taille d'une noisette. Il va falloir un bon mois pour que ça cicatrise ainsi qu'une greffe de peau.
 
A Qalandia, le checkpoint symbolique entre les deux territoires, un adolescent a pris la même dans le visage... lui aura eu moins de chance.

enfant-palestine.jpg
 

Q : La dépêche indique que l'origine du tir n'est pas précisée, mais qu'il s'agit d'une nouvelle arme utilisée par l'armée israélienne. Que pensez-vous de la remarque de l'AFP ?

L'AFP a été très prudente. Mon agence LE DESK avait pourtant transmis notre information le lendemain matin. Celle-ci était précise. Tout le monde en Israël, et surtout en Palestine, sait qu'il s'agît d'un tir israélien. Les palestiniens ne se défendent pas à coup de "nouvelles armes". Les habitants du village de Nabi Salih collectent les douilles depuis des années pour témoigner. En voilà une nouvelle qui atterrit donc dans leur collection depuis la semaine du 23 septembre 2011. 

Pour ma part, j'ai vu le soldat israélien se baisser et tirer dans ma direction. Alors même que mes insignes "PRESS" étaient très visibles et que je me trouvais alors à droite de la manifestation. J'ai à peine eu le temps de me retourner. 

Que l'AFP se montre prudent est compréhensible en cette période de possible négociation entre les deux pays, il est évident qu'il ne faut pas trop faire exploser ce genre d'information. Savoir que TSAHAL utilise régulièrement de nouvelles armes en Palestine pourrait poser un souci. 

Un autre arme est utilisée depuis peu. Il s'agît du SCREAM, une arme sonore qui est envoyée par des sirènes et qui est censée remplacer les SOUND BOMBS. Ces dernières étaient employées contre les enfants lanceurs de cailloux. Le SCREAM était aussi à Nabi Salih et à Qalandia la semaine du 23. Cela rend les gens zinzins et certains s'évanouissent. Un hurlement strident vous rentre littéralement dans le corps. Seule arme de défense : les boules Quies, assez efficace à l'utilisation.


 
Q : Ensuite, il est rappelé que "des foules de Palestiniens" (combien selon vous à Nabi Saleh ?) célébraient la demande d'adhésion présentée à l'ONU "dans une ambiance de fête et sans violences". Alors pourquoi avoir tiré sur les manifestants de N.S. ? Ont-ils eux montré de la violence ? D'autres personnes ont-elles été blessées ?

Nabi Salih est un petit vilage de 520 personnes. Le jour des manifestations, ils invitent les villages alentours à les rejoindre. Mais comme tout le monde ne participe pas aux mouvements, par peur, 100 à 150 palestiniens se retrouvent. Quelques sympathisants israéliens se joignent à eux aussi, après avoir découvert la situation sur le tard. Voilà pour la foule. En face, l'armée déploie une bonne cinquantaine de soldats surarmés et protégés, des blindés, des jeeps et même parfois des bulldozers ! 

Comme chaque vendredi, le 23 septembre 2011 a été jour de manifestation. Le fait que ça soit le même jour que la demande à l'ONU de la reconnaissance de l'Etat palestinien n'a guère changé la nature des mouvements à Nabi Salih. En général, la colonne se déplace avec drapeaux et slogans politiques, mais je ne les ai jamais vu être violents. Ce jour là, on a vu en plus un siège grimé en "194" pour le symbole de la place demandé à l'ONU et des portraits d'Obama brûlés, le président américain ayant déjà annoncé son VETO automatique futur. Mais côté ambiance, les gens sont rieurs, vont parler aux soldats israéliens, tentent de discuter avec eux sur l'illogisme de la situation, etc... De toute façon, ce serait tendre le bâton que de rentrer dans une logique de vengeance.

Ce village regroupe un nombre important de la famille Tamimi qui enseigne à ses enfants la non violence, le respect des autres, ainsi que la compréhension des soldats israéliens qui "ont seulement des ordres"... Les palestiniens de ce village savent très bien faire la différence entre les individus aux ordres, programmés, qui ont à peine 20 ans, et le programme colonialiste du voisin. Un modèle de tolérance. D'autant plus que chaque vendredi, les blessés sont comptés du côté palestiniens. Le 23 septembre, 28 personnes ont été touché à Nabi Salih. Il en de même chaque vendredi. Et pourtant, les manifestations continuent de se dérouler pacifiquement.

Ce que veulent les habitants du village, c'est simplement récupérer la source d’eau que la colonie israélienne d'Halamish a investi voilà plus de deux ans. Cela appauvri toute une région déjà bien isolée. La manifestation démarre donc vers 13h, après la prière, depuis le centre du village. Juché sur une colline, le village descend depuis la place centrale pendant 500 mètres jusqu'à une deuxième tête d'épingle. La source d'eau se situe bien après celle-ci. Tsahal a installé son checkpoint dans le virage il y a des mois. L'armée laisse s'approcher les manifestants à une cinquantaine de mètres avant de tirer lacrymos, balles en caoutchouc (réelles parfois) et autres "joyeusetés".



Q : Certains commentateurs estiment que vous ne faisiez pas votre travail de journaliste, mais que vous étiez vous-même dans la manifestation. Qu'en pensez-vous ?

Principalement les commentateurs du forum du Figaro et de Juif.org, oui. Pour ces derniers je suis même "une récompense" ! Cela m'a fait presque rire en lisant ça, tant le décalage est immense. Que voulez-vous qu'on leur réponde ? Pour photographier une manifestation, vaudrait-il mieux une photo satellite ou un zoom de 500 mm ? 
 
Quand on fait de la photo, ce qui est important c'est d'être avec l'événement et les faits. A Nabi Salih, l'armée israélienne réplique brutalement sur des manifestants pacifiques depuis deux ans. C'est un fait. Pas un jeu politique, ce n'est pas mon genre de faire ça ou d'inventer une situation.

Pour leur information, à tous ces détracteurs, ils pourront aussi aller voir les photos faites des soldats israéliens. Ils verront que je photographie aussi l'autre côté, malgré les difficultés que ça représente. Les soldats ont la gachette facile, comme j'ai pu le constater à mes frais.

Le souci principal des réactions étant la désinformation continue - un photographe qui prend des manifestations en photo aurait un parti pris, c'est d'une stupidité accrue. Ces détracteurs de génie bloqués derrière le mur de leur ordinateur feraient mieux d'aller sur le terrain plutôt que de gober les informations toutes cuites qu'on leur balance, ça serait une excellente école. La plupart des interventions ont des sources paranoïaques que l'on retrouve sur tous les forums. Si en plus, on y mêle le souci israélo-palestinien, on n'a pas fini de lire des bêtises. 

Bon à savoir aussi, d'après nombres d'études faites en Israël, que ce soit par Tsahal, par les ONG en Palestine et les Ambassades, les colons français seraient parmi les plus violents et les plus racistes. De là à y voir un lien avec les gens qui réagissent sur les forums français... Même Tsahal semble embarrassé et débordé par ces derniers.

 

Q : D'une manière plus générale, depuis quand travaillez-vous en Palestine ? Les représailles ou attaques sur les manifestants sont-elles monnaie courante ? Avez-vous déjà été témoins d'injustices et de violences ?

Je viens de passer un mois en Palestine et Israël. Je ne connais pas Gaza, j'ai navigué seulement en Cisjordanie. Les représailles et attaques ne sont pas seulement monnaie courante, elles sont quasi quotidiennes. Comme le dit le vice-consul de France : "Ici on ne s'ennuie jamais".

Les injustices viennent essentiellement du déséquilibre imposé par la colonisation, ce que l'on appelle en politique internationale "l'occupation des territoires" - dans les faits, de nombreux villages sont attaqués par les colons partout en Palestine et les manifestations sont réprimées par Tsahal. Quand vous regardez la carte des colonies, celles-ci tentent d'imposer une division en trois parties de la Cisjordanie. Et à force de grignoter, les colons vont arriver à s'imposer en divisant les NORD-CENTRE-SUD du west bank. Il suffit de regarder l'évolution de la carte des colonies depuis des années, ce n'est pas compliqué. Il suffira ensuite de faire monter les fondamentalistes religieux musulmans du nord pour les séparer politiquement des autres - comme ils l'ont fait pour Gaza, la méthode est connue.




J'ai bossé avec Médecins Sans Frontière aux alentours de Naplouse via leur formidable équipe psychologique qui recueille les témoignages, comme par exemple à Iraq Burin pour ne citer que celui-là. Les familles sont terrorisées, traumatisées, il y a des morts, des martyrs, des tabassages, des injustices tout le temps. Pour moi, ça ressemble à une entreprise de terreur. J'ai des dizaines de témoignages en images.

La situation est on ne peut plus simple : les colons débarquent dans les villages y faire des "descentes". Parfois pour de mauvais motifs inventés, on le sait. Les vieux sont tabassés en pleine nuit, les enfants sont balancés dans la pièce, les lits cassés, les objets symboliques dévastés, etc... J'ai photographié des murs entiers de cuisines, de salons, de chambres d'enfants, où l'on voit les impacts de balles... sur les portes palestiniennes, on aperçoit de temps en temps un "e" israélien, signe de passage des colons dans les baraques. Ca veut dire "ici c'est fait !". C'est parfois des rues entières qui sont tapissées de ce "e". 

Et de temps en temps, un homme, un gamin est ramassé par les colons et l'armée pour être collé en prison, parfois pour 130 ans (!) comme on l'a vu récemment aux alentours de Naplouse. Les recours sont alors impossibles. Quant aux morts, ils interviennent souvent lors des jours de manifestation, la tension étant au maximum, ou dans des moments plus stratégiques pour semer la peur totale.
 


Q : Vous avez pris de gros risques. Pensez-vous retourner en Palestine ?

Bien sûr. Et si les images, que je continuerai à faire, pouvaient parler aux deux côtés, ce serait l'idéal. 

 

source : investig'action

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