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Vies perdues en Méditerranée : qui est responsable ?

Publié par wikistrike.com sur 30 Avril 2012, 12:56pm

Catégories : #Politique internationale

Vies perdues en Méditerranée : qui est responsable ?

 On attendait le témoignage de Ghirma Haleform, l’un des 9 rescapés d’une fuite désespérée de 72 Subsahariens, établis en Libye. Le pauvre immigré Ethiopien après avoir franchi la frontière italienne a été arrêté et refoulé dans le train par la PAF . On n’aura donc pas pu entendre l’invraisemblable récit du drame effroyable qu’il a vécu au printemps 2011 à bord d’un bateau pneumatique de 7 mètres en Méditerranée.

En principe, il aurait obtenu, ne serait-ce que provisoirement, l’asile en Italie, dans l’Europe de Schengen et, dès lors, c’était en toute confiance qu’il était attendu au Conseil de l’Europe à Strasbourg pour y témoigner devant l’Assemblée Parlementaire (APCE) et dans une conférence de presse. A défaut des papiers requis, il devait disposer de l’invitation de l’Institution Européenne et des preuves du défraiement…Pas suffisant, même à titre temporaire, surtout qu’il ne s’exprime ni en français, ni en anglais pour s’expliquer.

 

Une enquête minutieuse d’une commission du Conseil.

 Le titre choisi ci-dessus est emprunté au rapport de madame Tineke Strik, une parlementaire socialiste néerlandaise, spécialiste de droit international et en la circonstance pénaliste scrupuleuse et acharnée. Si les faits s’y déroulent comme dans une série télévisée, avec un décours juridiquement irréprochable, ils laissent sous-jacents, un sentiment irrépressible de compassion et bien vite une froide révolte, réfléchie cette fois.

Ainsi peut on mourir en silence dans une cruelle errance dans la « mare nostrum ». Les yeux rivés sur l’eldorado de Lampedusa qu’on doit atteindre en 18 heures comme l’ont promis les trafiquants. Alors on supporte l’inconfort absolu. Quelle importance alors cette superposition de corps, assis recroquevillés les uns sur les autres, endoloris, assoiffés, affamés, tous solidaires de plus en plus rassurés presque heureux à mesure qu’ils s’éloignent des zones de bombardement sur Tripoli ? Mais le temps se gâte, le carburant vient à manquer puis l’eau, la nourriture. Le cap ne peut plus être tenu et l’embarcation surchargée dérive. SOS, SOS ! L’appel au secours a été entendu et bientôt un hélicoptère les survole et leur livre un peu d’eau et des biscuits. Il leur recommande de ne pas s’éloigner mais il ne reviendra pas. Et puis c’est une succession d’espoirs déçus : 2 bateaux de pêche, des navires de guerre sous commandement de l’OTAN, l’un passant à moins de 11 milles et bien d’autres que l’enquête s’efforce encore d’identifier. Des marins font des photos de tous ces bras agités parmi des cadavres qui commencent à s’entasser. Rien, nous sommes en zone de guerre.

L’OTAN qui a trop hâtivement suivi le président français de l’époque poussé par un politico-philosophe vaniteux, irresponsble, puis par l’adhésion du Royaume-Uni puis celle des Etats-Unis et enfin le mandat de l’ONU, a montré sa redoutable puissance de feu par un déluge de bombes et de roquettes. Et, une fois de plus, elle n’a pas prévu le sort des réfugiés, inévitables et prévisibles. Pour fuir cet enfer, toutes les voies sont bonnes pour ces immigrés qui n’ont aucun point d’appui en Libye. Une embarcation de 7mètres pour 72 personnes, hommes femmes et deux enfants. Une folie mais la peur et l’espoir qu’accompagnent les boniments de ces marchands de bateau-cercueil, l’emportent. On y va…en Europe, on verra, car là vivent des gens accueillants, secourables. Ceux qu’ils croisent ne le sont visiblement pas, pêcheurs préoccupés par leur prise, guerriers tout à leur affaire, observateurs aveugles et muets (Voir la carte du périple et la légende -source le Conseil de l’Europe-).

 

Quelques rescapés à l’échouage.

 Onze migrants sont toujours vivants à la fin du périple, deux d’entre eux mourront dans les jours suivants. La macabre comptabilité nous oblige à imaginer des scènes affreuses se répétant 61 fois. 61 une fois jeter le cadavre d’un compagnon, d’un être aimé, d’un enfant par dessus bord pour les raisons qu’on imagine dans ce printemps 2011 en Méditerranée du sud. Et non loin,la bataille continue avec l’armement et les équipements les plus sophistiqués. Le riche Occident triomphe.

Alors qui est responsable ? La pugnace enquêtrice aidée par les membres de la Commission des migrations, des réfugiés et des personnes déplacées, en a déjà beaucoup fait. Son rapport devant le parlement a été largement approuvé mais elle ne veut pas en rester là. Qui d’autre, qu’elle ; quelle autre institution pourraient le faire ? Alors ce sera fait ! OTAN, autorités libyennes, tunisiennes, italiennes, espagnoles seront inlassablement sollicitées pour non respect des dispositions Search and Rescue, Recherche et Secours (voir la carte).

Quand on saura que c’est un journaliste du Guardian qui a révélé cette lamentable affaire - il démontrait déjà que ces personnes auraient pu être sauvées- on devra bien reconnaître à la presse une noble mission, bien loin des bureaux centraux qu’on accuse de tous les maux...Mais les temps sont difficiles.

Aujourd’hui, le Conseil de l’Europe va plus et dénichera les coupables.

 

Antoine Spohr ( article également paru sur Médiapart)

Source: Agoravox

 

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carte du periple (COE)

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