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VINČA: La « Bruxelles » oubliée de l’ère néolithique

Publié par wikistrike.com sur 10 Octobre 2012, 09:33am

Catégories : #Civilisations anciennes

VINČA

La « Bruxelles » oubliée de l’ère néolithique


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Article de Svetlana Vasović Mekina, paru dans la revue « Pečat » n° 230/2012

Lorsque la chaîne de télévision « Discovery » a consacré une émission à la construction d’un nouveau pont à Belgrade, les auteurs de l’émission n’oublièrent pas de souligner que ce pont allait contribuer à « modifier l’image » de la Serbie…

Dans sa prétendue tentative d’améliorer la mauvaise image de l’Etat au cours des quatre dernières années, l’élite politique au pouvoir en Serbie a rassemblé des millions d’euros, tout en négligeant complètement ses obligations à l’égard d’un lieu situé non loin du centre de Belgrade, qui serait pourtant en mesure de modifier l’image non seulement de la Serbie, mais de l’ensemble des Balkans. Ce site exceptionnel et extraordinaire constitue un centre oublié de l’Europe. Il s’agit de Vinča, sans conteste le trésor culturel le plus remarquable de Serbie, qui fut le centre néolithique le plus développé, la première métropole européenne, le foyer d’une civilisation qui fut la première en Europe à construire des villes et à exploiter des métaux, ou pour paraphraser Wikipedia : « Ce que Troie fut pour l’Asie Mineure, la Crète et Mycènes pour la mer Egée…la pré-historique Vinča le fut pour les Balkans, la région du Danube et même pour toute l’Europe Centrale ». En fait, la culture développée à Vinča est la preuve que les importantes réalisations technologiques, comme l’exploitation des métaux, n’ont pas été introduites dans « l’Europe retardataire » de pays lointains (du « Croissant fertile et de Mésopotamie), car les anciens habitants de Vinča avaient déjà maîtrisé l’art de faire fondre les métaux.

En dépit des découvertes archéologiques remarquables, dont la valeur dépasse l’intérêt purement local, la situation actuelle sur ce site est plus que déprimante. Sur la route menant vers le lieu des découvertes archéologiques de Vinča, il n’existe aucun poteau indicateur, aucun panneau susceptible d’indiquer au voyageur désireux de s’y rendre, le lieu où se trouvent les ruines du « centre du monde » de jadis. Le site qui dans tout pays d’Europe occidentale, constituerait un aimant pour touristes et une attraction touristique du plus haut niveau, se retrouve seul, abandonné. Aucun autobus ne conduit au site au pied duquel se trouve une plaque métallique indiquant que ce lieu archéologique est fermé en raison du « terrain glissant ».

La colline blanche de Vinča a commencé à être explorée en 1908 par le père de l’archéologie serbe, Miloje Vasić ; le site s’étend sur 15 hectares, mais les fouilles n’ont couvert que 10 ares jusqu’à présent, car même une trentaine d’années après l’expropriation, les problèmes fonciers n’ont toujours pas été réglés avec les propriétaires des vergers et des domaines voisins. Sur les 15 hectares d’une localité que l’Etat a tenu à protéger comme un bien culturel de la plus haute importance, on trouve même 17 fosses septiques ! En fait, l’Etat n’est pas intéressé à régler les problèmes de propriété foncière, ce qui est pourtant la première condition pour que Vinča soit placé sur la liste du patrimoine protégé de l’UNESCO. Dans cette hypothèse, l’Etat serait tenu de prendre soin de ce lieu, ce qu’il ne souhaite manifestement pas. Le site est fermé officiellement depuis près de trois ans à cause du « terrain glissant », mais les visiteurs venus du monde entier y viennent tous les jours, néanmoins.

La raison de la triste situation actuelle ne tient pas seulement au « terrain glissant », qui sert de justificatif aux autorités municipales aux questions posées au sujet de la négligence manifestée à l’égard de ce lieu remarquable. Les véritables raisons de la situation lamentable observée actuellement sur l’un des sites archéologiques les plus importants en Europe, sont tout à fait prosaïques ; quelques baraquements en bois existent sur les lieux, dont l’un a été transformé en un « espace d’exposition » improvisé. Avec le temps, ce baraquement s’est tellement dégradé qu’il est devenu impropre même à sa propre conservation, et a fortiori à l’exposition d’objets vieux de sept mille ans. La situation s’améliore quelque peu maintenant, mais selon un mode opératoire largement au-dessous de l’importance de Vinča. Après de nombreuses années de suppliques, le ministère de la Culture a fini par accorder quelques modestes ressources au site de Vinča, ce qui a amené les employés locaux à entreprendre la mission impossible de réaménager le baraquement délaissé il y a 30 ans et à y rétablir des objets d’exposition afin de rendre ce site à nouveau accessible aux visiteurs.

D’où vient l’importance de Vinča ? La réponse à cette question était connue de tous les ambassadeurs étrangers accrédités en Serbie au cours des 30 dernières années. Chacun d’eux s’est rendu à Vinča. Mais, dans la même période, un tel impératif ne s’est imposé à aucun ministre serbe de la Culture ! Or, l’importance de Vinča tient, entre autres, au fait que « c’est la seule ville existant encore de nos jours où, à aucun moment la vie ne s’est arrêtée, de la période néolithique à nos jours » explique Dragan Janković, conservateur du centre de fouilles archéologiques de Vinča. Il souligne que « dans le monde entier, il existe très peu d’agglomérations ayant une telle continuité dans leur évolution. On y trouve des couches datant de l’ère néolithique, de l’âge de cuivre, de l’âge de bronze, de la période de l’empire romain, de l’époque des premiers peuplements slaves, de la période chrétienne primitive et enfin, en surface, il existe un cimetière chrétien serbe. C’est grâce à l’existence un cimetière chrétien datant du Moyen Age qu’on a pu conserver toutes les couches découvertes lors des fouilles archéologiques. Les Serbes vivant à cette époque, ont protégé ces traces historiques, contribuant ainsi à la défense de notre patrimoine culturel. Mais Vinča revêt une importance encore plus grande, pour l’ensemble du monde, grâce à ses couches datant de l’ère néolithique », ajoute notre interlocuteur.

De nouvelles fouilles ont été entreprises en 1978. C’est une grande chance que l’agglomération soit située en hauteur, ce qui a permis d’éviter des inondations par la rivière voisine, en contrebas. C’est comme cela que tout a pu être préservé. Mais l’argent nécessaire pour de nouvelles fouilles n’existe pas et les archéologues ont dû protéger les fouilles déjà réalisées avec du gravier, afin que la végétation ne les détruise pas. « Mais si on enlevait le sable, on verrait des restes de maisons détruites dans un incendie il y a 7500 ans. C’est grâce à cet incendie que nous savons qu’à l’ère néolithique, les hommes savaient bâtir des habitations en bois, que les murs étaient enduits de crépi et qu’on utilisait un mélange fait de boue fluviale et de paille. Il est intéressant de noter que le mélange de boue et de paille constitue un remarquable moyen de thermo-isolation, très apprécié aujourd’hui dans la construction de demeures écologiques. C’est dans ce terrible incendie que, bien entendu, tout a fini par brûler – à l’exception du crépi qui se trouvait dans les constructions en bois : celui-ci, sous l’effet de la chaleur, a conservé néanmoins la trace des « négatifs » des constructions en bois. C’est pourquoi, grâce à cet incendie, ces habitations néolithiques sont encore visibles ici : aussi Vinča est-elle surnommée « la Pompéi serbe ». L’incendie a facilité le travail des archéologues à Vinča, comme l’éruption du Vésuve a facilité le travail des archéologues à Pompéi. Grâce à cet incendie, il est possible de se rendre compte des dimensions de chaque habitation. Et qu’a-t-on découvert ainsi ? Qu’il s’agit de maisons d’une superficie de 30 à 60 mètres carrés, voire de 100 mètres carrés dans certains cas. Toutes les maisons disposaient de deux à cinq pièces ; une famille vivait dans chaque maison et y disposait non seulement d’un âtre mais aussi d’un four, semblable à ceux où on cuit aujourd’hui des pizzas dans les pizzerias. Au sol, on trouvait, non pas de la boue, mais des traverses taillées en bois et recouvertes d’un mélange de boue et de paille, ce qui apportait de la chaleur au sol. Quand ce matériau devenait sec, on se mettait à astiquer et à polir le sol en utilisant les cailloux de la rivière.On obtenait ainsi un parquet poli, facile à entretenir et à nettoyer. Vinča a constitué une surprise d’autant plus grande que c’est la première fois qu’on a découvert que les hommes de l’ère néolithique possédaient une culture de l’habitat aussi développée. La seconde surprise a été quand on a découvert que toutes les maisons avaient été bâties en rangs très réguliers : entre les maisons, on reconnaît les communications avec la rue. Toutes les maisons disposent de la même orientation : nord-est – sud-ouest. Elles se trouvent les unes à côté des autres, sans espace intermédiaire, ce qui montre qu’il s’agissait bien d’une agglomération urbaine : dans cette région de l’Europe, c’était la première ville connue ! Comme dans l’Europe entière d’ailleurs, avant Vinča, il n’y avait pas d’agglomération pouvant être qualifiée de ville, Vinča est bien l’une des premières villes en Europe. Il s’agit d’une agglomération avec des habitations, dont la majorité des habitants ne vit pas de l’agriculture. Cette agglomération de l’ère néolithique vivait, en effet, essentiellement du commerce et de l’artisanat », nous explique en termes imagés le conservateur de Vinča, Dragan Janković.

Pourquoi cette grande ville néolithique est-elle née précisément ici, et non ailleurs ? Comment est-il possible que Vinča ait été un centre culturel et commercial de l’Europe de cette époque ? Les éléments de la réponse s’offrent devant nous : ce sont les fleuves. En effet, il n’y a pas de négoce sans voies commerciales. Or, à cette époque, celles-ci suivaient le cours des voies d’eau. « En longeant un fleuve, on arrive là où veut…En Serbie se retrouvent tous les cours d’eau aboutissant à la mer Noire : quiconque allait du Moyen Orient, de la mer Noire ou de la mer Egée en direction du nord ou de l’ouest de l’Europe, passait nécessairement ici : on était bien au carrefour de toutes les routes importantes », nous montre sur la carte, le conservateur Janković.

Mais ce n’est pas tout, observe notre interlocuteur. « La sphère culturelle de Vinča ne se limite pas à l’étendue du site actuel, comme l’attestent par exemple des objets en céramique retrouvés dans des endroits très divers, de la Transylvanie jusqu’au Kosovo, qui étaient tous réalisés de façon identique, standard. Cela signifie que des liens unissaient les habitants de Vinča : probablement une langue commune, la religion et la conscience d’une identité commune. C’est ainsi que pour l’ère néolithique, grâce aux découvertes faites à Vinča, on a pu utiliser pour la première fois le terme d’ « ethno-culture ». Lors des fouilles faites à Vinča, on a découvert aussi des objets en cuivre. Il s’est avéré qu’il s’agit de l’exemple le plus ancien de fonte du cuivre, ce qui signifie que la révolution métallurgique n’a pas eu lieu en Mésopotamie, mais en Europe. Cette découverte est très importante pour l’identité européenne. La première révolution métallurgique s’est donc produite dans l’espace culturel de Vinča. Le cuivre était tellement cher et rare à cette époque qu’il était un objet de négoce important et qu’on l’utilisait pour faire des bijoux. »

Vinča, en d’autres termes, a connu son expansion parce qu’elle disposait de quelque chose d’équivalent à de l’argent : l’atout de Vinča était la couleur vermillon, dont les ressources étaient rares mais dont le transport était facile. Nous demandons à notre interlocuteur pourquoi une telle culture n’a pas vu le jour, par exemple, au confluent de deux grands fleuves, le Danube et la Save, mais a fait son apparition à côté de la rivière Bolečica ? « Parce que cette rivière jaillit au mont Avala, qui est la clé pour comprendre le développement de Vinča. En effet, la région d’Avala disposait d’importantes ressources alimentaires, il y avait beaucoup d’animaux et on y trouvait aussi des métaux et des mines, notamment des gisements de cinabre. Or les habitants de Vinča savaient qu’en le faisant chauffer à de hautes températures (300° celsius), on finissait par obtenir un très beau pigment de couleur rouge, vermillon, qui n’était pas disponible en quantité abondante dans la nature et qui était donc très recherché. Tout au long de l’histoire, la couleur rouge a été très recherchée. A toute époque, elle a revêtu une valeur symbolique. Il n’est donc pas étonnant que la couleur vermillon ait été un atout stratégique pour Vinča. En outre, dans la région du mont Avala, on trouvait aussi de la malachite, recherchée pour la fabrication de bijoux. Là où il y avait de la malachite, il y avait aussi de l’azurite, de couleur bleue. Mais il y avait également des ressources de couleur ocre…C’est à partir de là que se sont développés les échanges commerciaux… A Vinča, on a retrouvé des bracelets de coquillages, disponibles dans les eaux chaudes de la Méditerranée. Les bracelets de coquillages avaient plus de valeur à Vinča que la couleur vermillon, alors que sur les bords de la mer Egée, c’était l’inverse. Songeons seulement au temps qu’il fallait aux habitants de Vinča pour se rendre à pied jusqu’à la région de la Thessalonique actuelle : deux semaines, pas davantage » nous dit en riant Dragan Janković ; il ne fallait donc pas plus d’un mois aux gens de Vinča pour arriver à Thessalonique, y faire leur négoce et revenir chez eux.

« Nous vivons avec le préjugé qu’à l’ère néolithique, tout était « loin » pour l’homme. Or il ne faut pas oublier qu’à cette époque, un commerçant était aussi porteur d’informations, recueillies au cours de son trajet. A cette époque donc, le commerçant faisait aussi office d’Internet : il était porteur de la première révolution informatique » nous explique le conservateur du centre archéologique de Vinča.

Cependant, à la mairie de Belgrade, on affirme ne pas disposer d’argent pour Vinča. Ce qui est manifestement une contre-vérité, si l’on observe que cette même institution a su trouver des ressources pour construire une réplique de Terazije (vieille artère au centre de Belgrade), telle qu’elle était dans les années 1930, dans la localité de Novi Beograd (ville nouvelle, satellite de Belgrade, bâtie dans les années 1960), où cette « réplique » se présente sans vie, avec une fontaine toujours en service et des gardiens désoeuvrés assis à l’ombre. Il est incroyable que les autorités de Belgrade n’aient pas intégré Vinča, monument culturel d’importance exceptionnelle, au sein du projet de « belgradisation de Belgrade »…

Il apparaît ainsi que la Serbie d’il y a 100 ans était plus attentive aux fouilles archéologiques et aux recherches historiques que celle d’aujourd’hui. A cette époque en effet, le premier archéologue serbe, Miloje VASIĆ, procédait à des fouilles à Vinča, qui se sont prolongées jusqu’en 1934. Il avait réalisé des excavations d’une profondeur de 10,5 mètres. Dans ces dix mètres de couches ainsi mises à nu, on a identifié 7500 ans de vie en continu. Aujourd’hui, ce site attend des temps plus favorables ainsi qu’une politique culturelle dotée d’une vision. Dans l’esprit de l’époque actuelle, où nombre de politiciens serbes cherchent à apparaître les plus « européens » possible, il faut souligner que Vinča était en fait une « Bruxelles » de l’ère néolithique. Ce centre de l’Europe d’alors, gît aujourd’hui sous des fosses septiques..alors qu’il serait possible de montrer aux étrangers un lieu unique, issu du glorieux passé européen, un passé où l’Europe savait vivre en paix. Pour modifier l’image, non seulement de la Serbie et des Balkans mais de l’ensemble de l’Europe ravagée par les guerres, faut-il chercher ailleurs ?

Une époque de paix en Europe

Le site préhistorique de Vinča, sur la rive droite du Danube, à 14 km en aval de Belgrade, fut découvert en 1908. L’analyse des pièces archéologiques a montré que la culture découverte à Vinča est la plus ancienne révélée jusqu’à présent et qu’elle appartient à la première période du néolithique. A cette époque, les civilisations considérées jusque là comme « les plus anciennes » - la Mésopotamie, l’Inde et l’Egypte – n’avaient pas encore découvert le mystère des signes écrits et ne savaient pas non plus faire fondre les minerais ; elles ne connaissaient donc pas les métaux. L’humanité vivait dans la paix de l’âge de pierre, que le poète romain Ovide a appelé « l’âge d’or du genre humain ». A cette époque, la paix régnait sur terre : les hommes étaient peu nombreux, les agglomérations rares et le plus souvent ouvertes et sans protection aucune. On ne disposait pas encore de lances, ni d’épées tranchantes, ni de lourdes haches de combat. Tout ce que l’homme fabriquait à partir de la pierre et d’autres matériaux, était destiné à servir d’outils pour travailler la terre, chasser ou pêcher.

L’espace culturel de Vinča s’étendait sur une zone économique et spirituelle homogène, allant de Skoplje à Budapest et de la plaine de Sofia à la rivière Bosna. Il s’est développé entre 5500 et 4000 ans avant Jésus-Christ, en tant que culture autochtone. Jusqu’à la découverte de Vinča, on considérait que les grands sites du néolithique couvraient une superficie d’environ 20 hectares, alors que la plupart des localités de l’époque s’étendaient sur 5 à 10 hectares. Or, sur le lieu où est apparue la culture de Vinča, on a découvert une agglomération de 10 hectares, dotée de 700 à 800 habitations, ce qui a conduit à donner à ce site le nom de « métropole européenne du 5ème millénaire avant notre ère ».

L’idée du marché unique européen est née à Vinča

Par Dragan Janković, conservateur du site archéologique de Vinča

Comment peut-on décrire la culture des habitants de Vinča ?

Il faut savoir qu’à cette époque, les hommes ne se faisaient pas la guerre, qu’il n’y avait pas d’armes. C’est à cette époque qu’est apparu l’artisanat, la spécialisation des tâches ; le commerce commence à se développer. Les habitants de Vinča se rendent compte qu’ils peuvent tirer profit du commerce. Dans ces conditions, celui qui vivait de l’autre côté de la rivière ou de la montagne, n’était pas considéré comme un adversaire potentiel, mais comme un client potentiel, un partenaire. On ne se protège pas d’un client : celui-ci est le bienvenu. C’est pourquoi sur toutes les figurines emblématiques de Vinča, les bras des personnages sont ouverts, en signe de bienvenue. Cela symbolise l’ouverture de ses habitants au monde extérieur et reflète les relations de bon voisinage. On a assisté alors à l’expansion du commerce, ce qui correspondait aux objectifs de chacun. Apparait alors le besoin d’un grand marché européen. L’idée d’un marché commun européen n’a donc pas jailli dans la tête d’un Européen contemporain, tel était aussi le besoin des hommes de l’ère néolithique. C’était une époque de découverte de nouvelles technologies, d’assimilation de nouvelles connaissances. Les gens de l’époque avaient compris que le savoir, seul, fait la puissance. Le commerçant de cette époque avait de très grandes connaissances et s’efforçait d’en retirer le plus grand profit. Bien entendu, il ne s’agit pas d’idéaliser cette époque, il y avait aussi parmi eux des gens agressifs, mais il faut savoir que l’agression, dans cette culture, était quelque chose d’inacceptable. Cela correspond néanmoins à la plus grande période de paix dans l’histoire de l’humanité.

Vinča ne correspond donc pas à un récit venu d’un passé lointain, mais à un récit concernant notre avenir. Ses habitants ont alors atteint un état auquel nous sommes loin de pouvoir prétendre. Pourquoi leur univers s’est-il écroulé ? La découverte du métal a probablement servi de boîte de Pandore. On a mis au point une technologie qui allait tout emporter. Le cuivre a rendu possible la production d’armes en masse. Or, dans le voisinage de Vinča vivaient des peuples qui ont été en mesure, grâce au moulage, d’organiser la production d’armes en masse. Assez vite, celui qui fut à l’origine de cette production en masse, se rendit compte qu’il pouvait accéder à la richesse sans travailler. Il saisit le sens du mot pillage. Ainsi à la fin du néolithique, après mille ans de paix, vient le temps du pillage, une époque de troubles où les habitants de Vinča ont perdu leurs repères. En effet, ces temps nouveaux vont à l’encontre de toutes leurs valeurs ainsi que d’eux-mêmes…Avec la disparition de la culture de Vinča, s’achève une période idyllique dans l’histoire de l’Europe, où tous vivaient de leur travail. Apparaissent alors des temps nouveaux, un nouvel ordre mondial, où nombre de gens vont vivre du travail d’autrui…L’ère néolithique se présente ainsi comme une époque incroyable. Cette période permet d’entretenir l’espoir que la vie sans domination n’est pas une utopie. En effet, si ce type de vie a existé jadis, dans nos régions, alors ce n’est pas une utopie. C’est pourquoi le néolithique est une période aussi belle et intéressante à étudier. Les archéologues devraient, outre leurs travaux scientifiques, être les continuateurs de ces idées datant du néolithique qui permettent de dire qu’il était possible de vivre sans se livrer à la guerre.

Pourquoi a-t-on fermé le site archéologique de Vinča ? La raison n’en est évidemment pas le terrain glissant, qu’on ne discerne nulle part ?

Nous souhaitions disposer d’un lieu d’exposition, car l’intérêt pour Vinča subsiste. Le baraquement que l’armée a mis à notre disposition en 1985 était une solution provisoire, en attendant qu’on nous affecte un espace convenable, mais voilà près de 30 ans que rien ne se passe. L’état du baraquement qui nous a été donné s’est tellement dégradé qu’il n’offre plus de sécurité. A cause des infiltrations d’eau et faute d’obtenir des moyens auprès de la Mairie pour aménager cet espace, nous avons été contraints d’évacuer les objets exposés. Nous avons tout mis dans des cartons que nous avons laissés en dépôt au Musée de la ville de Belgrade. Il n’est pas possible d’y regarder les objets originaires de Vinča, car ce Musée ne dispose toujours pas de bâtiment propre. Belgrade est la seule métropole européenne à ne pas disposer de bâtiment pour le Musée de la ville.

Comment jugez-vous le manque d’intérêt de l’élite politique pour dégager des ressources pour le centre archéologique de Vinča ?

Le fait de ne pas disposer d’argent pour entretenir des monuments culturels d’intérêt exceptionnel, tout en construisant simultanément une reproduction de ce qu’était Terazije en 1936, lllustre l’absence de critères d’évaluation et d’objectifs prioritaires…Nous ignorons pourquoi le Secrétariat de la ville à la Culture ignore l’importance de Vinča et ne montre pas d’intérêt pour résoudre les nombreux problèmes qui se sont accumulés. Cette année, nous n’avons encore reçu le moindre dinar pour assurer l’entretien et la sauvegarde du site, alors que la ville a été à l’origine de notre fondation et que la loi l’oblige à nous financer et à nous protéger.

Pourquoi Vinča est-elle si importante pour l’archéologie et l’histoire de l’Europe ?

Tous les experts sont d’accord pour estimer que la culture de Vinča correspond au zénith de l’époque néolithique. Avec la découverte de Vinča, le début de la civilisation urbaine européenne se déplace de la Crète et de Mycènes à l’ère néolithique. Dans cette région-ci, Vinča est la première ville européenne. Pourquoi Vinča n’occupe-telle pas la place qu’elle mérite dans le patrimoine culturel de l’Europe ? Parce que la science est souvent très lente, parfois même brutale. Les gens ont besoin de temps pour s’habituer aux nouveautés. Certains grands savants élaborent de grandes œuvres sur certains sujets, puis surgit quelque chose de nouveau qui détruit ce qu’ils ont construit. Pour les scientifiques véritables, cela ne devrait pas poser de problème, mais certains d’entre eux, qui ont consacré toute leur vie à leurs recherches, s’opposent aux interprétations nouvelles, différentes. Leurs disciples agissent de même. Il faut du temps pour que les choses changent, plus exactement pour que les préjugés tombent. L’ironie veut qu’on continue d’appeler cette période « le début de l’âge de pierre » (ou l’âge de pierre primitif). Or à cause de la découverte de Vinča, qui modifie la vision complète et les stéréotypes sur « l’homme préhistorique », qui était capable, notons-le en passant, de fabriquer, entre autres, un rasoir (il l’utilisait pour se raser !), qui disposait d’un sol chauffé et un parquet poli dans la maison où il vivait (avec plusieurs pièces), qui savait construire un four (au lieu de l’âtre), qui vivait dans une environnement urbain doté de voies de communication (rues) – bref, à cause de Vinča, nous devrions modifier toute la terminologie relative à la préhistoire et au mode de vie de nos ancêtres…

Quels seraient l’avantage et l’intérêt (non seulement en argent) des investissements dans les recherches archéologiques à Vinča ?

Jusqu’à il y a un peu plus de deux ans et demie, quand la localité de Vinča fut fermée aux visiteurs, il y avait davantage de visites ; il y avait un espace d’exposition d’environ 40m2. Mais si vous ne disposez pas de toit, ni d’escaliers pouvant accueillir des groupes de touristes, et a fortiori des personnes handicapées, si vous ne disposez pas de toilettes, alors les agences et les touristes vous évitent. Il n’est pas douteux que chaque dinar investi dans la promotion de ce site serait remboursé au centuple. Mais il faudrait, pour cela, que notre élite politique ait conscience de ce que Vinča représente et de ce qu’elle pourrait rapporter. Un investissement sur ce site se traduirait, sans nul doute, par un profit matériel, mais un avantage encore plus important proviendrait de la modification des mentalités, et donc de l’image de toute cette région. L’ensemble des Balkans apparaîtraient sous un nouveau jour, les gens nous identifieraient aussi par rapport à ce que nous avons été dans ces temps anciens, et non par rapport aux événements des 20 ou des 200 dernières années. L’élite politique n’a pas conscience combien Vinča pourrait contribuer à modifier toute cette région. Il est certain que nous sommes nous-mêmes coupables du peu de connaissance qu’on a de Vinča. Il ne faudrait quand même pas que les Anglais s’occupent de la promotion de Vinča, ils s’occupent déjà de Stonehenge. Chacun doit s’occuper de son patrimoine culturel, veiller sur lui et en être fier. Hélas, chez nous, en Serbie, il n’en est pas ainsi.

 

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LM 10/10/2012 18:54


Oui mais Zoom il semblerait aussi que ce soit plus bidon que là.


LM

zoom 10/10/2012 16:07


Hehe,, en Bosnie nous avons nos Pyramides à VIsoko


il semblerait que ce soit les plus sophistiquées parmi les pyramides découvertes à travers le monde.


 

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