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Autour du gaz, les liaisons dangereuses des milieux d’affaires français avec l’oligarchie russe

Publié par wikistrike.com sur 16 Mars 2018, 08:10am

Catégories : #Economie

Autour du gaz, les liaisons dangereuses des milieux d’affaires français avec l’oligarchie russe

Le gaz russe justifierait-il toutes les plus basses compromissions ? C’est ce que semblent estimer plusieurs dirigeants de grandes entreprises françaises, dont Total, Engie ou Vinci, prêts à tout pour engranger des profits. Ces compagnies se sont alliées à des oligarques russes, soutiens des extrêmes droites européennes et nord-américaines les plus xénophobes, pour réaliser un immense projet d’extraction gazière méga polluant dans le Grand Nord. Décryptage de ces liaisons dangereuses qui nuisent à la démocratie et au climat, à l’occasion du premier tour de l’élection présidentielle russe, ce 18 mars.

La coïncidence des dates est révélatrice. Le 12 décembre dernier, Emmanuel Macron organisait en grande pompe à Paris le « One planet summit », visant à afficher le leadership de la France en matière de climat et à promouvoir le rôle central du secteur financier pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. Quelques jours auparavant, Vladimir Poutine inaugurait lui-aussi en fanfare le complexe Yamal LNG, dans le grand Nord russe : un immense projet d’extraction gazière, associé à une usine de liquéfaction et à des installations portuaires pour exporter le combustible vers l’Asie ou vers l’Europe, malgré les glaces et des températures pouvant descendre jusqu’à -50°C.

D’un côté, la réaffirmation de la « mondialisation heureuse » et de la capacité de la communauté internationale à agir contre le dérèglement climatique. De l’autre, un projet situé dans une région de la planète, la péninsule de Yamal – qui signifie la péninsule du « bout du monde » dans la langue des indigènes Nenets – qui semble préfigurer les conséquences les plus apocalyptiques du réchauffement des températures. La fonte du pergélisol – partie du sol auparavant gelée en permanence à ces latitudes – provoque des explosions de méthane formant de vastes cratères, ainsi qu’une résurgence de la bactérie meurtrière anthrax, disparue depuis près d’un siècle.

Yamal LNG signifie aussi l’ouverture des vastes gisements d’hydrocarbures de l’Arctique à l’exploitation industrielle, en contradiction avec les objectifs officiels de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), alors que les températures de l’Arctique battent à nouveau des records de chaleur cet hiver [1]. Le projet représente une nouvelle affirmation des prétentions russes sur la région polaire et sur ses ressources, mené à bien malgré les sanctions économiques occidentales et grâce à une alliance plus étroite avec les intérêts chinois. Il s’agit enfin d’un projet dont la rentabilité même est conditionnée par la poursuite du réchauffement des températures globales, puisqu’elle dépend de la fameuse « route du Nord », autrement dit de l’ouverture de l’océan Arctique à la navigation grâce à la fonte des glaces.

Les groupes français très impliqués dans Yamal LNG

One Planet Summit et l’inauguration de Yamal LNG : à première vue, les deux événements ne pourraient être plus éloignés l’un de l’autre. Pourtant, on y retrouve en partie les mêmes acteurs, à commencer par les milieux d’affaires et les institutions publiques françaises. L’un des piliers de Yamal n’est autre que Total, qui contrôle 20 % du projet lui-même, mais aussi 16 % de Novatek, l’entreprise gazière russe qui détient la majorité de Yamal LNG et qui a été constituée pour exploiter le gaz de la péninsule [2].

Le principal actionnaire de Novatek est le Volga Group, propriété de Guennadi Timchenko, un proche de Vladimir Poutine. Le géant pétrolier n’est pas la seule firme tricolore impliquée dans ce projet à 27 milliards de dollars. Vinci Construction a réalisé les immenses cuves sur pilotis destinées à stocker le gaz liquéfié. Technip (aujourd’hui fusionnée avec l’américaine FMC, sous le nom de TechnipFMC) s’est chargée de l’usine de liquéfaction, pour 4,5 milliards d’euros. Sans parler d’une dizaine d’entreprises françaises de plus petite taille, dont certaines ont comme actionnaire de référence l’État français, via la banque publique Bpifrance.

La Russie première réserve pétrolière de Total

L’importance stratégique de ce projet, pour Total et les intérêts français, se mesure à la détermination avec laquelle ils se sont accrochés à sa réalisation, contre vents et marées. La crise ukrainienne et les sanctions économiques imposées par les États-Unis et l’Union européenne, visant notamment Guennadi Timchenko, ont obligé Total et Novatek à trouver laborieusement une solution de financement sans transaction en dollars, et sans implication d’un acteur de nationalité états-unienne. La Russie est désormais le premier pays contributeur aux « ressources prouvées » d’hydrocarbures de Total, un indicateur clé pour une firme pétrolière. Nul hasard non plus si le premier navire méthanier brise-glaces construit pour transporter le gaz de Yamal LNG – il y en aura une quinzaine au final – a été baptisé le « Christophe de Margerie », en l’honneur de l’ancien PDG de Total décédé accidentellement en Russie fin 2014, et que Vladimir Poutine a toujours présenté comme un « grand ami » de son pays [3].

Les dirigeants russes ont cherché à utiliser leurs relations avec les multinationales françaises, allemandes, ou autres, comme contre-feu face à la politique menée par leurs gouvernements. Dans le cas français, les dirigeants de Total ont été trop heureux de se prêter à cette « diplomatie du business ». Il ont été reçus par Vladimir Poutine comme des chefs d’État devant les caméras de la télévision russe, affirmant que Total « représente un peu la France elle-même ».

 

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