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Ehpad: Nos aînés tombent comme des mouches

Publié par wikistrike.com sur 24 Mars 2020, 17:55pm

Catégories : #Santé - psychologie

Ehpad: Nos aînés tombent comme des mouches

Seize autres personnes sont décédées dans deux établissements de Haute-Marne.

"La situation est très dure". L'Ehpad "Maison de retraite et de gériatrie" du groupe Rothschild est frappé de plein fouet par l'épidémie de coronavirus, rapporte Le Parisien mardi 24 mars.

L'établissement, situé dans le XIIe arrondissement de Paris, comptabilise 81 cas de covid-19 et 16 pensionnaires sont déjà décédés en moins de deux semaines.

"On est tous à 100% mobilisés face à cette situation exceptionnelle, indique au Parisien la direction. On fait tout ce que nous pouvons, mais la situation est très dure." D'autant plus que les pensionnaires ne sont pas les seuls touchés : une vingtaine de membres du personnel est positive.


Cet Ehpad est particulièrement grand, puisqu'il accueille 510 résidents, qui souffrent pour la plupart de pathologies lourdes. Un autre bâtiment héberge quant à lui une soixantaine d'autres résidents. La majorité des personnes décédées dans cet établissement est âgée de plus de 90 ans, la plus jeune ayant 75 ans et souffrait de la maladie d'Alzheimer, précise Le Parisien. Une cellule psychologique a été mise en place pour venir en aide aux familles des victimes.

"Ce terrible bilan montre qu'il faut de toute urgence venir encore plus en aide à nos anciens, estime auprès du Parisien le médecin urgentiste Patrick Pelloux. Il faut que le gouvernement prenne conscience que la catastrophe est imminente dans les Ehpad". Il demande à ce que les malades puissent avoir accès à un traitement à base de chlroroquine.


Seize autres personnes sont décédées dans deux Ehpad de Haute-Marne, a déclaré sur BFMTV la maire de Saint-Dizier, Elisabeth Robert-Dehault

Vingt résidents d'un Ehpad de Cornimont dans les Vosges sont morts "en lien possible avec le Covid-19", avaient annoncé lundi l'Agence régionale de santé (ARS) du Grand Est et la préfecture des Vosges.

Coronavirus : « La catastrophe dans les Ehpad, on y est »

 

 

La nouvelle est redoutée par toutes les familles. Après la fin des visites dans les Ehpad, les premiers cas de Covid-19 dans les établissements pour personnes âgées sont signalés aux proches, avec la mesure obligatoire qui les accompagne : le confinement de tous les résidents dans leurs chambres. Plus de repas collectifs, plus de sorties dans les couloirs. Le face-à-face constant avec la télévision tellement anxiogène – quand on en a une –, les appels angoissés de la famille, et la même question qui revient inlassablement, à toute heure du jour, pour ceux auxquels la mémoire fait défaut. « Pourquoi je ne sors plus ? »

Quelle violence… Et comment faire, matériellement, pour porter tous les repas en chambre, pour prévenir les risques d'escarre ou de fausse route, quand le personnel lui-même commence à manquer à l'appel ? Jean-Bernard Prim dirige l'association Chemin d'espérances, responsable d'une vingtaine d'Ehpad sur tout le territoire. Chaque jour, il est en réunion de crise avec les directeurs de ses établissements, échangeant des bonnes pratiques, s'adaptant le plus humainement possible à la pénurie de matériel et au manque de personnel. Car c'est cela le plus dramatique. Alors que la situation est en temps ordinaire déjà tellement tendue dans les Ehpad français, les équipes, malgré leur dévouement, tombent malades, ont de plus en plus de difficulté à venir et se réduisent partout. Alors ici, on cesse de faire le ménage. Là, on ne lève plus les résidents. Et partout, on a de moins en moins de temps pour tenir la main de ceux qui, privés de leurs familles, en ont plus que jamais besoin. Entretien.

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Le Point : La semaine dernière, tous vos établissements ont été fermés aux visites. Comment avez-vous géré cette étape ?

Jean-Bernard Prim :Cela a été très difficile pour tout le monde. Les résidents ne comprennent pas toujours, on leur explique la situation et puis ils oublient, et certains se croient abandonnés de leurs familles. Nos équipes font tout leur possible pour atténuer en eux ce sentiment. Nous avons mis en place des rendez-vous Skype pour les familles connectées, des permanences téléphoniques dédiées pour l'échange de nouvelles avec les proches, des animations grâce à des dessins d'enfants, etc.

Quand certains de vos résidents ou de votre personnel soignant ont commencé à avoir des symptômes, avez-vous pu avoir aisément accès aux tests et aux masques comme cela est préconisé ?

Cela dépend des régions. À l'Ehpad Grenelle de Paris, le médecin coordinateur s'est débrouillé avec un laboratoire et a pu tester quinze personnes, résidents et personnel. À Bordeaux, en revanche, j'ai un responsable de soins qui a 39,5 depuis trois jours, qui a évidemment été en contact avec de nombreux résidents, et qui n'a pu se faire tester qu'aujourd'hui. Les Agences régionales de santé (ARS) préconisent le port du masque pour s'occuper des résidents positifs, mais encore faut-il en avoir ! Nous n'avons commencé à être approvisionnés que le week-end dernier, à hauteur de 5 masques par lit et par semaine, mais nous n'avons toujours pas assez de surblouses ni assez de lunettes de protection. Nous avons pris l'initiative de demander à des bénévoles de nous fabriquer des masques en tissu pour le personnel.

 

Quand des résidents sont testés positifs, on confine donc tout le monde en chambre. Est-ce gérable ?

On confine dans les chambres, soit par étage, soit par bâtiment entier, oui. Mais le confinement individuel pose d'énormes problèmes. Des risques d'escarre si la personne reste trop longtemps couchée, des risques de fausse route si elle prend ses repas seule. Quand les repas sont pris en collectivité, une même encadrante peut aider à manger et surveiller plusieurs personnes âgées en même temps. Quand les repas sont pris en chambre, et sachant que nous manquons de plus en plus de personnel qui lui-même commence à tomber malade, c'est extrêmement tendu. Dans un de nos Ehpad, dimanche, il n'y avait plus assez de personnel pour lever les résidents. Tous ceux qui ont besoin d'aide pour se mettre debout sont restés au lit. Nous nous concentrons sur les tâches essentielles, le change par exemple.

Dans les Ehpad, la fin de vie est aujourd'hui d'une violence inouïe

Lorsque le Samu est appelé pour des personnes âgées en détresse respiratoire, vient-il ?

Tout dépend des régions, mais là où la situation est tendue, comme en Alsace, le Samu ne se déplace pas. On peut nous livrer de l'oxygène, mais les gens ne sont pas hospitalisés, les places de réanimation sont laissées à d'autres.

Et en cas de décès, comment les choses se passent-elles ?

Covid-19 ou pas, il y a beaucoup de personnes en fin de vie dans les Ehpad. Et non seulement nous n'avons nous-mêmes plus le temps matériel de leur tenir la main, mais nous n'avons plus le droit de laisser venir les familles pour les accompagner. C'est d'une violence inouïe. D'autant qu'une fois le décès survenu, vous savez qu'il n'y a plus de soins funéraires, les corps ne sont plus habillés, ils sont directement placés dans des housses mortuaires et mis en bière immédiatement. Cela aussi, c'est extrêmement dur.

Mais en l'absence de tests systématiques, comment connaîtrez-vous le nombre de décès qui seront imputables ou non au coronavirus ?

Tous les décès sont signalés à l'ARS et nous avons des logiciels de soins, tous les symptômes sont tracés.

Cela fait des années que nous hurlons dans le désert

Le personnel tient-il ?

Les membres du personnel sont héroïques, font des heures supplémentaires sans rechigner, prennent les transports en commun pour venir travailler, regagnent le soir leurs familles qui craignent qu'ils ne les exposent au virus : leur dévouement est remarquable. Nous leur devons respect, gratitude, mais aussi protection. La catastrophe, dans les Ehpad, on y est… Et pourtant cela fait des années que nous hurlons dans le désert pour réclamer que ces professions soient revalorisées, pour alerter sur la privatisation et la financiarisation du secteur. Depuis que les grands groupes se sont imposés dans le domaine de la dépendance, la tendance est à la taylorisation des tâches, au minutage des toilettes, et aux réductions budgétaires. La nation n'a jamais voulu se pencher sérieusement sur ces questions. Nous allons le payer aujourd'hui.

 

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