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Le scandale jamais terminé de la viande de cheval falsifiée

Publié par wikistrike.com sur 25 Mars 2021, 10:38am

Catégories : #Ecologie - conso - biodiversité - énergie

Le scandale jamais terminé de la viande de cheval falsifiée

Sept ans après le scandale des « lasagnes à la viande de cheval », les conditions restent réunies pour que de telles fraudes aient lieu. Ingrid Kragl de l’organisation Foodwatch explique pourquoi dans l’ouvrage « Manger du faux pour de vrai ». Extraits.

Vous croyiez les lasagnes et autres plats préparés à base de cheval retirés des rayons ? Détrompez-vous ! Des canassons aux passeports falsifiés, des chevaux de course traités lourdement aux anti-inflammatoires, des bêtes maltraitées, malades, impropres à la consommation pénètrent aujourd’hui encore – et massivement – les circuits de distribution européens et français, sans que nous en soyons informés. Il existe en fait deux scandales dans le même scandale : du cheval a continué de se faire passer dans les supermarchés pour du bœuf, et ce bien des années après 2013.

La crise du coronavirus propice aux fraudes

Ensuite, des chevaux de loisir ou de course traités aux antibiotiques – notamment phénylbutazone, un anti-inflammatoire non stéroïdien – qui ne sont pas censés entrer dans la chaîne alimentaire ont fini sous vide avant d’atterrir dans nos assiettes. En juillet 2020, des animaux vivants et plus de 17 tonnes de viande chevaline ont été saisis dans plusieurs abattoirs européens. « Environ 20 % des passeports étrangers utilisés pour ces chevaux présentaient des signes de falsification », détaille l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire belge (AFSCA).

En Belgique, « 28 passeports falsifiés ont été identifiés, essentiellement pour introduire illégalement des équidés "exclus de la chaîne alimentaire" dans la chaîne alimentaire ». En avril 2020 déjà, soit en pleine crise du coronavirus, deux cargaisons frauduleuses de viande chevaline avaient été saisies au Danemark et aux Pays-Bas. D’après The Telegraph, il s’agissait de viande de cheval en provenance d’Allemagne « déguisée en bœuf [...], les criminels profitant de la fermeture des frontières et des fermetures d’entreprises pour vendre de faux produits ».

Le trafic dure depuis 2013

Alors que l’Europe importe d’outre-Atlantique la majeure partie du cheval qu’elle mange (80 % de la viande chevaline vendue dans nos hypermarchés arrive des Amériques), de nombreux rapports d’audit des inspecteurs vétérinaires de la Commission européenne tirent la sonnette d’alarme quant à l’absence de traçabilité et aux conditions sanitaires déplorables constatées en Argentine, Uruguay, Mexique et même au Canada. Depuis des années, de nombreux voyants sont au rouge, et même rouge vif. Pourtant, on a assisté, impuissants, au cercle infernal des scandales alimentaires qui s’enchaînent selon un schéma quasi immuable : opacité pour les consommateurs, évident manque de traçabilité et sous-effectifs criants au sein des organes de contrôle.

En ayant accumulé les preuves sur plusieurs années, je veux parler précisément du cheval parce que les leçons de cette histoire sont loin d’avoir été tirées. En vérité, le trafic des chevaux impropres à la consommation n’a jamais cessé, même après le « horsegate » de 2013. Remontons le fil de l’histoire... récente. Le 6 mars, puis le 27 avril 2020, en pleine crise du Covid-19 donc, les Pays-Bas informent leurs voisins européens qu’ils ont saisi des chevaux à la traçabilité plus que douteuse ; et l’enquête montre que certains sont vendus en France et en Belgique. Les 6 et 10 avril, la Pologne alerte à deux reprises sur la vente à l’Italie de chevaux qui auraient dû être « exclus de la chaîne alimentaire ».

Des médicaments impropres à la consommation dans nos steaks ?

Trois mois auparavant, en janvier 2020, les agents du service espagnol de protection de l’environnement (SEPRONA) ont arrêté, dans la province de Barcelone, un groupe de criminels en bande organisée soupçonnés de vendre de la viande de cheval impropre à la consommation humaine, provenant de 300 bêtes tuées dans des abattoirs qui ne respectaient pas les réglementations nationales et européennes en matière alimentaire. Là encore, les documents étaient falsifiés. Au cours de leur enquête, ils passent au crible les papiers d’identité de plus de 10 000 chevaux. L’opération conduit à l’arrestation de 15 suspects et à l’ouverture d’une enquête pour 13 autres.

Tous s’adonnaient à leurs activités criminelles depuis 2015, avec l’appui d’un abattoir, de plusieurs fermes d’élevage, de marchands de bétail et même de vétérinaires. En 2017 déjà, l’Espagne avait arrêté 65 individus mêlés à un trafic aux ramifications européennes. Reprenons le fil. En octobre 2019, le Royaume-Uni prévient Paris que des tests en laboratoires montrent que du cheval bourré de phénylbutazone, un anti-inflammatoire, est entré frauduleusement dans la chaîne alimentaire française.

 

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