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En Roumanie, Ikea accusé de « massacrer » les forêts

Publié par wikistrike.com sur 18 Septembre 2021, 07:57am

Catégories : #Ecologie - conso - biodiversité - énergie

En Roumanie, Ikea accusé de « massacrer » les forêts

Après plus de deux années d’investigations, l’ONG roumaine Agent Green a publié mi-août un rapport dénonçant la gestion par Ikea de ses 50 000 hectares de forêts en Roumanie. D’après elle, des coupes rases au pied des Carpates entraînent des glissements de terrain qui risquent de mettre en danger la forêt primaire et les habitants.

 

Focșani et Tătaru (Roumanie), reportage

Le rendez-vous est donné. Trois hommes nous attendent dans un café en banlieue de Focșani, une ville industrielle dans l’est de la Roumanie, au pied des Carpates orientales. Ils travaillent tous pour Ingka Investments, filiale du groupe Ikea. L’entreprise détient 50 000 hectares de forêts en Roumanie, ce qui en fait le plus gros propriétaire privé du pays. Elle accusée par l’ONG roumaine Agent Green, qui lutte contre la déforestation, de bafouer ses engagements environnementaux et de « massacrer » les forêts du pays.

Le directeur national d’Ingka, Constantin Moisa, est venu spécialement accompagné du responsable de la conformité, Costel Bucur, et de Paul, le coordinateur local, qui sera notre chauffeur du jour. Le déplacement de ces trois hommes pour répondre à nos questions dans cette région rurale de la Roumanie traduit la gravité des accusations portées à l’encontre de l’entreprise. « Ikea répète qu’il gère durablement les forêts roumaines, alors que nous avons des preuves qu’il les détruit », peut-on lire dans le rapport d’Agent Green, l’une des organisations les plus actives du pays.

La délégation d’Ingka nous propose de monter dans leur voiture pour visiter l’une des exploitations forestières décrites dans le rapport d’Agent Green, située à proximité de la localité de Tătaru. La piste pour arriver jusqu’au village est chaotique, poussiéreuse, parsemée de rochers et rythmée par des pentes abruptes. Moins de 500 âmes vivent dans ce village, le dernier avant que la route ne s’arrête et ne laisse place à une forêt sauvage et extrêmement dense [1].

Avant de descendre vers le village pour visiter la parcelle forestière que détient Ikea, notre voiture s’arrête. « Vous la voyez la déforestation ? » questionne avec ironie Constantin Moisa, directeur d’Ingka Investments en Roumanie. Les 50 000 hectares que détient le géant de l’ameublement via sa filiale en Roumanie sont fragmentés dans tout le pays, principalement dans le sud-est.

« Ikea ne respecte absolument pas ses engagements. »
Les parcelles situées dans les forêts de Dălhăuți et de Tătaru sont particulièrement ciblées dans le rapport d’Agent Green, puisqu’elles se situent parfois en plein milieu d’aires protégées ou Natura 2000. « Cela fait deux ans que nous menons des investigations avec des experts pour récolter des preuves », dira plus tard à Reporterre Mircea Barbu, coordinateur de l’enquête pour l’ONG. « Grâce à de nombreuses images satellites, de drones et des enquêtes de terrain, nous avons montré qu’Ikea ne respecte absolument pas ses engagements pour réguler durablement ses forêts, c’est même tout le contraire. » Des ingénieurs forestiers ont notamment été diligentés par Agent Green pour se rendre sur les lieux.

« Au lieu d’effectuer des coupes d’arbres progressives pour laisser le temps aux arbres de se régénérer, Ikea pratique des coupes rases [abattage de la totalité des arbres d’une parcelle], c’est une catastrophe pour la biodiversité. Sur la zone de Tătaru, c’est clairement visible, nous avons constaté une érosion massive des sols et des glissements de terrains », affirme Mircea Barbu. « Pour la communauté de Tătaru, cela pourrait même être dangereux si un glissement de terrain venait à couper la seule route qui les relie au monde extérieur. »

Nous visitons une première parcelle de 4,5 hectares. Constantin Moisa, le directeur de l’entreprise qui gère les forêts roumaines d’Ikea, assure : « Nous sommes transparents sur la gestion de nos forêts. Dans cette zone, le bois que nous coupons est principalement destiné aux communautés locales pour se chauffer. Nos parcelles sont gérées de manières durables en étudiant les espèces d’arbres, en coupant celles qui empêchent d’autres de se développer, et en maintenant cet écosystème. »

Nous passons devant une zone qui s’apparente à un glissement de terrain. Un phénomène pointé du doigt par Agent Green dans son rapport, et qui résulte selon l’organisation d’une mauvaise gestion forestière. « C’est naturel dans la région, regardez autour de vous », assure Constantin Moisa. Certains arbres encore debout sont abîmés par le bardage, la technique pour acheminer les troncs en dehors de la forêt. Ils semblent vidés de l’intérieur, écorchés par le passage des grumes. Là aussi, un « phénomène inévitable et sans conséquence », selon les salariés d’Ingka.

 

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