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VIDEO. Démonstration de force du FLNC, la menace d'un retour à la lutte armée

Publié par wikistrike.com sur 3 Septembre 2021, 07:18am

Catégories : #Politique intérieure

VIDEO. Démonstration de force du FLNC, la menace d'un retour à la lutte armée

L'Union des Combattants et le 22-Octobre rendent publique une déclaration commune. Ils y font un bilan sans concession des Territoriales et de la position hégémonique de Gilles Simeoni. Dans une apparition nocturne, ils visent également l'État

L'image est inédite. Elle montre une soixantaine de clandestins lourdement armés et rassemblés dans la nuit, issus de l'Union des Combattants et du 22-octobre, deux mouvements qui ont longtemps suivi des chemins parallèles.

On la doit à une promesse faite par ces mêmes groupes dans un communiqué laconique, rendu public le 2 juin dernier au cœur de la campagne électorale d'alors : celle de livrer à l'issue des Territoriales une analyse du scrutin qui, depuis, a vu la victoire de la liste de Femu conduite par Gilles Simeoni, sans l'appoint cette fois des autres forces nationalistes.

La déclaration commune, lue derrière une tribune qui rappelle les conférences de presse d'un passé finalement pas si lointain, s'est faite cette fois sans témoin.

Un texte de cinq feuillets signé par les devises des deux mouvements, "A ragione hè a nostra forza" pour le 22-octobre et "À populu fattu bisognu à marchjà" caractéristique de l'Union des combattants, ainsi qu'une vidéo à la voix masquée, sont parvenus à la rédaction de Corse-Matin.

Ils livrent une analyse sans concession de l'élection de juin, marquée par la fin de l'alliance Pè a Corsica qui a porté à deux reprises les forces nationalistes au pouvoir territorial en 2014 puis en 2017 : "La gestion de cette nouvelle assemblée sera celle de Gilles Simeoni."

Et faisant le constat d'une situation bloquée avec Paris, ils annoncent même la suite de la "Lutte de Libération Nationale" par le FLNC, lutte marquée en 2014 et 2016 par le dépôt des armes de l'UC et l'amorce d'un processus de démilitarisation par le 22-Octobre : "A l'État français, nous disons clairement que si sa politique de mépris perdure, nous reprendrons définitivement, avec probablement plus de détermination encore que par le passé, les chemins de la nuit combattante que nous connaissons si bien."

Ce rassemblement s'est déroulé dans la nuit du 31 août au 1er septembre, alors qu'une tentative d'attentats à l'explosif visait trois bungalows près de la plage de Capo di Feno, action restée sans revendication à cette heure.

Les territoriales, première lecture

Le texte introduit par les citations de deux ministres des gouvernements Valls et Castex à six années de distance, Marylise Lebranchu et Jacqueline Gourault, revient ainsi sur les résultats des Territoriales par ce constat : "Près de 68 % des suffrages démontrent que le bulletin de vote estampillé ''nationaliste'' n'effraie plus l'électorat… Le bilan qui était annoncé par l'opposition comme fortement critiquable n'a pas fait le moindre obstacle à la progression des idées nées du Mouvement National".

Il dresse ensuite l'inventaire des performances nationalistes. "Le plébiscite de l'électorat pour le président de l'Exécutif", en premier lieu. "Sa vision moderne et ambitieuse, sa droiture morale reconnue et son charisme personnel en font un leader incontournable que la Droite et les scories du Clan n'ont pu ébranler". Le PNC, ensuite, qui "fidèle à sa stratégie d'ouverture, pour sa première participation en solo, réalise un excellent premier tour", puis "fidèle à sa philosophie de rassembleur, permet le rattrapage de Corsica Libera au second"', relevant au passage l'ancrage politique "encore très fort" de ce dernier. Le résultat jugé "remarquable" de Core in Fronte enfin, qui entre à l'Assemblée par "la grande porte" grâce à un "programme sans ambiguïté sur ses convictions indépendantistes et sociales".

La première lecture du scrutin par le FLNC est ainsi claire : "Les Corses veulent les nationalistes au pouvoir… Le mouvement indépendantiste représente 15 % des Corses, la Gauche est atomisée et la droite dans les cordes".

Sa deuxième lecture montre pourtant un regard "plus mitigé".

Les territoriales, deuxième et troisième lectures

Les deux groupes clandestins reviennent en effet sur l"hégémonie choisie par la liste de Gilles Simeoni " et qui "laisse présager d'une gouvernance sans partage". Regrettant d'ailleurs la volonté affichée par le président de l'Exécutif dans sa présentation et ses remerciements "d'ostraciser le PNC et Corsica Libera", et le peu de contacts entretenus avec Core in Fronte depuis l'arrivée des nationalistes au pouvoir.

"A l'État français, nous disons clairement que si sa politique de mépris perdure, nous reprendrons définitivement, avec probablement plus de détermination encore que par le passé, les chemins de la nuit combattante que nous connaissons si bien."

La coalition de 2017 avait été bâtie pour tenir 10 ans. Elle n'a pas survécu à un second mandat. Et le FLNC s'inquiète maintenant de la nature profonde du vote exprimé en juin, de l'adhésion "subite" à la "cause nationale" de maires et de l'électorat de communes jusque-là tenues historiquement par "des votes clanistes Les Républicains ou PRG", mais qui ont cependant opéré ce qu'il nomme "virage à 180° vers le nationalisme 'moderne'".

Le mouvement clandestin pose la question : " Qui vote pour quoi aujourd'hui en Corse dans une élection territoriale qui est le marqueur le plus important des idées nationalistes ?". Et aborde même un débat qui a fugacement traversé la campagne, sur la possible victoire électorale d'une forme de "post-nationalisme": "Nous pensons pour notre part que nous sommes face à l'avènement d'un nouveau Clan qui a utilisé tous les ressorts de ses prédécesseurs pour se faire élire. Et il y est parvenu, en édulcorant au possible son discours".

La mise à l'écart des indépendantistes en a été l'un des signaux, selon le FLNC. Qui poursuit : "Nous pensons que les ambitions de la LLN (lutte de libération nationale, ndlr) sont aujourd'hui jetées aux oubliettes de l'histoire et qu'elles ont été sacrifiées sur l'autel de la recherche d'une exclusive victoire électorale… Avec pour seule ambition d'être le reflet fidèle de cette soi-disant nouvelle Corse, faite de clanistes en mal de repères et de nouveaux arrivants séduits par la dialectique de paix de nouveaux élus".

La mise en garde à l'État

Les deux mouvements clandestins en tirent la conclusion qu'ils ont suffisamment sacrifié à la trêve de la lutte armée, quand "les élus de la Corse se sont gargarisés d'avoir apporté la paix alors que l'apaisement de ces dernières années est exclusivement du fait du FLNC", "la disparition des ambitions historiques de la LLN s'accompagnant de la disparition du peuple corse". Ils relèvent une forme d'impasse démocratique dans la relation avec Paris : "35 %, puis 57 % puis 68 % ne changeront rien. Absolument rien. Pendant les six années qui viennent de passer, au lieu de tenir compte de l'évolution politique de la Corse à la simple lecture des résultats électoraux, l'État français a affiché son aveuglement et sa surdité politique."

La suite est une mise en garde explicite : "Considérer notre discrétion sur le terrain politico-militaire comme un signe d'abandon de nos valeurs a fait commettre (à) l'état et aux nouveaux élus une erreur politique majeure. Le FLNC n'a pas vocation à abandonner la Lutte alors même qu'aucun des objectifs pour lesquels il a été créé n'ont été atteints". Elle sonne même comme un appel aux troupes, peut-être ensommeillées, et apporte de premières réponses aux critiques qui pourraient poindre. La lutte politico-militaire dans une Europe qui l'a largement abandonnée, ne serait ainsi "jamais obsolète si la défaite est signe de disparition d'un peuple" selon la déclaration commune.

Le FLNC en appelle ainsi aux "anciens combattants de la lutte, qui pratiquent la critique facile de la clandestinité", à ceux "jeunes et moins jeunes, qui utilisent avec ''légèreté'' les 4 lettres du FLNC… Leur place est à nos côtés", au ressaisissement des anciens militants de la lutte devenus pacifistes, à ceux enfin "qui rappelleront à loisir que nous risquons le retour à la répression avec son lot de malheurs… Comme toujours depuis 50 ans, c'est nous qui risquons la prison. Ils peuvent dormir tranquilles".

La lutte sur la terre Corse

Après celles adressées à l'État, les mises en garde se font insulaires au final, sur des terrains de lutte plus rituels encore. Aux promoteurs, aux constructeurs de "fortunes rapides", aux bâtisseurs de logements pour "les nouveaux corses", "nous ne voulons pas de leur économie de rente destructrice et vectrice de la colonisation de peuplement", rappelle ainsi le texte. Sur la banalisation du trafic de drogue dans l'île, les liens jugés très inquiétants "entre le monde économique, le monde politique, certains éléments du Mouvement National et la voyoucratie corse", le message se fait plus pressant encore : "Nos organisations seront lucides et vigilantes sur les dérives possibles de ce système mafieux si cela venait à impacter nos militants. Nous saurions réagir, comme nous l'avons fait par le passé".

L'État sachant à quoi s'en tenir désormais, le FLNC ne se montre pas davantage conciliant avec les politiques dans l'île, singulièrement avec ceux de la majorité territoriale autour de Gilles Simeoni : "À nos élus qui pensent être tranquillement assis dans le confort d'une élection ''écrasante'' nous disons que nous attendons d'eux un engagement et une attitude plus conformes aux sacrifices qui les ont portés à la place où ils sont".

Mais, au terme de leur démonstration de force, c'est aux nouveaux arrivants en Corse, "d'hier, d'aujourd'hui et peut-être de demain" que les clandestins réservent la dernière salve dans leur déclaration commune : "Cette terre n'est pas la vôtre. Et plus particulièrement aux français qui pensent être chez eux sur la terre de Corse. Notre pays n'est pas encore le vôtre. Votre pays ne sera jamais le nôtre. A Francia Fora".

Des territoriales, c'est ainsi l'apaisement de la société corse qui sort le plus écorné.

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