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Des centaines d’écoles bâties sur des sites contaminés

Publié par wikistrike.com sur 23 Octobre 2021, 09:33am

Catégories : #Ecologie - conso - biodiversité - énergie, #Santé - psychologie

Des centaines d’écoles bâties sur des sites contaminés

Le ministère de la Transition écologique a lancé une campagne de diagnostic des établissements scolaires proches d’anciens sites polluants. Mais celle-ci cumule les manquements, pour de piètres résultats. Les enfants en sont les victimes.

C’est un poison discret distillé un peu partout en France : les sols pollués. De la simple station service à l’imposante usine chimique en passant par les mines, ces sites ont souvent été fermés sans précaution ni dépollution. Notre passé industriel a laissé des traces toxiques difficiles à traiter aujourd’hui. Reporterre vous le raconte de trois façons : en se plongeant dans un quartier de Marseille au lourd passé industriel ; avec le bilan d’une démarche officielle qui voulait identifier les écoles polluées (l’article que vous lisez) ; au travers d’un entretien avec la sénatrice qui veut une loi pour protéger les sols à paraître demain samedi.

Des métaux lourds dans la cour de récréation, au point que l’école va être finalement reconstruite. Des solvants dans l’air des salles de classe, qui nécessitent d’évacuer le collège. Des odeurs d’hydrocarbures dans les locaux techniques au sous-sol, qui nécessiteraient des travaux. C’est une inquiétante carte des établissements scolaires [1]qu’une campagne du ministère de la Transition écologique — une fois n’est pas coutume — a permis de dessiner.

Lancée en 2010, pilotée par le Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM) sous les ordres du ministère, elle avait d’abord identifié plus de 2 000 « établissements sensibles ». Principalement des crèches, écoles, collèges, lycées, ainsi que des centres sociaux, construits sur ou à proximité d’anciens sites aux activités industrielles polluantes. Parfois une grosse usine chimique, plus souvent encore une ex-station service, tout simplement un pressing fermé ou une petite usine, dont la mémoire avait été perdue quand l’école a été construite.

Chacun de ses établissements s’est vu proposer un diagnostic, afin de vérifier s’il est effectivement pollué. En cas de réponse positive, un rapport indiquait s’il était nécessaire de prendre des mesures contre cette pollution, et lesquelles.

Onze ans plus tard, la campagne est seulement en voie d’achèvement. 1 359 établissements avaient été diagnostiqués en juin 2020, date des dernières données disponibles. Une actualisation prochaine nous a été promise, sans que l’on nous donne de date. Bien qu’incomplets les chiffres sont édifiants :

Seuls 37 % des lieux inspectés sont indemnes de pollution. Ils sont classés dans la « catégorie A » ;
50 % ont été considérés comme effectivement pollués, mais la pollution est considérée comme non dangereuse ou déjà confinée. Des recommandations pour ne pas la libérer sont nécessaires : c’est la « catégorie B » ;
10 % des établissements, soit 133 d’entre eux, sont dans la « catégorie C », qui regroupe les établissements où une pollution a également été détectée, et peut atteindre enfants et personnels. Dans ce cas, des travaux sont recommandés.
Ainsi, les établissements scolaires pollués sont bien plus nombreux que ne l’anticipait le ministère de l’Écologie. Après une première série de tests, en 2012, il calculait que seuls 1 % des établissements diagnostiqués étaient classés C et 23 % en B.

Par ailleurs, on se demande si les diagnostics ont été suivis d’effets. Plus de 10 ans après le début de la démarche, sur 133 établissements déclarés comme pollués et nécessitant des travaux, 106 n’ont fait remonter aucune information au ministère indiquant que la pollution a été confinée.

 

Une campagne minée par ses manquements


Le bilan de la campagne est donc très mitigé. « C’est une belle initiative, nous n’en connaissons pas de similaire dans d’autres pays européens, reconnaît Jacky Bonnemains, directeur de l’association Robin des bois, spécialiste des pollutions industrielles. Mais elle reste lacunaire ». Un rapport sénatorial de septembre 2020 sur les sols pollués souligne de son côté des résultats « limités » et « plusieurs manquements ».

Le premier concerne la méthode qui a permis d’établir la liste initiale. Des établissements qui auraient nécessité un diagnostic des sols pollués n’y figurent pas. Pour la réaliser, les adresses des établissements scolaires ont été croisées avec la base de données des sites industriels historiques, appelée Basias. Mais cette base, réalisée à partir d’archives incomplètes, peut avoir des « imprécisions ponctuelles », et « n’est pas exhaustive » : interrogé par Reporterre, le ministère de la Transition écologique le reconnaît. Par exemple, le collège Saint-Exupéry de Vincennes, pourtant évacué il y a quatre ans en raison d’une pollution aux solvants chlorés, avait été oublié : l’usine responsable était mal répertoriée dans les archives.

 Établissements scolaires concernés par les sites et sols (potentiellement) pollués. © Carte du BRGM

Établissements scolaires concernés par les sites et sols (potentiellement) pollués. © Carte du BRGM

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