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La démolition contrôlée de l’UE

Publié par wikistrike.com sur 6 Novembre 2021, 03:07am

Catégories : #Politique internationale

Draghi représente la continuité forcée voulue par l’axe Paris-Berlin pour l’UE : les Italiens voulaient sortir en 2020, la solution était l’ancien chef de la BCE comme Premier ministre. Combien de temps cela va-t-il durer, avec une inflation galopante et une Pologne anti-EU ?

La démolition contrôlée de l’UE

L’UE est attaquée, à 360 degrés, sur plusieurs fronts. À l’ouest, avec le Brexit. Du sud, avec les pays euro-faibles dans lesquels on rêve de sortir de l’euro, clairement estropiés – je devrais peut-être dire « pillés » – par la soi-disant « austérité expansive » (un oxymore) de la matrice franco-allemande. Et maintenant aussi du nord-est, avec la Pologne mise en échec et mise à l’amende par l’UE pour la seule faute de vouloir continuer à « être la Pologne ». Et surtout, l’inflation galopante, d’origine exogène, qui dans quelques mois ne pourra plus être contenue même dans les pays latins, qui aujourd’hui encore vivent silencieusement la manipulation gouvernementale des indices des prix à la consommation (j’imagine que la paix sociale ne durera pas longtemps ; voir le rapport sur les prix pour septembre 2021 publié par le MISE/ministère italien du Développement économique, avec des prix en général en ascension verticale – très souvent même à deux chiffres – mais avec une inflation « seulement » de 2,9%, totalement absurde).

Ce qui précède met clairement en évidence un changement de paradigme en cours.

C’est-à-dire que l’UE conçue pour vivre de la dévaluation avec l’Euro (beaucoup plus faible que l’hypothétique mark allemand), ou dans le but caché de transférer les richesses des pays europériphériques vers le centre de l’Empire, a finalement besoin en priorité – du côté de l’Europe centrale – de dompter l’inflation avant de pouvoir exporter grâce à une monnaie artificiellement dévaluée.

Il est en effet clair qu’un pays, ou plutôt un « continent politique », dépourvu de matières premières comme la vieille Europe, est obligé de contenir d’abord les coûts de production s’il veut espérer survivre sans détruire la base sociale sur laquelle repose sa puissance, par exemple lorsque l’inflation mord. C’est-à-dire être tenté – du côté allemand – d’imiter aujourd’hui, avec une nouvelle marque à venir, la sage Suisse et son franc, qui ne cesse de monter depuis des mois, précisément pour contrer les pressions inflationnistes internationales. Et donc, prospectivement, laisser l’UE à ses décombres, décombres sur lesquels Paris se jettera certainement comme un vautour, en premier lieu sur les italiens.

D’autant plus si, dans ce contexte, les USA et la FED anticipent – comme cela se passe clairement – les événements en faisant monter le dollar dans une capacité anti-inflationniste (mais aussi en disposant d’abondantes matières premières, surtout du pétrole, une situation qui n’est pas sans rappeler les temps de l’attentat contre Nixon, voir la provocation de De Gaulle sur la convertibilité des dollars en or et le scandale du Watergate qui s’en est suivi, ndlr).

Maintenant donc, en plus des poussées centrifuges à l’intérieur de l’UE, c’est-à-dire ayant comme moteur les intérêts nationaux de l’Europe du Sud, principalement l’Italie, intérêts parfaitement légitimes, un contexte macro-économique est également en train de se générer qui nous mènera à l’épilogue attendu au titre, dû à l’inflation et aux politiques monétaires connexes : la démolition contrôlée de l’UE basée sur l’euro.

Il faut rappeler, par exemple, que Rome a connu ces dernières années une réduction massive de son propre bien-être (par exemple en termes de salaires) ; à cela s’ajoute – AUJOURD’HUI – l’intérêt du centre de l’Empire pour un changement de paradigme, la première fois en presque 25 ans.

En outre, voici la récente réponse de la Pologne aux diktats de Bruxelles visant à céder des superfonds (c’est-à-dire son propre bien-être) à l’ingérence de l’UE ; la Pologne clairement soutenue par les États-Unis, voir la soi-disant « base Trump », c’est-à-dire l’installation militaire américaine en Pologne récemment inaugurée par les États sur le sol polonais.

Une réponse pour le moins brutale : dans ce contexte, le gouvernement polonais a annoncé que la plus grande amende imposée par l’UE à un pays qui gravite dans sa sphère d’influence continentale, ne sera de toute façon pas payée.

Au contraire, Varsovie prévoit un élargissement progressif de ses forces armées, toujours avec le soutien américain, une collaboration anglo-polonaise constante depuis l’époque de Brezinsky, Sikorsky et des mariages au cœur des entreprises américaines à l’âme polonaise (J&J surtout).

* * *

Dans tout cela il ne faut pas sous-estimer la réaction de Berlin, comme toujours contrariée quand ses plans ne suivent pas la trajectoire attendue : bien qu’elle n’ait pas été correctement soulignée par les médias de l’UE toujours trop pro-allemands, comme pour les thèmes du Reich, la manœuvre allemande qui conduira au chaos (à venir) se matérialise sous nos yeux, voir l’incroyable annonce du ministre allemand de la Défense d’une intervention militaire dans la Baltique même avec la menace nucléaire comme anti-russe, c’est-à-dire avec des armes que les Allemands n’auraient théoriquement pas (…).

Cela respire le désespoir (n’oubliez jamais que le système allemand, qui a survécu de diverses manières aux purges de l’après-guerre, est le même qui a jeté les bases de l’industrie militaire atomique il y a 80 ans, ndlr).

Il est clair que le facteur de puissance américain reste à l’arrière-plan, prêt à être activé si nécessaire pour défendre les intérêts de la bannière étoilée. A ce jour, cependant, la situation reste extrêmement fluide.

Nous pouvons toutefois fixer quelques enjeux, dès à présent, pour comprendre comment nous sommes arrivés à une telle débâcle eurocentrique, c’est-à-dire là où nous en sommes aujourd’hui. Et peut-être essayer d’émettre des hypothèses sur les développements futurs.

Tout d’abord, Draghi représente le véritable facteur de continuité voulu par l’UE pour amortir les pressions centrifuges visant à quitter cette UE : trop de gens oublient qu’il y a seulement quelques mois, en 2020, la majorité des Italiens ont publiquement exprimé leur soutien à une sortie de l’Union, comme l’a rapporté non sans une veine de terreur mal dissimulée le site german-foreign-policy.com l’année dernière encore.

Complice de la chute de Trump, Draghi est plutôt arrivé pour arrêter la diaspora italienne, après la canonisation médiatique de Draghi lors de la réunion de Rimini l’année dernière, préparatoire à son atterrissage au Palazzo Chigi, grâce à l’activisme du leader de la « Compagnia delle Opere » milanaise (l’allemand Bernhard Scholz), une entité religieuse-éthique contiguë à Communion et Libération et qui rappelle peut-être même l’activisme dans la protection allemande du cardinal Ildefonso Schuster il y a 75 ans.

Il s’agit clairement d’une tentative de repousser le projet de déflagration de l’UE via la dollarisation de la dette italienne, comme l’a fait un clin d’œil à Giuseppe Conte lors de l’Eurogroupe de l’année dernière, derrière l’impulsion américaine (« …si nous n’y allons pas seuls », avait alors déclaré le premier ministre italien, faisant ainsi bondir l’entourage d’Angela Merkel).

* * *

Dans ce contexte, il est essentiel de comprendre la genèse de Mario Draghi, un personnage qui se greffe dans un sillon anglo-saxon mais intrinsèquement pro-UE. Notons que nous avons affaire à la zone que l’on peut définir grossièrement comme le « monde Cameronien », c’est-à-dire cette élite britannique pro-UE qui est derrière la genèse, dans la Péninsule, tant du Mouvement 5 étoiles que de l’affaire Regeni (détail non négligeable, l’épouse de l’ancien Premier ministre britannique – une comtesse Astor – a reçu une éducation primaire chrétienne, ndlr).

C’est-à-dire que Draghi est soutenu par une zone politico-élitiste de la matrice anglophone qui a toujours été proche dans ses intérêts de Paris, en tant que containment allemand (pour représenter moins sommairement l’adresse de ce courant, disons, pro-européen basé dans la parfaite Albion, on pourrait remonter aux « Scots Guards » de Marie Stuart dans la capitale française, qui étaient aussi en défense de Jeanne d’Arc, ndlr).

D’où la proximité naturelle du monde qui gravite autour de l’actuel Premier ministre italien vers ce que représente la France, aujourd’hui surtout compte tenu du tournant attendu de Berlin vers une configuration plus allemande (Goethe lui-même dépeignait l’impression de la monnaie comme méphistophélique, diabolique, car elle créait de l’inflation).

Malheureusement, ce qui précède ne présage rien de bon pour les futures relations franco-italiennes, qui seront certainement au désavantage de Rome ; des relations que les deux pays voisins développeront nécessairement à partir de maintenant, c’est-à-dire pendant la période de méditation allemande sur ce qu’il faut faire de l’actuelle UE, grâce à la soumission de la classe politique romaine à des intérêts plus français qu’italiens.

D’où l’attente d’un nouveau macro-accord stratégique franco-italien signé par Draghi bientôt, je le répète, à l’avantage de la France.

Les salaires dans l’UE, de 1990 à 2020 : « L’Italie est le seul pays européen où les salaires ont diminué par rapport à 1990 » – Openpolis sur les données de l’OCDE – LIEN

Dans ce contexte, avec une inflation désormais hors de contrôle et une croissance économique proche de la récession si l’on utilise le déflateur correct du PIB, les BTP italiens sont passés sous un niveau technique très important, 150 points, vendredi dernier seulement.

Mais à la fin du jeu, ce sera toujours la Péninsule qui fera office de tournant dans le destin de l’UE, avec l’effondrement attendu des finances publiques, à long terme, c’est-à-dire avec des marchés très sceptiques sur la possibilité de rembourser l’énorme dette en euros (…) : pour information, aujourd’hui le PIB italien sans activité non déclarée dépasse 180% du PIB. Et avec un nombre de retraites payées par l’Etat égal à peu près à celui des salariés : la question n’est pas de savoir si l’Italie implosera en restant dans l’euro, mais seulement quand.

Enfin, voici que se glisse l’agenda des Verts, toujours avec l’Italie comme centre de gravité, à sauver avec de l’argent emprunté aux mêmes citoyens italiens mais au nom de l’UE (le Fonds de relance est en lagrghissima partie un prêt, garanti en fait par les actifs des familles italiennes), soit la valeur totale du PNRR d’environ 200 milliards d’euros – payés en 3-4 ans – dont le Fonds de relance, seulement environ 30 milliards d’euros sont perdus !

En plus de la folie des vaccinations de masse en Italie, maintenant avec un objectif de 90% de vaccinés et avec l’obligation de facto de la vaccination universelle, sous peine de l’impossibilité de travailler. Même dans ce contexte, nous observons simplement qu’il existe désormais une corrélation énorme et évidente entre la folie de la vaccination dans certains pays et l’échec technique, en fait, de leurs systèmes de retraite locaux (sur tous, l’Italie, la France, Israël, l’Autriche avec son âge minimum de la retraite encore inférieur à 60 ans en moyenne, ndlr).

* * *

En conclusion, il est facile de s’attendre à une démolition contrôlée de l’UE, à commencer par les pulsions allemandes et pro-allemandes visant à se protéger des pressions inflationnistes internationales en revenant à un substitut du nouveau mark, plus fort que l’euro. Dans le même temps, les forces centrifuges au sein de l’UE, indéniables par exemple du côté italien si l’on veut assurer un minimum de prospérité future à sa population, se concentreront dans les pays europériphériques, c’est-à-dire là où les institutions de protection sociale sont pratiquement en faillite. Pour aboutir à une inévitable éventualité, disons, d’une union monétaire réduite, dans laquelle Paris – une fois que l’Allemagne aura franchi le Rubicon du retour à une monnaie forte – jouera la carte d’un « Euro-CFA » avec l’Italie comme ailier ; ou plutôt, un Euro Med (ou mieux encore, un Euro français) dans lequel les pays africains du franc CFA seront remplacés par l’Italie et peut-être la Grèce.

Dans ce contexte, le seul addendum qui ne fait pas le poids est celui des 100 bases militaires américaines en Italie, dont au moins 4-5 sont nucléaires, ainsi que le plus grand dépôt d’armes américain en dehors des frontières américaines.

Il n’est pas à exclure, donc, un prochain activisme américain renouvelé visant – encore – à neutraliser les menaces à ses intérêts stratégiques ; nous croyons que cet effort ne sera pas trop différent de ce que fut l’intervention américaine en Indochine ou plus proprement dans le Canal de Suez (ces faits ont conduit à une implosion du réseau colonial résiduel français et européen vétéran dans le monde, ndlr).

Traduction de TSCF par Aube Digitale

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