Wikistrike

Wikistrike

Rien ni personne n'est supérieur à la vérité

La date de démarrage de la mystérieuse machine d'Anticythère enfin élucidée ?

Publié par wikistrike.com sur 20 Avril 2022, 16:02pm

Catégories : #archéologie - Histoire - Préhistoire - Patrimoine

La date de démarrage de la mystérieuse machine d'Anticythère enfin élucidée ?

Dans une nouvelle étude, des archéologues grecs affirment être parvenus à déterminer la date à laquelle la mystérieuse machine d'Anticythère aurait été démarrée. Selon leurs recherches, il s'agirait du 22 ou 23 décembre 178 avant J.-C.

Les épaves englouties dans les profondeurs ont révélé des milliers d'artéfacts venus du passé. Mais la machine d'Anticythère est sans aucun doute l'un des plus fascinants et intrigants. C'est en 1901 que le dispositif a été mis au jour dans une épave reposant au large de l'île grecque d'Anticythère.

Depuis, il ne cesse de questionner les scientifiques. Ce mécanisme à engrenages est en effet le plus ancien connu à ce jour. Son examen a permis de déterminer qu'il s'agissait d'un calculateur astronomique utilisé pour prédire des évènements tels que les éclipses, les phases de la Lune ou encore la position des cinq planètes connues à l'époque.

L'objet en bronze, parfois qualifié de "plus vieil ordinateur au monde", s'est toutefois avéré très incomplet. L'ensemble récupéré comprend 82 fragments représentant à peine un tiers du mécanisme complexe. Depuis des décennies, c'est donc un vrai puzzle que tentent de reconstituer les scientifiques dans l'espoir de comprendre comment l'ensemble fonctionnait.

Une nouvelle date de départ ?

Les observations menées sur l'épave ont montré qu'il s'agissait d'une galère romaine transportant de nombreuses amphores, statues, pièces et d'autres objets divers. Elle aurait sombré au cours d'une tempête survenue il y a plus de 2.000 ans. Mais la datation exacte de la machine d'Anticythère, de même que l'identité de son concepteur, suscite de nombreux débats.

Les estimations sont généralement comprises entre le IIIe et le Ier siècle avant J.-C. Aujourd'hui, des archéologues affirment toutefois être parvenus à une datation beaucoup plus précise. Dans une nouvelle étude publiée en ligne sur le site arXiv, ils suggèrent que le mécanisme aurait été calibré - et donc démarré - le 22 ou 23 décembre 178 avant J.-C.

"N'importe quel système de mesure, du thermomètre au mécanisme d'Anticythère, nécessite un calibrage afin de [réaliser] ses calculs correctement", a expliqué au New Scientist, Aristeidis Voulgaris, archéologue de la Direction de la Culture et du Tourisme de Thessalonique en Grèce et co-auteur de l'étude.

"Evidemment, [le système] n'aurait pas été parfait - ce n'est pas un ordinateur numérique, ce sont des engrenages - mais il aurait été très bon pour prédire les éclipses solaires et lunaires", a-t-il poursuivi. Cette date aurait ainsi constitué le point de départ des calculs, une sorte de "jour 0" pour déterminer les dates suivantes.

Une longue éclipse lunaire...

Pour arriver à cette conclusion, Voulgaris et ses collègues ont mené une nouvelle analyse d'un cycle appelé Saros constitué de 223 mois. Ce cycle, lié à l'orbite de la Lune, fournit le temps nécessaire pour que le Soleil, la Terre et la Lune retournent à la même position et donnent lieu à des éclipses lunaires et solaires.

A partir de ces données et des inscriptions du mécanisme, l'équipe a émis l'hypothèse que la date de calibrage devait coïncider avec une éclipse solaire annulaire. Ce phénomène se produit lorsque les trois astres sont alignés mais que la Lune, plus petite, ne couvre qu'une partie du Soleil, laissant apparaître son contour sous la forme d'un "anneau de feu".

Les archéologues ont exploré une base de données de la NASA afin de pointer tous les exemples d'éclipses solaires de ce type survenues durant la période de construction potentielle de la machine. C'est ainsi que la date du 23 décembre 178 avant J.-C est apparue : ce jour-ci aurait été marqué par une longue éclipse annulaire d'une douzaine de minutes.

"Généralement, afin de réaliser des calculs de temps, il est plus fréquent de sélectionner une date du passé récent plutôt qu'une date future, en particulier durant l'ancien temps, lorsque les calculs de temps et les prédictions sur une longue durée étaient plus incertains et contestables qu'aujourd'hui", écrivent les auteurs dans leur rapport.

Et d'autres événements astronomiques

L'éclipse ne serait pas le seul phénomène à suggérer cette date. D'après Voulgaris et ses collègues, d'autres événements astronomiques importants se seraient également passés à proximité de ce jour. Y compris le solstice d'hiver fixé au 23 décembre et une phase de nouvelle Lune démarrée le 22 décembre.

⋙ Cycle lunaire : quelles sont les différentes phases de la Lune ?

"C'est une date unique et très spécifique", a appuyé l'archéologue auprès du New Scientist. "En un jour, il s'est trop produit trop d'évènements astronomiques pour que ce soit une coïncidence. A cette date, c'était la nouvelle lune, la lune était à son apogée, il y avait une éclipse solaire, le Soleil entrait dans la constellation du Capricorne, c'était le solstice d'hiver", a-t-il résumé.

L'ensemble de ces phénomènes aurait rendu cette date non seulement importante mais aussi facilement détectable. "Le 22/23 décembre 178 avant J.-C est une date initiale idéale, fonctionnelle et représentative pour calibrer la position initiale des pointeurs du mécanisme", affirment les auteurs dans leur papier.

Il est cependant important de noter que cette étude n'a pour le moment été publiée dans aucune revue et n'a donc pas encore été évaluée par les pairs. Ce que certains spécialistes n'ont pas manqué de souligner. "Ce n'est pas un papier qui résisterait à une bonne révision par les pairs", a estimé Alexander Jones, interrogé par LiveScience.

178 ou 204 avant J.-C ?

D'après ce professeur de l'Institute for the Study of the Ancient World de la New York University, cette étude comporterait de "nombreux problèmes, allant de questions majeures à des questions mineures" et qui seraient "symptomatiques du manque de base solide dans le contexte de l'astronomie antique et de la science".

Par exemple, considérer le 22 décembre 178 avant J.-C comme date de départ aboutirait à placer Kraneios, une saison inscrite sur le mécanisme d'Anticythère et associée au vin, au cours du mois de février. Un mois "qui n'est pas particulièrement bon pour la maturité des vignes", a souligné Alexander Jones.

Le problème viendrait, selon lui, du fait que le cycle de Saros ne fournit pas une équation très fiable lorsque l'on remonte trop loin dans le temps. D'autres calculs auraient ainsi abouti à une date bien différente. Deux études publiées en 2014 ont elles avancé que les prédictions auraient démarré en 204 avant J.-C.

Plus précisément, ces recherches pointent la date du 12 mai, ce qui ferait démarrer et achever le cycle par une éclipse lunaire. Pour Aristeidis Voulgaris, néanmoins, cette date ne permettrait pas d'expliquer pourquoi le solstice d'hiver est tant représenté dans les inscriptions de la machine. Le débat est donc loin d'être clos sur le mystérieux mécanisme.

En 2021, des scientifiques britanniques ont publié une étude affirmant qu'ils avaient réussi à mettre au point un modèle décrivant l'intégralité du dispositif et la façon dont les engrenages et cadrans s'actionnaient pour montrer le déplacement des astres. Mais restait encore à construire une version physique du modèle pour vérifier s'il fonctionne réellement.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Archives

Articles récents