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Publié par wikistrike.com

Le premier « vaccin » pour les abeilles est autorisé aux États-Unis

par Estelle Brattesani

C’est une première mondiale : après les êtres humains et les animaux vertébrés, c’est au tour des insectes d’être « vaccinés ». Le ministère américain de l’Agriculture (USDA) a validé le premier « vaccin » pour insectes élaboré par la société américaine de biotechnologie Dalan Animal Health pour protéger les abeilles domestiques contre la loque américaine, qui peut anéantir des ruches entières.

 

Actuellement utilisé par un nombre limité d’apiculteurs sur une période de deux ans, ce produit est présenté par le laboratoire qui l’a conçu et les médias comme une solution majeure. Aucun questionnement sur les tests qui ont permis de le valider ni sur ses possibles effets sur le long terme.

◆ Peu de remèdes actuels

Les chercheurs de l’étude financée par Dalan Animal Health expliquent que « la maladie de la loque américaine (AFB) est une maladie bactérienne du couvain très contagieuse qui touche les abeilles mellifères (Apis) et qui entraîne des pertes de ruches dans le monde entier.

L’agent responsable est la bactérie Gram+ Paenibacillus larvae, qui est capable d’infecter les larves d’abeilles pendant les 3 premiers jours de leur vie. Elle peut être trouvée dans les ruches du monde entier avec des spores viables pendant des décennies. Les antibiotiques [interdits en Europe pour les abeilles] sont largement inefficaces dans le traitement de la maladie car ils ne sont efficaces que contre l’état végétatif. […] Les spores peuvent persister pendant des décennies dans l’environnement, restant virulentes pendant toute cette période, et constituent ainsi une menace permanente pour les colonies d’abeilles domestiques. »

◆ Loin des vaccins traditionnels ?

Si nous avons mis des guillemets autour des mots « vaccin » et « vacciner » dans le titre et l’introduction de cet article, c’est parce qu’en réalité, comme l’explique un article publié sur le 
site du CARI en Belgique, l’abeille, si elle a bel et bien un système immunitaire inné qui lui permet de se défendre contre des agents pathogènes, ne peut pas réellement être vaccinée comme on l’entend chez animaux vertébrés et les humains : « À l’instar des autres insectes, elle ne peut acquérir définitivement les anticorps qui la protégeront de telle ou telle maladie : elle n’a pas d’immunité acquise. En clair, il est impossible de la vacciner, son corps ne pouvant garder trace des résistances qu’elle a pu bâtir pour s’opposer à l’intrusion d’agents pathogènes. »

Ce n’est donc pas en injectant ou en vaporisant un produit contenant un faible taux de bactéries atténuées  ou inactivées que les abeilles vont pouvoir être immunisées.

C’est par la transmission de l’immunité transgénérationnelle que la protection a lieu. Le processus consiste à introduire le produit contenant des larves ayant succombé à la loque américaine à de la gelée royale, que les abeilles ouvrières donnent à la reine.

◆ Une série de tests réalisés sur des abeilles non sauvages

Deux essais distincts ont été réalisés sur deux sites différents. Le site d’étude A était situé à Graz, en Autriche, avec 20 colonies vaccinées contre la bactérie AFB et 10 ruches placebo. Le site d’étude B se trouvait à Marchamalo en Espagne, avec 15 colonies vaccinées contre la bactérie AFB et 15 ruches placebo. La sous-espèce d’abeille domestique Apis mellifera carnica a été utilisée en Autriche et Apis mellifera iberiensis en Espagne. Dans les deux cas, seules les ruches ayant suffisamment de larves (30 par ruche) ont été incluses dans l’étude (les autres ont été exclues car la reine n’avait pas produit les larves).

La conclusion de l’étude qui a permis l’autorisation encore restreinte du vaccin  est que « l’infection par AFB peut être réduite d’environ 30 à 50 % dans les conditions de laboratoire après la vaccination des reines ».

Puisque l’étude précise également que lorsqu’une ruche est contaminée, « le seul moyen efficace de l’éradiquer et d’empêcher la propagation de la maladie est de brûler la ruche, l’équipement et la colonie », on peut d’ores et déjà se demander si une réduction de la contamination du nombre d’abeilles au sein d’une ruche empêchera la destruction de cette ruche…

 

L’étude précise tout de même que plusieurs ruches ont connu un échec des reines, et que les pertes de ruches ont été « un peu élevées (environ 30 %) ». Cela étant dit,  n’aurait été constatée « aucune différence dans les pertes de ruches entre les colonies traitées par placebo et celles traitées par la bactérie ».

Elle souligne également qu’« en raison de la nature hautement contagieuse de l’AFB, les ruches ne peuvent pas être testées en milieu sauvage. Les abeilles (qui sont des animaux sauvages) ne peuvent pas non plus être gardées en captivité, car une seule ruche contient entre 10 000 et 30 000 (dans certains cas jusqu’à 80 000) abeilles individuelles, qui devraient s’envoler et butiner dans un rayon allant jusqu’à 10 km. »

On peut donc se demander où et comment se déroule le « test grandeur nature » réalisé actuellement chez plusieurs apiculteurs aux États-Unis sur une période de deux ans et évoqué par France TV

◆ Un bref récapitulatif des études

Si l’on savait avant 2015 que certains agents pathogènes pouvaient être transmis d’une femelle insecte à sa progéniture, c’est une étude publiée cette année-là par le scientifique Dalial Freitak et ses collègues qui a permis d’accroître certaines connaissances. L’étude conclut qu’une protéine essentielle du jaune d’œuf, la vitellogénine, permet le transport de l’immunité transgénérationnelle chez les insectes.

En 2019, Freitak et d’autres chercheurs faisaient état de l’interaction entre les abeilles ouvrières et la reine par le partage de vitellogénine via la gelée royale. Puis, en 2021, Freitak et d’autres ont déterminé que lorsqu’une bactérie est ingérée par une abeille ouvrière, les fragments pathogènes sont directement incorporés dans la gelée royale.

C’est à partir de ces résultats que, financé par Dalan Animal Health, Dalial Freitak aux côtés d’autres scientifiques a mis au point le Paenibacillus Larvae Bacterin, le « vaccin » contre la loque américaine. Dans leur étude de 2022, ils disent démontrer « une augmentation de la survie des larves d’abeilles domestiques infectées après que leur reine a été vaccinée, par rapport à la progéniture de reines témoins vaccinées par placebo ».

Comment agit le produit ? Dalan Animal Health explique : « Des abeilles ouvrières consomment le vaccin mélangé à du sucre mou et pâteux, qui est ensuite digéré et transféré dans les glandes qui produisent la gelée royale et destinée à la reine. […] Elle l’ingère, et des fragments du vaccin sont déposés dans ses ovaires. Ayant été exposées au vaccin, les larves en développement sont immunisées lorsqu’elles éclosent. » Autrement dit, quand le vaccin est consommé par une reine via la gelée royale, il peut être directement transmis à ses larves.

Pour résumer, le « vaccin » permet de modifier l’immunité innée de l’abeille par la transmission générationnelle.

◆ Des questions non évoquées

Même si, d’après France TV, ce vaccin n’est pas génétiquement modifié et peut être utilisé en agriculture biologique, et même si l’on parle par exemple dans Les Échos d’un « sérum protecteur », il serait bon aussi de se poser certaines questions pour savoir si le produit présenté est réellement aussi bénéfique que l’on semble d’emblée le croire lorsqu’on s’appuie uniquement sur le communiqué du laboratoire producteur.

On pourrait se demander s’il est acceptable que les fondateurs de la société commanditaire de l’étude, dont Dalial Freitak, soient eux-mêmes les auteurs de l’étude et les producteurs du produit du « vaccin », comme cela est clairement indiqué dans la rubrique « conflit d’intérêts ».

Se demander s’il y avait des « garde-fous » indépendants pour surveiller l’étude, si et comment les abeilles testées à plus grande échelle vont être surveillées et comment vont être déterminés les effets secondaires sur le long terme. Si les abeilles environnantes non « vaccinées » peuvent être impactées et de quelle façon. Ce qui a été prévu s’il s’avérait que le produit était nocif pour les abeilles testées et les abeilles situées non loin des lieux testés.

Se demander ce qu’on pourrait mettre en place pour empêcher au maximum les maladies en préservant la nature, plutôt qu’en en modifiant le fonctionnement interne, jusqu’à l’immunité des abeilles. Et l’impact que cet ajout dans la gelée royale pourrait avoir sur l’être humain quand il ingérera le miel…

Notre directeur de publication a été invité pour parler de ce sujet et plus généralement des vaccins le 18 janvier 2023 dans l’émission Ligne Droite diffusée sur Radio Courtoisie. Il a évoqué ce genre de questionnements à avoir et a souligné que « pour nos dirigeants, le vaccin est devenu le seul outil pour soigner les gens ! »

Dans un monde idéal, les points faibles avérés, supposés ou possibles d’un produit vendu seraient exposés autant que leurs points forts par leur créateur, mais si l’on se fie ne serait-ce qu’à la gestion de la crise Covid, on peut être certain qu’il n’en est rien actuellement et que sans devenir paranoïaques, on se doit de rester vigilants. Surtout pour ce qui concerne les abeilles, insectes pollinisateurs primordiaux pour notre survie à tous.

Nous allons donc poser certaines questions soulevées dans cet article à M. Freitak, l’un des auteurs principaux de l’étude, étude dont nous n’avons pas d’ailleurs saisi tous les points. Nous reviendrons vers vous si nous avons des réponses…

 

Article par Estelle Brattesani - Nexus

 

Image par Matthew Greger de Pixabay

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