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Chili : Grève générale et affrontements en soutien au mouvement étudiant

Publié par wikistrike.over-blog.com sur 24 Août 2011, 22:29pm

Catégories : #Social - Société

Bientôt en France

SANTIAGO — Barricades de pneus et heurts entre police et manifestants ont lancé mercredi une grève nationale de 48h au Chili, signe d’un foyer social que peine à éteindre le gouvernement de Sebastian Pinera, déjà aux prises depuis trois mois avec une mobilisation étudiante historique.

Des étudiants dispersés par la police à Santiago le 24 août 2011 (AFP, Claudio Santana)

En plusieurs points de Santiago, la capitale chilienne de 6 millions d’habitants, la police a fait usage de lances à eau et de gaz lacrymogène pour dégager des carrefours où avaient été improvisés des barrages avant le lever du jour, ou disperser des manifestations spontanées qui bloquaient la circulation.

En fin de matinée, 35 personnes avaient été arrêtées au niveau national, en majorité des « encapuchados », jeunes en capuche, selon le vice-ministre de l’Intérieur Rodrigo Ubilla. L’un d’entre eux a été interpellé pour « tentative d’homicide sur un policier ».

Selon le même bilan provisoire, 11 personnes, dont neuf policiers, ont été blessées dans les accrochages localisés, de moindre ampleur que les violences ayant émaillé les manifestations étudiantes des derniers semaines.

Des policiers dans un nuage de gaz lacrymogènes le 24 août 2011 (AFP, Martin Bernetti)

Mais une marche massive était prévue jeudi à Santiago, au deuxième jour de la grève, avec la présence annoncée des étudiants.

Pouvoir et syndicats se disputaient ardemment sur l’impact de la grève.

Les transports publics fonctionnent à 95%, et la situation était « tout à fait normale » dans les trains de Santiago, à l’aéroport comme dans les ports du pays, a assuré le ministre des Transports Pedro Pablo Errazuriz.

« Tout le monde sait bien que le pays n’est pas normal aujourd’hui », a contesté Arturo Martinez, président de la Centrale Unitaire des Travailleurs (CUT), premier syndicat du pays représentant 10% des actifs, et à l’origine de la grève.

Pour le gouvernement de droite de Sebastian Pinera, qui traverse sa pire épreuve sociale en 17 mois au pouvoir, la grève est « injustifiée » et « opportuniste », dans l’aspiration de la contestation étudiante qui réclamé depuis mai une réforme de l’éducation.

Parmi les demandes des grévistes, figuraient entre autres, une baisse des impôts, une réforme des retraites, du code du travail, et une meilleure affectation des dividendes de la forte croissance du Chili (5,2% en 2010, 8% depuis janvier) à l’éducation ou la santé.

Pour maints analystes, le malaise est partagé bien au-delà des étudiants: « c’est la crise d’un modèle qui, dans l’éducation, a généré de nombreuses inégalités, et dans le social se traduit par une faible protection des travailleurs », analyse le sociologue Manuel Antonio Garreton.

« A travers ces mobilisations, la société chilienne parle, cherche une façon de passer d’un ordre social pinochetiste à un ordre réellement démocratique, que nous n’avons pas encore », estime l’analyste de l’Université catholique.

L’éducation en est le point focal, il constitue un poste d’endettement majeur de dizaines de milliers de foyers chiliens en quête d’un enseignement de qualité. Ce que ne peut garantir le secteur public, parent pauvre du système depuis le désengagement de l’Etat sous les années Pinochet (1973-1990).

Dans la nuit de mardi, le vacarme des « cacerolazos », ce tintamarre citoyen de pots et casseroles, a résonné de nouveau dans plusieurs quartiers de la capitale, ressuscitant un geste spontané de défiance aux autorités, en vogue sous la dictature.

A Nunoa, un quartier branché de Santiago, il n’était pas le fait de militants, d’encapuchados, ni même d’étudiants, mais de centaines de familles de classes moyennes, enfants à leur côtés, a constaté l’AFP.

« Le gouvernement doit gouverner pour tous, les étudiants ne sont pas les seuls citoyens du pays », mettait en garde ce week-end M. Pinera, pris au mot cette semaine par les syndicats.

Actuallute

 

La contestation étudiante a trouvé son leader

 

1085_Giorgio_Jackson.jpgIssu d’une bonne famille, étudiant à l’Université catholique, Giorgio Jackson n’a rien d’un révolutionnaire. Pourtant, à 24 ans, c’est en partie sur lui que repose l’actuel mouvement étudiant. Portrait.

Dimanche 7 août, dans l’avion qui le ramenait d’Antofagasta, dans le nord du Chili, Giorgio Jackson, 24 ans, était loin de se douter de ce qui l’attendait. Dans tout le pays, le fracas des casseroles [en signe de solidarité, des milliers de Chiliens ont frappé sur des casseroles] a certes redonné du souffle au mouvement étudiant. Mais, derrière l’euphorie, il y a des étudiants en grève de la faim, des lycéens dont l’année scolaire est presque perdue et le déclenchement d’une spirale de violence entre jeunes et forces de l’ordre. Plus préoccupant encore : le dialogue avec le gouvernement est au point mort. Il ne se doutait pas non plus que le Campus Oriente, l’un des quatre centres d’études supérieures que compte l’Université catholique à Santiago, déciderait de se mettre en grève. Une décision peu habituelle pour cette université et symboliquement très importante pour le mouvement étudiant. Il ne se doutait pas que tout allait basculer le mardi 9 août.


Ce jour-là, il rejoint la manifestation étudiante, défilant très sérieusement aux côtés de Camila Vallejo et de Camilo Ballesteros, les deux autres leaders de la contestation étudiante. Mais le 9 août, 70 000 personnes allaient marcher à leurs côtés dans les rues de Santiago [et dans beaucoup d’autres villes du pays, du jamais-vu depuis la fin du régime de Pinochet, en 1990]. Et lui, l’étudiant en ingénierie de l’Université catholique, le fils de famille, le leader improbable de ce mouvement, se retrouvait au cœur de la contestation. Sa réaction ? Montrer que le mouvement étudiant était uni et qu’il ne reculerait pas : “Je suis plus que jamais convaincu du bien-fondé des changements que nous exigeons. Et nous les voulons maintenant. Pas l’année prochaine ou dans deux ans. C’est cette année que l’éducation doit changer au Chili.”

L’éducation gratuite

Mais tous vous le diront, Giorgio Jackson a gagné sa place à la tête du mouvement étudiant un certain dimanche 3 juillet au soir. Avant cette date, il n’était que le président de la Fédération étudiante de l’Université catholique de Santiago (Feuc). Un poste important, certes, mais qui provoquait surtout des sarcasmes au sein de la Confédération des étudiants du Chili [Confech] à cause de la réputation traditionnellement peu combative de cette université. Il avait beau affirmer son indépendance politique, assurer qu’il était de centre gauche et qu’il était prêt à suivre ce que déciderait la majorité, rien n’y ­faisait et ses déclarations d’intention n’avaient pas suffi à convaincre ses pairs à la Confech.

Ce dimanche 3 juillet, il fait froid à Santiago. La nuit est tombée. Dans les studios de [la chaîne de télévision privée] Chilevisión, Giorgio Jackson répète mot à mot, point par point, ce qu’il va dire dans quelques minutes sur le plateau de [l’émission de débat] Tolerancia Cero. Ce qui s’est passé ensuite est connu de tous : le charisme avec lequel Giorgio Jackson a exposé les revendications étudiantes – un accès plus large à l’université, plus d’argent pour l’éducation et surtout la gratuité des études – a fait merveille. Sa prestation a immédiatement enflammé les réseaux sociaux. Lui-même s’est rendu compte, en rallumant son BlackBerry après l’émission, que le pari était gagné : son compte Twitter débordait de commentaires. Le lendemain matin, le voyage en métro entre son domicile et l’université s’est transformé en meeting : les passagers l’ont félicité, certains l’ont interpellé. Personne n’est resté indifférent.

Et pourtant qui aurait imaginé que ce jeune homme d’origine italo-britannique, vivant à Las Condes, une banlieue huppée de la capitale, bachelier d’un lycée privé, étudiant de la très sélecte Université catholique de Santiago, deviendrait une figure de proue de la contestation ? Lui-même reconnaît devoir en permanence se battre contre cette image. Une image qui ne dit rien des efforts consentis par sa mère après l’accident qui a rendu son père invalide. Une image qui ne parle pas non plus des 10 millions de pesos [15 000 euros] qu’il a dû emprunter pour ses études. Une image qui ne mentionne pas plus son combat de toujours contre les inégalités. D’abord, dès son entrée à l’université, au sein de [l’association de défense des sans-abri] Un Techo para Chile [Un toit pour le Chili], puis en faisant de la politique en tant que syndicaliste étudiant.

L’art de la guerre

Son ascension a été fulgurante. Dès 2009, son dévouement, son profil technique et son indépendance politique lui ont rapidement fait gagner le respect de tous. Deux ans plus tard, il devenait président de la Fédération étudiante de l’Université catholique (Feuc) de Santiago. Entre-temps, il avait su ajouter à sa capacité de gestion un sens politique certain. Sa prestation télévisuelle à Tolerancia Cero est venue confirmer cette mue. Aujourd’hui, Giorgio Jackson et la Feuc sont devenus incontournables. “Tout le monde s’attendait à ce que les universités publiques [foyers traditionnels de contestation] Usach et Chile se mobilisent”, reconnaît le leader étudiant Camilo Ballesteros, “mais le fait que la Catho participe au mouvement nous a beaucoup aidés. C’est la preuve de son ampleur.” Ballesteros et Vallejo, tous deux militants communistes, ont cependant noué des liens d’amitié solides avec Jackson. Même au palais de la Moneda [siège de la présidence chilienne] on s’inquiète de son avenir : “S’il jette l’éponge, le mouvement étudiant sera entre les mains des plus radicaux.”

Ces jours-ci, dans la sacoche du jeune homme traîne un petit livre : L’Art de la guerre, de Sun Tzu. Une des phrases les plus célèbres de cet ouvrage antique explique qu’“une armée victorieuse gagne avant de penser à combattre”. Giorgio Jackson, peut-être sans s’en rendre compte, semble être dans cet état d’esprit. “Il y a des choses qui sont déjà acquises, comme l’amélioration de la qualité de l’enseignement ou la fin de l’inscription au fichier des mauvais payeurs de ceux qui ne parviennent pas à rembourser leurs prêts étudiants. Mais il reste encore beaucoup à obtenir. Il faut un changement de paradigme dans le système éducatif chilien, et pour cela un référendum me paraît être une bonne idée.”

La proposition semble improbable. Mais guère plus improbable que ce qu’a vécu Giorgio Jackson ces trois derniers mois. Comme être au milieu de dizaines de milliers de personnes et se sentir tout petit, débordé. Comme taper sur une casserole pour la première fois de sa vie en pleine nuit à Santiago. Pas plus improbable non plus que cette promenade aux côtés de Camila Vallejo et de Camilo Ballesteros dans les rues d’Antofagasta. Une balade au cours de laquelle les gens les ont arrêtés, applaudis, photographiés et ont trinqué en leur honneur. Eux qui expliquent à qui veut l’entendre qu’ils sont “des jeunes comme les autres” n’ont eu ce soir-là qu’un seul commentaire : “Dans quoi nous sommes-nous fourrés ?”

courrier International 

L'interview de Giorgio Jackson dans l'émission Tolerancia Cero


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