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Drogue au travail : la fausse bonne idée du dépistage

Publié par wikistrike.over-blog.com sur 1 Juillet 2011, 17:16pm

Catégories : #Santé - psychologie

Drogue au travail : la fausse bonne idée du dépistage


2706_99_francs_dujardin_inside.jpgVous ne conduisez pas de poids lourd, ne surveillez aucune piste d'atterrissage, ni ne risquez de blesser quelqu'un avec vos écrans puisque vous êtes trader. Pourtant, bientôt, si vous arrivez en salle de marché le nez bouché et les gestes agités, votre manager pourra vous envoyer au médecin du travail, déposer votre salive sur un bâtonnet.

C'est en tout cas le vœu de la Mildt, la Mission interministérielle de la lutte contre la drogue et la toxicomanie. Etienne Apaire, son président, explique :

« Le médecin pourra dire si le salarié est apte à occuper son poste, prévenir l'employeur, et orienter le cas échéant vers une désintoxication. Rappelons que 15% à 20% des accidents professionnels sont liés à l'usage d'alcool, de stupéfiants et de psychotropes. »

 

Bigre. L'entreprise serait-elle devenue le dernier lieu où l'on se perd ?

10% des actifs boivent de l'alcool tous les jours

 


A tel point que la SNCF, la RATP, Bouygues Construction, ou encore Airbus, chacun tente sa solution. A la mairie de Nantes, 3 000 salariés ont été sensibilisés, raconte Colette Budan, qui y était médecin du travail :« Nous constatons surtout des accidents de la route, après un déjeuner ou un pot d'entreprise », nuance Philippe Hache, à l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS). Car, loin devant les stupéfiants, c'est l'alcool qui préoccupe au bureau : si 7% des actifs ont fumé du cannabis au moins une fois dans l'année, 10% boivent tous les jours.

« Pour éviter les accidents, répondre à l'encadrement démuni et accompagner les consommateurs en difficulté dans leur travail, nous avons aussi restreint les opportunités de boire au bureau, expliqué aux employeurs en quoi le travail peut favoriser la prise d'alcool, et formé l'encadrement. »

 

« L'utilité des tests n'est pas prouvée »

Des éthylomètres sont à la disposition des managers, pour faire souffler les employés dans des conditions strictement définies par la loi. Pourtant, surprise : les cadres ont finalement peu utilisé l'outil. Pas étonnant, juge Valentina Forastieri, au Bureau international du travail (BIT) :

« Si la prévention améliore sécurité et sûreté, l'utilité des tests n'est pas prouvée. »

 

Banaliser l'usage des tests pour les drogues illicites

N'empêche, c'est sur cet instrument que la Mildt focalise aujourd'hui son attention. Ou plutôt sur son petit cousin, le test salivaire, dont la Mission rêve de banaliser l'usage pour les drogues illicites, son cheval de bataille. Cannabis en cœur de cible.

Problème : le test biologique est réservé aux rares postes « comportant de grandes exigences en matière de sécurité et de maîtrise du comportement », a précisé en 1989 le Comité consultatif national d'éthique (CCNE). Conducteur d'engins de chantier, de transports ou de machines outils par exemple.

« Gravement attentatoire aux libertés individuelles »

Qu'à cela ne tienne. Fin 2009, la Mildt demande au Comité d'éthique si, des fois, il n'aurait pas changé d'avis. A la surprise dudit comité, témoigne l'un de ses membres, Claude Burlet :

« Nos prédécesseurs avaient dit tout ce qu'il fallait dire. Nous avons néanmoins examiné la question, c'est notre rôle. Il a même fallu faire vite. La Mildt était pressée. »

 

Et, stupéfaction, le Comité d'éthique, rend le 19 mai 2011 un avis… favorable à l'utilisation des tests salivaires. Un revirement qui laisse perplexe. Tout comme l'argument invoqué :

« La notion de responsabilité vis-à-vis d'autrui, et d'obligation de ne pas lui nuire a incontestablement progressé dans l'opinion publique […]. Cette évolution des esprits explique sûrement pour une large part l'acceptation par la société de la mise en œuvre par les pouvoirs publics de dispositions contraignantes, qui auraient sans doute été jugées, il y a un demi-siècle encore, comme gravement attentatoires aux libertés individuelles. »

 

« Un indicateur de conformité sociale »

Mais que s'est-il passé en quelques décennies ? Les forces de l'ordre ont pris l'habitude de contrôler l'alcoolémie sur les routes, constate, observateur, le Comité d'éthique. La société serait maintenant prête à « accepter la détection de toxiques » partout, même en entreprise, avec :

  • dans le rôle de l'automobiliste, tout salarié qui occupe une « fonction de sûreté et de sécurité ».

Et, cette fois, il peut y avoir foule, note, satisfait, le président de la Mildt :

« Aujourd'hui, on peut travailler derrière un ordinateur, dans le nucléaire, et mettre en danger une population. On peut également prendre une décision très vite, sur Internet, aux conséquences très lourdes. Il faut enfin penser à la sécurité économique : si, dans un délire de toute puissance, un trader percute vos économies et les miennes, ça peut faire des dégâts. »

Surfant sur la vague du danger – nucléaire, financier… –, la Mildt va jusqu'à recommander une loi pour imposer la négociation sur les postes concernés, et préciser le cadre des tests.

 

  • dans le rôle des forces de l'ordre, les médecins du travail.

 


 

De quoi faire hurler Colette Budan, qui participe au groupe de travail de la Haute Autorité de santé sur les drogues en milieu professionnel :

« Le rôle du médecin est de veiller à ce que le travail n'altère pas la santé, pas de contrôler ni de menacer. »

 

Faut-il interdire les tests biologiques pour autant ? Pas forcément, répond Philippe Davezies, enseignant-chercheur en médecine et santé au travail :

« Imposé aux médecins, le test devient un indicateur de conformité sociale, pour trier les hommes. Mais, si la question est vraiment celle de sécurité, le test peut être utile : à condition d'être manié par le manager, dans un cadre défini et pour quelques postes. La hiérarchie tient alors son rôle, elle fait respecter l'interdiction. Le médecin peut tenir le sien, en proposant au salarié de l'aider. »

 

Et pour aider le salarié, le bâtonnet n'a pas grande utilité. Ce qui en a, en revanche, c'est son emploi, rappelle Philippe Davezies :

« Un jeune qui s'insère en entreprise cesse souvent de consommer. Quand déclarer inapte une personne alcoolique, c'est la condamner à mort. »

Eco89

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