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Rien ni personne n'est supérieur à la vérité

L’Antéchrist peut dormir tranquille dans le ventre de sa mère, par Elias Zahra

Publié par wikistrike.com sur 19 Novembre 2011, 12:47pm

Catégories : #Culture - médias - Livres - expos - rencontres

 

L’Antéchrist peut dormir tranquille dans le ventre de sa mère, par
Elias Zahra

 

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La nuit tombe sur le monde, une nuit assoiffée de sang. La croissance économique mondiale est formidable, mais il y aura bientôt plus de lettres dans l’alphabet que de milliardaires sur terre. Il n’y aura bientôt plus que des murs pour les riches et des lamentations pour les pauvres. Les diasporas se heurtent à l’intolérance, étranglées par des barbelés qu’on jette comme des filets sur des zones d’anciennes frontières devenues des no man’s land infâmes. Personne ne veut voir qu’Internet s’est élu tout seul et s’est autoproclamé à la fois président de la république du monde et pays mondial, que les pays ne sont plus que les administrations en ruine d’un marché mondial qui attend les lois d’un nouveau maitre. Que l’esclavagisme industriel triomphe de jour en jour. Nous sommes une armée de morts, quelques voix fantômes se font entendre, mais les morts ne parlent qu’aux morts. Il y a maintenant 235 millions de migrants dans le monde : c'est 4% de la population mondiale. S'ils étaient une nation, ce serait un peu plus grand que le Brésil. Il y a désormais plus de Chinois qui vivent en dehors de Chine que de personnes françaises en France. 22 millions d’Indiens sont éparpillés partout dans le monde entier. Et de nouvelles diasporas les rejoignent dans leur périple. Car cela va continuer. Le peuple du monde ne sera que réseau et plateformes, il ne sera que diversité dans l’unité, prisme unique à plusieurs facettes. L’édification d’un Nouvel Ordre Mondial n’est que le dressage élégant d’une fantastique schizophrénie chaotique qu’il suffira de remodeler en reconfigurant son architecture synaptique. Le monde s’avale lui-même pour mieux se retraverser, rien ne meurt, tout se transforme.

Bienvenue dans un monde de réseaux où l’information et les affaires accélèrent leur bande passante grâce aux connections parentales, communautaires, corpusculaires. Un journaliste russe donne en direct live des informations capitales sur l’actualité de son pays à son collègue français, un voyant prend une station d’avance dans le métro du temps, le besoin d’un marché appelle le produit d’un autre par le biais de personnes connectées. Il faut connaitre une culture locale pour la pénétrer de l’intérieur, c’est pourquoi la plupart des investissements étrangers passent souvent par les diasporas implantées. Des ponts, des secrets, des rumeurs, des tunnels, des complots, des autoroutes, des voies maritimes, des vortex parfois. C’est par les réseaux aussi que beaucoup d’idées se répandent, informations, sentiments, forces inconnues, publicités. Mais tout revient un jour comme les marées, c’est pourquoi en Chine on appelle « tortues de mer » les chinois qui ont vécu longtemps à l’étranger et qui sont revenus au pays avec des bagages remplis de technologies et de pensées nouvelles.

C’est de cette manière que la propagation des idées codifie le nouveau monde global. Formés à l'étranger comme beaucoup d’autres, le Premier ministre Indien, Manmohan Singh (Oxford et Cambridge) et son acolyte Montek Ahluwalia (Oxford), ont joué un rôle considérable en apportant les réformes économiques nécessaires à l’Inde au début des années 1990. Quelque 500.000 Chinois ont étudié à l'étranger et sont retournés ensuite dans leur pays, surtout dans la dernière décennie, ils sont la grande majorité dans les think-tanks libéraux qui conseillent le gouvernement de Pékin, ils y gravissent les échelons du Parti communiste. Cheng Li, de la Brookings Institution, un think-tank américain, prédit qu'ils seront 20% de son Comité Central l'année prochaine, contre 6% en 2002. Peu de « tortues de mer » appellent ouvertement à la démocratie libérale qui n'est qu'une étape pour chaque nation avant leur disparition au profit d'un gouvernement mondial. Mais ils vont imposer leur révolution douce par la magie de réformes logiques dont la structure finale rendra inéluctable une idée de liberté nouvelle qui se sera greffée comme une puce électronique dans l’opinion publique chinoise. 

Quand les derniers gouvernements réfractaires seront comblés d’or, au milieu d’une boue humaine ravagée par la famine et les maladies qui fut un jour leur peuple, alors naitra le gouvernement mondial sur les cendres d’un ancien monde jugé primitif, grotesque, absurde. Ce sera une époque où l’on se prélassera sans fin sur des canapés de luxe, couleur ténèbres, en véritable cuir d’humain, épaisseur 8 mm, un cuir souple et robuste, véritable rembourrage de qualité qui vous garantit des nuits de plaisir et un vrai confort pour un usage familial quotidien. Les suspensions sont faites de ressorts et de sangles élastiques. Les pieds du canapé sont en métal inoxydable, faciles à nettoyer.

L’Antéchrist régnera alors dans une opulence insoutenable, et ses discours seront d’une cruauté exquise. Il sera toujours inquiet, cherchant dans tous les coins des courtisans pour le flatter et le rassurer. Parmi eux, se trouvera un flatteur, qui ne cessera de flatter son maitre sur la chance de gouverner le monde. Agacé, l’Antéchrist lui proposera de prendre sa place le temps d’une journée. Au milieu d’un festin, le flatteur lèvera la tête et s’apercevra qu’une épée restera suspendue au-dessus de lui, n’étant retenue que par un fil tenu par l’Antéchrist. Ainsi il montrera à son meilleur thuriféraire, premier parmi les flatteurs, que gouverner le monde c’est être assis sur un trône à deux faces, c’est à la fois un sentiment de puissance formidable et le risque d’une « mort » pouvant frapper à tout moment, comme jadis le tyran de Syracuse le fit remarquer à Damoclès.

On se prend à rêver, pour y parvenir, à un impossible deus ex machina qui pourrait renverser les choses. Ou à un encore moins possible décès accidentel du Président de la République pour accélérer les échéances. Quand tout semble perdu, l’unique boussole qui nous reste est de suivre le sentier de la vérité.  Et comme l’a dit Karl Marx à la fin de sa vie, comme pour conclure la critique qu’il fit du programme social-démocrate allemand, dixit et salvavi animam meam : « en parlant ainsi, au moins, je sauve mon âme. »

 

Elias Zahra pour WikiStrike

 

 

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