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Les auto-immolations au Tibet causées par «trois générations de souffrance»

Publié par wikistrike.com sur 22 Novembre 2011, 09:28am

Catégories : #Politique internationale

 

Entretien avec le responsable du monastère à l'épicentre du drame

 

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Kirti Rinpoche, le responsable du monastère tibétain à l'épicentre du drame des auto-immolations (Amal Chen/Époque Times)


Au cours des derniers mois, une dizaine de jeunes tibétains se sont immolés dans la préfecture de Ngaba, province du Sichuan en Chine. Cette région, et le monastère Kirti qui s'y trouve, a été le point de focalisation des efforts du régime chinois visant à faire taire les revendications des Tibétains pour la liberté de religion et les droits de l'homme fondamentaux.

Le lama suprême de tous les monastères Kirti à l'intérieur et à l'extérieur du Tibet, Kirti Rinpoche, a récemment commenté ce qui pousse ces jeunes à commettre la forme de protestation la plus radicale : l'auto-immolation.

Kirti Rinpoche était auparavant le ministre de la Religion et de la Culture au sein du gouvernement tibétain en exil. Il est l'un des nombreux Tibétains à avoir suivi le dalaï-lama en exil en 1959 et a depuis refondé un monastère Kirti à Dharamsala, en Inde. De ce fait, il entretient des liens étroits avec non seulement les communautés monastiques Kirti au Tibet et en Inde, mais aussi avec les individus laïques qui y sont liés.

S'exprimant doucement et calmement avec l'aide d'un interprète, Kirti Rinpoche (Rinpoche est un titre religieux honorifique signifiant «précieux») décrit les atrocités commises par les autorités chinoises à l'encontre du monastère Kirti et de la communauté tibétaine en général.

«C'est l'explosion résultant de trois générations de souffrance», dit-il, tentant d'expliquer pourquoi ces jeunes gens se sont auto-immolés. «Il y a eu tellement de répression contre le peuple tibétain, et la région de Ngaba souffre depuis si longtemps. Ils ne pouvaient plus endurer.»

Cette «plaie de trois générations» est détaillée dans son témoignage du 3 novembre devant la Commission des droits de l'homme du Congrès américain.

Depuis que l'Armée rouge a pillé et détruit le monastère de Lhateng en 1935, et avec les horreurs de la Révolution culturelle, les Tibétains de Ngaba ont été victimes d'une campagne de persécution autant physique que culturelle : pillages, destruction et profanation des temples, arrestations massives, torture, exécutions, famine, etc. De plus, ces dernières années ont vu une campagne visant à forcer la communauté à prêter allégeance au régime communiste et à dénoncer leur autorité spirituelle, le dalaï-lama.

Camp de «rééducation»
Après le grand mouvement de protestation au Tibet en mars 2008 et la répression brutale qui s'en est suivie, Pékin a adopté un programme encore plus répressif lorsqu’il cible des monastères tibétains.

Le monastère Kirti à Ngaba a depuis été transformé plus ou moins en prison, ou en camp de «rééducation». Toute la région a été bouclée et plus de 800 fonctionnaires chinois se sont installés afin d'enseigner la soi-disant «rééducation politique» et l'«éducation patriotique».

Dans les faits, cela signifie que tout le monastère a été divisé en groupes de vingt personnes qui passent le gros de leurs journées à écouter des leçons interminables visant à cultiver leur loyauté envers le Parti communiste chinois. Ces leçons sont suivies de sessions où les moines doivent «partager leurs opinions», mais les opinions qui ne cadrent pas avec ce qui est enseigné invitent les passages à tabac.

Durant la nuit, des fouilles aléatoires sont effectuées dans les quartiers des moines, et les lieux ont été équipés de caméras de surveillance, de matériel d'écoute électronique et de miradors. Les moines se voient forcés à piler sur des photos du dalaï-lama et les textes sacrés sont découpés en morceaux avec un couteau. Des centaines de moines ont été arrêtés et sont détenus dans des endroits inconnus, où plusieurs d'entre eux sont torturés.

«La communauté entière vit dans une peur constante», mentionne Kirti Rinpoche.

Les gestes désespérés ont débuté en février 2009, lorsque le moine Tapey, âgé de 27 ans, s'est auto-immolé. Depuis, onze autres ont fait pareil, provoquant une répression plus féroce des autorités contre leur communauté et leurs proches.

La plupart des individus ayant posé ces gestes sont très jeunes : Lobsang Phuntsok, 20 ans; Lobsang Kalsang, 18 ans; Kalsang Wangchuk, 17 ans; Choephel, 18 ans. Le 17 octobre 2011, la première femme s'est auto-immolée, soit la nonne de 20 ans, Tenzin Wangmo, du couvent Mamae Deshen Choekhorling.

Puisqu'il est exilé en Inde, Kirti Rinpoche ne connaissait pas ces gens personnellement, mais il a dit qu’il se sent quand même très près d'eux puisqu’il est leur maître spirituel.

Rinpoche a indiqué qu'il n'est pas possible de dire si ces gestes sont encouragés ou non par la communauté monastique, car chaque situation est différente. Selon lui, les gestes sont habituellement spontanés et surviennent sans avertissement.

Les gestes d'auto-immolation sont extrêmes, mais ils ont réussi à capter l'attention du monde et à rappeler les revendications des Tibétains.

Un des principaux intéressés par la question, le dalaï-lama, a récemment commenté à la BBC qu'il n'encourageait pas ces gestes extrêmes et il questionne leur portée. «Ça prend du courage [pour commettre un tel geste], mais quel effet ça produit?», s'interroge-t-il. «Le courage seul n'est pas un substitut. Il faut utiliser la sagesse.»

Rinpoche a dit que bien qu'il souhaite que la communauté internationale exerce des pressions sur le régime chinois, au bout du compte il revient au régime de mettre fin à la répression et d'instaurer des politiques rationnelles afin que les gens puissent vivre une vie normale dans le respect de leurs droits fondamentaux. C'est la seule chose qui pourra renverser la situation explosive, selon lui.

En fin d'entrevue, Kirti Rinpoche a également mentionné que, d'une perspective plus large, la moralité est la question fondamentale pour la Chine.

Il a cité en exemple le cas de Yueyue pour démontrer dans quel état se trouve une société où la moralité dégringole. La petite Yueyue, âgée de deux ans, a été écrasée par deux automobilistes dernièrement, de nombreux passants ne sont pas venus à son secours de peur d'être impliqués. Selon lui, la répression contre les Tibétains est un reflet de cette même absence de moralité parmi les dirigeants chinois. 

«Que vous soyez croyant ou non, améliorer la moralité ne peut que faciliter cette “société harmonieuse” dont le régime parle tout le temps», estime-t-il.

Version originale : ‘Three Generations of Suffering’ Ignite Tibetan Self-Immolations 

 

Source: la Grande Epoque

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