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Quand Jacques Attali conseille le peuple étasunien

Publié par wikistrike.over-blog.com sur 5 Août 2011, 16:10pm

Catégories : #Economie

Quand Jacques Attali conseille le peuple étasunien

La cohabitation  américaine

Tribune de Jacques Attali du 2 août 2011

 

 

 

La crise de la dette révèle une contradiction fondamentale du modèle politique américain: quand l’exécutif et le législatif sont en conflit ouvert, et qu’aucun des deux ne veut céder, aucun mécanisme ne permet à l’un de l’emporter sur l’autre.
 
- Barack Obama. Jason Reed / Reuters -
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La démocratie américaine, dit-on, est un modèle idéal. Et depuis Tocqueville (qui l’admirait tout en décelant le risque de la voir déraper un jour en dictature), peu de gens se sont risqués à en critiquer les principes constitutionnels. Chacun y voyait en particulier un modèle quasi parfait de séparation des pouvoirs, dans l’intérêt du pays.

Pourtant, cette séparation des pouvoirs vient justement de provoquer une crise majeure à Washington: l’incapacité de l’exécutif et du législatif, pendant des mois, à trouver un accord sur le plafond de la dette publique, ne provoque pas seulement la stupéfaction consternée de tous ceux qui croyaient les élus des Etats-Unis capables de penser un peu plus loin que leurs intérêts électoraux immédiats. Elle révèle aussi une contradiction fondamentale du modèle politique américain: quand l’exécutif et le législatif sont en conflit ouvert, et qu’aucun des deux ne veut céder, aucun mécanisme ne permet à l’un de l’emporter sur l’autre. On redécouvre alors qu’un Président américain ne peut pas gouverner s’il n’a pas l’approbation de son Congrès. Et que, si l’une des deux chambres n’est pas du même camp que le Président, celui-ci doit soit chercher et accepter des compromis, soit se résigner à devenir l’exécutant d’une politique qui n’est pas la sienne. Aujourd’hui, le conflit idéologique est si violent que nul, ni à la Maison Blanche, ni au Capitole, n’a envie de chercher un compromis, ni de se soumettre, ni même de permettre à l’autre de sauver la face.

C’est là où l’existence d’un premier ministre trouve toute sa raison d’être : il incarne auprès du Président la légitimité du parlement. En son absence, la France eut été ingouvernable en 1986, et dans toutes les périodes ultérieures de cohabitation. La pratique y a alors imposé une jurisprudence, que la constitution de 1958 n’imposait d’ailleurs pas: au Président de la République les affaires extérieures et la défense; au premier ministre et à son gouvernement les affaires intérieures. On la retrouvera d’ailleurs peut-être en 2012, si le Président sortant, réélu, se trouve immédiatement confronté à une majorité de gauche à l’Assemblée Nationale.

S’il existait aujourd’hui un tel Premier Ministre aux Etats-Unis, la question du plafond de la dette ne se serait pas posée un seul instant: le Premier Mnistre, républicain, aurait imposé sa solution dès le début de cette année; le Président, démocrate, aurait alors solennellement expliqué aux médias que c’est une très mauvaise solution, espérant que l’échec d’un gouvernement républicain lui permette d’être réélu en novembre 2012 et d’emporter dans la foulée les élections au Congrès.

L’absence aux Etats-Unis de cette fonction de chef du gouvernement s’explique par le fait que le pouvoir fédéral n’avait justement, à l’origine, que des compétences de défense et de politique étrangère. Ce n’est qu’avec la crise de 1929 qu’il s’en est octroyé d’autres. La montée du souverainisme dans chaque Etat, sous le nom de Tea Party, tend à y revenir, et à réduire l’Etat fédéral aux fonctions externes qui avaient justifié sa fondation. Si les Etats-Unis ne sont pas capables de passer à une solution à la française, ou au moins de retrouver la raison, on verra peu à peu le fédéralisme américain se défaire. Nul n’y a intérêt.

 

Jacques Attali

Cet article a été publié également par L'Express

 

 

Jacques Attali conseille les américains

 

Le bras de fer entre Obama et le Congrès étasunien a inspiré mardi 2 août une tribune de Jacques Attali dans les colonnes du site Slate.fr dont il préside le Conseil de surveillance. Un article dont la conclusion, en forme de réflexion, est pour le moins étonnante...

 

Celui qui fut l’un des amis et conseillers les plus proches de François Mitterrand ne s’y exprime pas sur le fond de ce sac de nœuds politico-économique aux accents médiatiques hitchcockiens – il faut bien vendre du papier ou du temps d’antenne ! –, mais sur le blocage institutionnel qui est résulté de la cohabitation à la sauce yankee née des élections de mid-term et de la conquête de la Chambre des Représentants par les Républicains. Avec à la clé, cette réflexion en forme de conseil : les Étasuniens seraient bien avisés de s’inspirer du système politique français. Et cela pour une raison évidente selon Jacques Attali, éminent et avisé politologue autoproclamé : ce système est le meilleur !

Jacques Attali est un homme intelligent. Certes, il lui arrive, de temps à autre, de proférer des énormités libérales peu en rapport avec les valeurs de gauche dont il se prétendait naguère un fervent défenseur. La faute sans doute à ce fameux « pragmatisme » mis en avant par tous ceux qui, en paroles ou en actes, portent atteinte aux droits sociaux ou justifient le creusement des inégalités. Cela n’empêche pas l’intellectuel de tenir également des propos sensés et de livrer régulièrement des analyses pertinentes, sur Slate.fr ou dans les colonnes de l’Express, sur tel ou tel aspect de la politique, non seulement hexagonale mais planétaire.

Passionné par la géopolitique et les questions financières, Jacques Attali ne pouvait rester indifférent à la pièce qui s’est jouée à Washington autour de la dette étasunienne. Et s’il a sans aucun doute un avis sur la qualité du compromis intervenu in extremis, comme le soulignaient avec gourmandise les journalistes, entre Obama et le Congrès, ce n’est pas sur ce point là qu’il a choisi de s’exprimer mardi mais sur le blocage institutionnel dont ont souffert les États-Unis dans cette affaire.

Un blocage bien réel, force est d’en convenir, et qui a montré au monde à quel point le Président du plus puissant pays de la planète pouvait se montrer démuni face à une opposition déterminée, en l’occurrence sous la virulente pression du Tea Party. La faute, constate Jacques Attali, à l’absence d’un Premier ministre, autrement d’un exécutif bicéphale à la française qui, en période de cohabitation, permet d’éviter tout bocage aux institutions, le Président étant contraint d’accepter les votes d’une Assemblée nationale en phase avec le Premier ministre issu des élections législatives. « S’il existait aujourd’hui un tel Premier Ministre aux Etats-Unis, la question du plafond de la dette ne se serait pas posée un seul instant : le Premier Mnistre, républicain, aurait imposé sa solution dès le début de cette année ; le Président, démocrate, aurait alors solennellement expliqué aux médias que c’est une très mauvaise solution, espérant que l’échec d’un gouvernement républicain lui permette d’être réélu... » écrit Jacques Attali avant de conclure : « Si les Etats-Unis ne sont pas capables de passer à une solution à la française, ou au moins de retrouver la raison, on verra peu à peu le fédéralisme américain se défaire. »

Sans doute Jacques Attali a-t-il raison de soulever le problème étasunien. Est-il en revanche fondé à proposer comme alternative le modèle français ? On peut en douter. Car, depuis la première cohabitation entre François Mitterrand, Président, et Jacques Chirac, Premier ministre, notre pays a connu plusieurs épisodes de ce type, et l’esprit de la Ve république s’en est trouvé chamboulé. Et pour cause : ces périodes de cohabitation, plus ou moins longues, ont fait de la France une nation où, selon la conjoncture et l’humeur des électeurs, le Président endosse tantôt les habits d’un monarque puissant, tantôt ceux d’un homme politique réduit, pour l’essentiel, à un rôle mineur, excepté dans la direction des armées. On pourrait même connaître dans l’avenir un scénario encore plus cocasse, pour ne pas dire surréaliste : l’élection à la présidence d’un homme controversé – Nicolas Sarkozy pourrait être cet homme-là en 2012 ! – et l’arrivée concomitante sur les bancs de l’Assemblée nationale d’une majorité d’opposition. Bref, un scénario schizophrène qui, dans l’ambiance de notre pays, n’aurait rien de bien étonnant. Et c’est ce type de modèle que Jacques Attali voudrait que les étasuniens endossent pour leur plus grand bien. On croit rêver !

Le modèle le plus efficace sur le plan institutionnel n'est pourtant pas là, mais dans un mix entre le modèle britannique, pour la désignation du chef du gouvernement, et le modèle français pour des législatives au scrutin majoritaire, plus ou moins doté d'une dose de proportionnelle. Résultat : un scrutin législatif = un Premier ministre puissant et en harmonie avec la majorité du Parlement, le chef de l’État – reine ou président – n’ayant qu’un rôle de représentation et de garantie des Institutions. Pourquoi Diable Jacques Attali n’a-t-il pas fait l’éloge d'un tel modèle ? Dotés d'une structure institutionnelle comme celle-ci, les États-Unis n’auraient pas connu la tragi-comédie qu’ils ont vécue autour de leur dette abyssale et de la menace d’une cessation de paiement. Quoi qu’il en soit, s’il est une certitude, c’est que les USA n’iront pas dans le sens préconisé par Jacques Attali. Comme quoi, même les plus beaux esprits peuvent parler dans le vide !

 

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